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Un bronzage sain est comme une cigarette sécuritaire : ça n’existe pas. C’est le constat du dermatologue québécois Joël Claveau dans le récent documentaire La face cachée du soleil. Le film, porté par l’ex-cheffe d’antenne Sophie Thibault et l’entrepreneure Marie-Eve Richard-Tougas, met en lumière « l’épidémie silencieuse » de cancer de la peau.
Pendant près d’une heure, le documentaire révèle le parcours de Mmes Thibault et Richard-Tougas, qui ont souffert de cette maladie. Les images de leurs trajectoires de soins sont saisissantes, montrant notamment des lésions au visage ou à l’aine et des traitements d’oncologie.
À l’âge de 24 ans, Marie-Eve Richard-Tougas, aujourd’hui âgée de 43 ans, découvre dans son dos un grain de beauté qui lui cause des démangeaisons. Après un rendez-vous chez le dermatologue, le verdict tombe : elle a un cancer de la peau et doit être opérée.
Puis, elle fait deux récidives, et la dernière cause des métastases aux poumons en février 2025. « Je trouve que c’est cher payé pour avoir tripé sur le bronzage dans la vingtaine », affirme l’entrepreneure à l’écran.
Aujourd’hui, elle assure aller mieux et avoir bien répondu aux traitements, tout comme Sophie Thibault. Cette dernière a reçu un diagnostic en 2017. Depuis, elle a multiplié les traitements, avant d’obtenir récemment une pause d’un an de la part de sa dermatologue.
Toutes deux ont toutefois vécu une expérience commune, soit le manque d’informations au moment du diagnostic. « On ne m’a pas dit que c’était à cause des rayons ultraviolets [UV]. Je n’ai pas eu de dépliant », dit Mme Richard-Tougas, après le visionnement de presse.
Mme Thibault renchérit en soulignant « qu’on ne parle pas du cancer de la peau ». Les deux femmes veulent donc désormais briser ce silence. Il faut que les gens sachent à quel point le soleil « n’est pas notre ami », affirme l’ex-cheffe d’antenne qui a fait carrière à TVA.
Une maladie qui gagne du terrain
Le mélanome — le cancer de la peau le plus grave, bien que moins fréquent — est l’un des cancers qui progressent le plus vite dans le monde, soutient Mélanome Canada. Au pays, « le nombre de cas diagnostiqués a plus que triplé au cours des 30 dernières années et continue d’augmenter », affirme l’organisme.
« Le principal facteur est le vieillissement de la population. Si on a pris beaucoup de soleil en bas âge et qu’on vit plus longtemps, on a davantage de cancers de la peau », explique le Dr Joël Claveau, spécialisé en cancer de la peau, dans le documentaire.
Mais les jeunes sont aussi au cœur de La face cachée du soleil. Marie-Eve Richard-Tougas s’y inquiète entre autres de l’omniprésence sur les réseaux sociaux de vidéos où des influenceuses se filment dans des cabines de bronzage.
Les démarcations de bronzage, ou tan lines, sont souvent perçues comme un signe de beauté chez les jeunes, raconte à l’écran Eve, la fille adolescente de Mme Richard-Tougas.
Les garçons aiment ces marques que laisse le soleil sur la peau, renchérit son amie Juliette. Elle ajoute toutefois avoir abandonné l’idée de bronzer, consciente des dangers pour sa santé.
Des mesures réclamées
À la fin du documentaire, Marie-Eve Richard-Tougas et Sophie Thibault restent avec une question en suspens : pourquoi y a-t-il encore trop peu de campagnes et de mesures pour prévenir le cancer de la peau au Québec ?
Pourtant, des initiatives existent ailleurs. L’Australie, par exemple, fait circuler à la télévision des messages où l’on représente les rayons UV comme des flèches qui endommagent la peau non protégée du soleil.
Les Australiens ne sont d’ailleurs pas taxés à l’achat d’écrans solaires. « Dans ce pays, ils ont réussi à changer la culture. Avant, le bronzage était cool. Aujourd’hui, c’est considéré comme dangereux », relève dans le documentaire le Dr Ivan Litvinov, professeur de dermatologie à l’Université McGill.
Le film donne aussi la parole à celui qui était le ministre québécois de la Santé à l’époque du tournage, Christian Dubé. Sophie Thibault le rencontre pour discuter entre autres de ce qu’il pense du modèle australien. « C’est beau d’avoir des idées, mais lesquelles peuvent faire une différence ? Il va falloir avoir des actions très concrètes », soutient M. Dubé.


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