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La mort inopinée du sénateur Lindsey Graham, dimanche, alors qu'il faisait campagne pour un cinquième mandat en Caroline du Sud, complique la donne pour les Républicains à quatre mois des élections législatives aux États-Unis. À défaut de réduire les chances du Parti de conserver sa majorité au Sénat après le scrutin de novembre, cette disparition rétrécit un peu plus sa marge de manœuvre d'ici là en rendant hypothétiques les votes requis pour adopter des lois ou confirmer des nominations – à commencer par celle de Todd Blanche comme nouveau ministre de la Justice.
Le parcours politique de Graham, au cours des dix dernières années, est des plus singuliers. Incarnant le Parti républicain traditionnel, l'homme était très proche du sénateur de l'Arizona John McCain, candidat malheureux à la présidentielle de 2008. La fille de ce dernier, Meghan, rappelle le trio formé avec un improbable troisième larron, Joe Lieberman, ancien colistier (démocrate) d'Al Gore en 2000. "Lindsey était toujours la personne à côté de qui l'on espérait être assis à un dîner", souligne-t-elle. "Charmant et si drôle qu'il aurait pu faire une carrière d'humoriste."
Trump révèle avoir discuté avec Lindsey Graham quelques heures avant son décèsUn crétin pour un idiot
Lui-même éphémère candidat à la présidentielle de 2016, Lindsey Graham n'avait alors pas de mots assez durs pour railler Donald Trump, qu'il qualifia de "crétin" en assurant que, s'il devait remporter l'investiture, il détruirait le Parti républicain. Le milliardaire new-yorkais lui rendit la monnaie de sa pièce en déclarant que Graham était "l'une des personnes les plus bêtes" qu'il ait jamais rencontrées. Le sénateur jeta l'éponge assez vite, soutint Jeb Bush, puis Ted Cruz, dans les primaires, avant de se résigner au triomphe de Donald Trump.
Et puis Graham et Trump jouèrent au golf ensemble, souvent. Ils oublièrent leurs rancœurs et leurs différends, devinrent des alliés et sans doute des amis – le Président pourrait bien avoir été la dernière personne à parler au sénateur avant son décès. Lindsey Graham s'indigna de l'assaut du Capitole en 2021, jura qu'il coupait les ponts avec Donald Trump, et ne fit que revenir plus fidèle que jamais. Par intérêt ou par conviction ? On ne le saura probablement jamais.
"Guerriers" contre "mauviettes" : comment la principale organisation socialiste aux États-Unis a déclaré la guerre à l'establishment démocrateUne élection devenue plus incertaine
Dans l'immédiat, le gouverneur de la Caroline du Sud doit nommer un remplaçant pour achever le mandat du sénateur jusqu'en janvier. Dans l'intervalle, une primaire sera organisée en août pour choisir le nouveau prétendant républicain au siège qu'occupait Graham. Dans un État aussi conservateur, il devrait logiquement l'emporter. Toutefois, un nouveau venu a toujours plus de mal à s'imposer qu'un élu qui se représente. En outre, le candidat retenu n'aura que deux mois pour faire campagne et il sortira éprouvé de primaires qui s'annoncent très disputées.
Donald Trump ne manquera pas de peser dans la balance. Il a d'ores et déjà indiqué qu'il avait un candidat "idéal" en vue, sans dire de qui il s'agit. Parmi ceux qui s'inquiètent du profil du futur sénateur, il y a les défenseurs de l'Ukraine, dont Lindsey Graham était le chef de file (c'était là une de ses rares pommes de discorde avec le Président).
Plus largement, la disparition de Graham s'ajoute à l'indisponibilité de Mitch McConnell (hospitalisé pendant un mois et toujours incapable de regagner Washington ; or il faut voter en personne au Sénat) et à la fronde de trois sénateurs républicains au moins, hostiles au Président et à sa politique (Thom Tillis, Bill Cassidy et John Cornyn).
Ce qui entame une majorité déjà étriquée avec 53 sièges contre 47. L'une ou l'autre désertions supplémentaires exposeraient le Parti républicain à l'impuissance. Or on devrait déjà se compter dans l'hémicycle pour avaliser la désignation controversée de Todd Blanche comme nouvel Attorney General.
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