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Mark Carney préférerait sans doute que le Parti libéral québécois (PLQ) l’emporte le 5 octobre prochain, plutôt que de voir la Coalition avenir Québec (CAQ) obtenir un troisième mandat, mais une victoire péquiste est certainement ce qu’il souhaite le moins.
Accepter la main tendue par Christine Fréchette et conclure rapidement diverses ententes qui pourraient avantager la CAQ risque certainement de diviser le vote fédéraliste au profit du Parti québécois (PQ). Déjà, « l’effet Fréchette » a entraîné une baisse des intentions de vote du PLQ.
Le problème est qu’adopter la ligne dure avantagerait moins le PLQ que le PQ, qui pourrait y voir la preuve que les demandes du Québec seront toujours rejetées, peu importe qui gouverne à Ottawa. Ce n’est manifestement pas la voie que le premier ministre canadien a choisi d’emprunter.
Paul St-Pierre Plamondon n’a pas tardé à dénoncer la « culture de collaboration » qu’entend développer le nouveau ministre responsable des Relations canadiennes, Jean Boulet, qui a laissé entrevoir une entente prochaine sur le Fonds pour le transport en commun du Canada, dont pourrait bénéficier le projet de tramway à Québec ou le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal.
Le chef du PQ estime que le gouvernement Carney pourrait se montrer collaboratif « pour une courte période préélectorale », dans le but de bloquer la route aux indépendantistes, mais que le réflexe naturel de « mépris envers l’Assemblée nationale et ses pouvoirs » reprendra vite le dessus une fois l’élection passée.
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Il est vrai que la soudaine amabilité de M. Carney, en admettant qu’elle se traduise concrètement, peut laisser sceptique, mais il faut aussi dire que les ambitions autonomistes affichées par la CAQ depuis dix ans semblent avoir changé de nature tout aussi soudainement depuis l’arrivée de Mme Fréchette.
On n’entend plus parler des pouvoirs additionnels en matière d’immigration dont François Legault avait fait une question existentielle pour l’avenir de la nation québécoise. L’autonomie semble maintenant être réduite à une question d’argent. « C’est ça qui est central : s’assurer que l’argent qui nous revient soit utilisé au Québec, suivant nos conditions », a expliqué M. Boulet.
Il est vrai que l’incertitude provoquée par la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump et la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique ont créé des urgences auxquelles le gouvernement Fréchette doit proposer des réponses dans un très court laps de temps, mais les données fondamentales de la situation du Québec au sein de la fédération canadienne n’ont pas changé pour autant.
Les circonstances se prêtent peut-être mal à un débat sur un nouveau partage des pouvoirs, mais elles ne doivent pas servir de prétexte à un empiètement d’Ottawa sur les champs de compétence du Québec.
Malgré les assurances données par la nouvelle première ministre, on ne sait pas si Québec pourra gérer en toute autonomie la part qui lui revient dans le nouveau programme de 6 milliards de dollars visant à former 100 000 nouveaux travailleurs d’ici cinq ans, qui a été annoncé dans la mise à jour économique de la semaine dernière.
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Si on peut comprendre la méfiance de Paul St-Pierre Plamondon envers la volonté fédérale de développer, au-delà des élections du 5 octobre, la même culture de collaboration que celle que souhaite M. Boulet, de nombreux électeurs se demanderont dans quelle mesure un gouvernement péquiste accepterait lui aussi de collaborer tant que le Québec sera membre de la fédération.
Il est maintenant acquis que, s’il y a un référendum, il ne sera pas tenu avant que Donald Trump ait quitté la Maison-Blanche. Jusqu’à ce que les Québécois décident s’ils veulent demeurer ou non au sein du Canada, M. St-Pierre Plamondon aurait donc le mandat de diriger ce qui serait encore une province et devrait continuer à entretenir des relations fonctionnelles avec le gouvernement fédéral.
La collaboration nécessite un minimum de confiance. Le chef du PQ n’est pas encore au pouvoir qu’il prête déjà des arrière-pensées à Ottawa. S’il devient premier ministre, soupçonnera-t-il chaque entente proposée par le fédéral de viser à endormir les Québécois à l’approche du référendum ? Lui-même acceptera-t-il de collaborer, au risque de démontrer que le fédéralisme peut aussi avoir des avantages, ou cherchera-t-il plutôt à faire continuellement la preuve qu’il ne peut pas fonctionner ?
On comprend très bien les raisons qui l’ont poussé à reporter le référendum à la fin du mandat, mais l’exercice d’une gouvernance souverainiste dans le cadre fédéral exigera beaucoup de sang-froid. Même quand il dénoncera, en toute bonne foi, ce qu’il estimera être de la provocation ou une intrusion inacceptable dans les champs de compétence du Québec, le camp fédéraliste s’empressera de l’accuser de sabotage.


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