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La dissonance qui rend dingo

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Mes excuses auprès des Français, mais j’étais (juste un peu) contente que les canicules affectent l’Hexagone cet été. Ce peuple combattif compte quelques révolutions à son actif et il a inventé la guillotine par humanisme, me dis-je. Si ça doit bouger sur le front environnemental, ça passera par les lieux de pouvoir, pense le biologiste français Olivier Hamant.

Le Pakistan, les Philippines ou les îles Mouk-Mouk ne comptent pas, visiblement, dans le plan de match global. Et dans le plan, certaines vies valent moins que d’autres (#ironiepourlesnuls). Au Népal, les statues de bouddha invitent à l’acceptation stoïque du karma, alors que la France gueule, avec ou sans clim. Et cet été, elle a gueulé.

Et pourtant, à l’orée des présidentielles de 2027 et avec plus de 110 000 hectares (10 fois Paris) réduits en cendres cette année, l’environnement n’arrive qu’en 3e place des préoccupations françaises, après les retraites et le prix de la baguette (je blague ; c’est plutôt la criminalité et l’inflation).

De toute façon, nous n’en sommes pas à une dissonance près. Tandis que le Népal creuse la boue pour retrouver ses morts à cause d’un glacier qui avait trop chaud (près de 4500 disparus et plus de 1100 décès au moment où j’écris ces lignes), on se bouscule pour apercevoir Céliiiiiine bientôt en spectacle à Paris.

Tandis que nous déclenchons un débat national chez nous sur la quantité de sucre dans les bananes, j’ai vu l’imperturbable Sadhguru, en Inde, pleurer devant ses disciples en sanglots, leur annonçant la tragédie sur les lieux où 80 des leurs étaient en pèlerinage. Quiconque a déjà mis les pieds au Népal — j’y ai été porte-parole d’un trek humanitaire en 2008, assorti de reportages dans ces pages — sait combien ce peuple vit dans un environnement à la fois grandiose, puissant et hostile. Ces déshérités paient désormais la note pour notre inaction individuelle, collective et politique en matière de climat. Namasté câlisse.

Dissonance ou indécence ?

Ce bon vieux Sénèque soulignait quelque chose comme : la croissance est lente, mais la ruine est rapide. Le philosophe aurait pu dire également que ceux qui savent regardent ailleurs et que ceux qui ne savent pas regardent ailleurs aussi. Ce sont les autres qui subissent.

Comme m’a souligné mon Français préféré, en visite cet été : « Mais, Josée, personne ne va sacrifier son confort pour sauver la planète ! Tu rêves ! » (#ironiepourlesnuls)

Moi, je me trouve plutôt lucide, mais bon, si c’tun rêve réveille-moé donc, ça va être not’tour ça s’ra pas long, reste par icitte passa s’en vieeeeeeeeeent ! Nous assistons à la bande-annonce de la cata annoncée tandis que nous menons notre vie, « business as usual ».

C’est inouï qu’au faîte de nos préoccupations politiques, le coût de la vie soit plus important que le coût d’une vie (népalaise, mettons). À peine 13 % des électeurs placent l’environnement au sommet de leurs préoccupations, selon un sondage Synopsis-La Presse du mois d’août. Comme si les tomates allaient coûter moins cher quand il n’y aura plus d’eau… Mon collègue François William Croteau vous en parlait cette semaine.

Entre une Coupe du monde de soccer, un tournoi international de tennis et un championnat du monde de vélo qui traversera le fleuve (on a repavé un pont Champlain parfaitement sécuritaire les deux derniers week-ends alors qu’on crève nos pneus dans les nids-de-poule à Montréal, mais passons), entre notre inconscience, notre dissonance et notre indécence, nous sommes des idiots utiles en quête d’adrénaline.

Quant aux politiciens, Trump accuse Carney pour la boucane qui traverse les frontières sans taxes, Mark accuse à son tour Justin, lequel est occupé à danser à la quincaillerie avec un siphon. Si ce n’est pas l’image la plus dissonante de l’été, je ne sais plus quoi vous offrir. Peut-être celle de Sophie Grégoire/Trudeau, transformée en « gouroune », qui nous conseille l’acceptation et la gratitude dans une ambiance apocalyptique ? Ça ne s’invente pas.

Namasté câlisse.

Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Je me fais parfois poser la question « Qu’est-ce qu’on peut faire ? » alors que la véritable question semble plutôt : « Qu’est-ce qu’on peut faire… sans rien changer ? »

L’ingénieur activiste Jean-Marc Jancovici parlait récemment des cinq étapes du deuil. Je les ai toutes faites cet été, aller-retour entre tristesse et colère, surtout. Et je constate autour de moi que l’étape du marchandage (si je mange des lentilles, je peux prendre l’avion ?, etc.) est très populaire. Des enfants en rush de sucre. Les COP n’ont pas fait mieux, remarquez, et la planète n’a rien à cirer de nos négociations stériles. Elle n’attendra pas pour nous foutre dehors.

Jancovici l’explique bien, tout ne se passera pas comme prévu dans le chaos : « Entre la COVID, l’Ukraine, Ormuz, les “trumperies” et les canicules, il n’y a aucune raison pour que ça s’arrête. »

Comme m’a glissé un voisin qui n’a rien d’un Che Guevara : « Ça va prendre une révolution ! » Sa compagne, elle, me soulignait combien la dissonance actuelle rend fou. Au moment où j’écris ces lignes, une autre voisine aboie sur son balcon qu’elle revient d’une croisière en Alaska, qu’il a fait « ben beau » et qu’elle s’est baignée sur le bateau toute la semaine. Les glaciers n’ont qu’à bien se tenir, on arrive avec nos shakers !

J’aimerais afficher l’optimisme d’une chef de parti en campagne électorale, mais je ne sniffe pas de coke. Si ça peut vous rassurer, j’en lis des drôlement plus caustiques que moi. Tiens, je vous recommande le roman décapant de l’écrivain français Marc Dugain (je suis fan) Submersion (2026), à lire avant les élections. C’est l’histoire d’un président de la République française face à la cata politique et écologique, post-Macron. Son bilan se résume en une phrase : « L’être humain n’est rien d’autre qu’un psychotique qui parvient à faire illusion sur son équilibre entre deux crises de folie. »

Namasté… putain.

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