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La compétition s’est corsée ces derniers jours aux Francouvertes : quatre des six formations au programme lundi et mardi soir derniers, au Lion d’Or, occupent désormais la tête du palmarès, à commencer par l’autrice-compositrice-interprète Luan Larobina, touchante et éloquente, occupant à juste titre la première place préliminaire. Suivent l’orchestre country Spaghatt — le bel ovni de l’affiche de cette 30e édition du concours — et le MC Komēdza, déjà une révélation.
Mardi : Luan Larobina, Spaghatt, TDH
Si le patronyme vous dit quelque chose, c’est que le papa de Luan a laissé son empreinte sur notre scène musicale : Argentin d’origine, Gaspésien d’adoption, Juan Sebastian Larobina mène sa propre carrière à travers laquelle il a fait se rencontrer la chanson de son pays natal à notre musique trad. Bâtir des ponts, c’est aussi un peu ce que fait aujourd’hui Luan, sa chanson, élégante et remarquablement bien écrite, important à Montréal les beaux paysages gaspésiens et le romantisme argentin.
Dès l’ouverture, des traces de nueva canción dans la rythmique, appuyée par son joli orchestre (piano, contrebasse, batterie, guitare), qui prend une forme de chanson pop plus rythmée avant de se resserrer en formule acoustique, style feu de camp. La voix est douce, la mélodie enjôleuse : Luan est d’une précieuse tendresse, jusque dans son hommage à son papa en clôture, la seule chanson comportant une partie du texte livré en espagnol, et jouée au charango, cette guitare traditionnelle argentine.
Ainsi vêtu du costume country de la tête aux pieds, à l’entendre nous chanter son job dans une mine ou ses accidents de voiture dans Lanaudière (la chanson Perte totale, titre d’un mini-album paru le mois dernier), on ne se douterait pas qu’Émile Touzin-Deschênes est originaire de Montréal, et pourtant. Sa performance nous a donné des flashs du P’tit Belliveau et les Grosses Coques, finaliste de l’édition 2019 : à contre-courant des tendances en présentant un son country ultra-classique.
Spaghatt, le projet de Touzin-Deschênes, n’en a rien à cirer (le cuir de sa botte de cow-boy) de ce néocountry en vogue. Son répertoire est un hommage à la tradition, magnifiée par le jeu des accompagnateurs, à la guitare, au pedal steel, au violon. Larobina et Spaghatt se produisaient mardi dernier, TDH (Tommylee Dauphinais Howard) complétait l’affiche. Il n’a pas su se tailler une place au palmarès préliminaire, mais sa proposition est porteuse d’avenir : le jeune auteur-compositeur-interprète aux racines innues, québécoises et jamaïcaines portait une chanson dense se déployant sur la longueur, nourrie d’influences folk, rock, pop et prog. Pas toujours sur la note, mais charismatique — on le reverra sur une scène, c’est sûr.
Lundi : Komēdza, Chaude Chaleur, Charlie Rivard
Les trois concurrents de la soirée de lundi, Komēdza, Chaude Chaleur et Charlie Rivard, sont toujours dans la course, décrochant respectivement les 3e, 4e et 7e positions préliminaires. Une révélation, ce Komēdza, écrivions-nous plus tôt, bien que le rappeur creuse son sillon sur la scène depuis six ans déjà, ce qui explique sans doute la calme assurance qu’il affichait sur scène. Petit, mais efficace, orchestre, habillant ses rimes de grooves afro-house, amapiano et R&B. Non seulement voit-on le natif du Togo passer en demi-finales, mais on l’imagine déjà sur une scène extérieure des Francos en fin de soirée caniculaire.
Toute autre ambiance du côté de Chaude Chaleur, ensemble chanson-jazz-funk fusion tout droit sorti de l’ère du Verseau ou du Plateau-Mont-Royal bohème des années 1990. De l’âme, du souffle (le saxophone ajoute beaucoup à la proposition), une rafraîchissante candeur, l’ensemble n’a pas volé sa quatrième place préliminaire. Enfin, de Charlie Rivard et son superbe orchestre (entièrement féminin, et expérimenté), on retiendra surtout sa présence scénique, son charisme, son geste théâtral, davantage que ses chansons indie pop un peu trop façonnées du même moule langoureux et dramatique.
La ronde préliminaire des Francouvertes se termine la semaine prochaine avec les prestations de Bernadette, Mitaine et Kris Kinokewin (le lundi 23 mars), Banc d’Parc, Noëm et Thalia Rosaura (le 24 mars) et enfin Irdens Exantus, Fyore et De Lafe le 25.


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