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La culture, un «bouclier identitaire puissant»

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La guerre commerciale avec les États-Unis devrait inciter le prochain gouvernement du Québec à investir de façon majeure pour protéger la culture, estime le Front commun pour les arts. Dans le cadre de la campagne électorale provinciale, ce regroupement d’une vingtaine d’associations culturelles sectorielles demande aux partis politiques de passer de la parole aux actes.

« Le Québec n’est pas un marché ordinaire. C’est un tout petit espace à côté d’un géant culturel qui veut attaquer, sur le plan des accords internationaux, les protections et l’exception culturelles », a expliqué en entrevue avec Le Devoir l’une des porte-parole du Front commun, Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU.

« Tous les partis sont sortis dans les médias en disant que la culture, c’était la ligne rouge qu’il ne fallait pas franchir [dans les négociations commerciales] », a ajouté la directrice générale du Conseil québécois du théâtre, Caroline Gignac. « Mais on attend encore le plan d’action. »

Le Front commun lance mercredi sa campagne Debout pour les arts, qui compte quatre priorités. La première est d’augmenter le budget affecté aux arts et à la culture, pour le faire progressivement passer de 1,28 % à 3 % des dépenses de l’État. « C’est du jamais-vu, mais on vit dans une époque où les défis sont aussi du jamais-vu », a souligné Mme Richard.

Ce budget doit être associé à une vision à long terme pour le développement et le rayonnement de la culture québécoise, estime-t-elle. Cela passerait notamment par la mise à jour de la politique culturelle Partout, la culture, qui date de 2018. « C’était avant la pandémie, avant l’implantation de plus en plus fulgurante de l’intelligence artificielle, avant une pénétration beaucoup plus profonde de l’ensemble des médias numériques », a rappelé Mme Richard.

Faire connaître et aimer notre culture et notre langue, ça commence par les jeunes. C’est pourquoi le Front commun réclame que des sommes soient de nouveau réservées exclusivement aux sorties scolaires culturelles, à l’achat de livres et au programme La culture à l’école. Il y a quelques mois, une refonte des règles budgétaires pour les centres de services scolaires a fusionné les programmes consacrés aux projets pédagogiques particuliers et ceux qui sont destinés aux activités sportives, culturelles et sociales.

Mmes Richard et Gignac sont convaincues que bon nombre d’écoles vont octroyer des sommes autrefois consacrées aux arts à d’autres types d’activités. Dans le Bas-Saint-Laurent, des écoles ont déjà réduit le financement des sorties scolaires, ont-elles constaté. « C’est un échantillon, on est encore en train de documenter le tout, mais la situation qu’on craignait semble se concrétiser », a indiqué Mme Gignac.

Signe que rien n’est jamais acquis, le Front commun reprend aussi son cheval de bataille qu’est le financement du Conseil des arts et des lettres du Québec. Il demande que soit pérennisé son budget annuel de 200 millions de dollars, obtenu en 2025. Seuls 165 millions de dollars font partie des crédits consolidés. La différence n’est pas acquise. « On ne veut pas que ces crédits soient constamment remis en question ou ballottés au gré des différents budgets », a indiqué Caroline Gignac.

De vraies jobs

La précarité des travailleurs de la culture est aussi un enjeu important pour le Front commun. Une réflexion a été amorcée, dans le cadre du Chantier sur le filet social, chapeauté par Compétence culture, pour définir des mesures de protection sociale qui seraient adaptées à la réalité du travail culturel. Or, Compétence culture manquerait d’argent pour terminer la réflexion, avancent les porte-parole du Front commun.

« Le travail lié au milieu culturel est atypique. Pas juste parce que ce sont des travailleurs autonomes. Le chantier vise aussi à analyser le cycle qui est propre à la création, comme on a pu le faire avec le milieu des pêches, a expliqué Mme Gignac. Quand on crée, il y a des périodes où on est reclus, et d’autres, au moment de la diffusion, où il y a un revenu. »

Julie-Anne Richard déplore que certains individus, comme le candidat péquiste François Gariépy, véhiculent des clichés selon lesquels les artistes en situation de précarité n’auraient « pas une vraie job ». Elle souligne que plusieurs artistes et plusieurs techniciens, très sollicités, travaillent toute l’année, mais ont tout de même de la difficulté à gagner leur pain.

« On souhaite que les chefs de parti se tiennent debout pour dire que les emplois de la culture, ce ne sont pas des emplois marginaux, ce ne sont pas de fausses jobs. Ils font partie d’un secteur économique à part entière, important, stratégique pour la vitalité et la cohésion sociale », a déclaré Mme Richard.

C’est même, selon le Front commun, « le bouclier identitaire le plus puissant pour le Québec ».

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