Les romans du Français Sébastien Japrisot (1931-2003) ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques populaires et remarquées. Ce fut notamment le cas de La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, un polar machiavélique et séduisant paru en 1966 et qui vient d’être réédité chez Denoël.
Dans ce roman troublant et malicieux, tout n’est que faux-semblants, pièges et mensonges. Entre sourire et frissons, le lecteur n’est pas le dernier à s’y laisser prendre. Il éprouve même une réelle angoisse devant l’accumulation de malheurs qui assaillent l’héroïne. Romancier, scénariste, réalisateur, traducteur et même parolier, Sébastien Japrisot – né Jean-Baptiste Rossi le 4 juillet 1931 à Marseille – a écrit cette intrigue en quelques semaines, en 1966. Publié la même année chez Denoël, le livre est ensuite, et même par deux fois, adapté à l’écran. L’Eté meurtrier et Un Long Dimanche de fiançailles comptent parmi les adaptations les plus mémorables de son œuvre.
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Construit en quatre parties qui déclinent les quatre mots du titre, La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil concentre plusieurs éléments clés de la vie de son auteur. On y retrouve le vide laissé par un père disparu, le petit nom Titou que lui donnait sa mère et, bien sûr, sa passion pour les femmes. Personnage central du récit, Dany Longo, 26 ans, est blonde, très belle, mais aussi très myope. Un handicap qui donne à sa démarche une fragilité touchante et la contraint, par coquetterie, à garder ses lunettes de soleil même à l’intérieur.
Assistante dans une agence de publicité, Dany Longo nourrit un rêve somme toute banal: aller, pour la première fois, voir la mer. Pour le réaliser, sur un coup de tête, elle emprunte la voiture que lui a confiée son patron et prend la route du sud. Il s’agit d’une superbe Thunderbird blanche qui, on s’en doute, l’empêchera de voyager incognito. Très vite, l’histoire dérape, un inconnu l’agresse et la blesse à la main; à chaque étape, des gens prétendent la connaître ou l’avoir déjà vue. Et l’étrangeté va crescendo jusqu’à ce que, à Cassis, elle découvre dans son coffre un cadavre et un fusil qui, au départ, n’y étaient pas. Notre héroïne a le sentiment de devenir folle ou amnésique. Et le lecteur commence lui aussi à douter de sa santé mentale. Qu’il se rassure! Aussi fantaisiste qu’imprévisible, Dany Longo est aussi dotée d’une résilience à toute épreuve et viendra à bout même des plus malveillants.
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Derrière un ton un peu badin, La Dame dans l’auto révèle un fond plus grave. Un va-et-vient entre le vrai et le faux, le fiable et le fourbe, le possible et l’improbable qui fait écho aux angoisses et aux cauchemars enfouis au plus profond de chacun de nous. Il faut aussi préciser que ce flot de mots déroulé avec une fausse innocence accompagne une intrigue diaboliquement construite et minutieusement structurée. En joueur d’échecs retors doublé d’un véritable cascadeur des architectures complexes, Sébastien Japrisot enterre ainsi la vérité et la raison au cœur même de l’invraisemblable. Il s’offre en plus le luxe de nous concocter une fin rose bonbon qui ravira les lecteurs fleur bleue. Car bien sûr, en dépit de ses extravagances, Dany Longo s’avère des plus attachantes.
La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Un roman de Sébastien Japrisot. Denoël, collection Sueurs froides, 300 p.
Chaque mois, Mireille Descombes présente son coup de cœur. La spécialiste de littérature noire et policière est à suivre aussi sur son blog: «Polars, Polis et Cie».


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