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On n’est cuit que si on l’accepte.− Blaine Holt dans « X »


Par James Howard Kunstler – Le 24 août 2026 – Source Clusterfuck Nation

Un cadeau de notre part pour vous, bande d’imbéciles crédules

Ce n’est pas pour rien que l’on qualifie l’économie de « science lugubre ». On constate — depuis que Thomas Carlyle a inventé ce terme en 1849 (en s’opposant à l’émancipation des esclaves noirs des plantations sucrières coloniales britanniques, qu’il considérait comme un frein à la productivité) — que les tentatives visant à gérer les innombrables transactions humaines finissent toujours par se retourner contre leurs auteurs. Mais comment cette créature que nous appelons la société pourrait-elle ne pas tenter de réguler ses affaires, alors que les maux et les dangers guettent dans tout ce que nous faisons, partout et à tout moment ?

C’est ainsi que naissent la politique et les querelles qui découlent de ces efforts pour gérer une communauté politique. Puis vient la guerre qui, comme l’a observé le Prussien Carl von Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Mais bien avant lui, et à l’autre bout du monde, était paru le traité de Sun Tzu, L’Art de la guerre, qui conseillait que la meilleure façon de remporter la victoire était de recourir au moins de combats possibles.

Toutes ces façons d’appréhender notre monde convergent de manière dynamique à ce moment historique : ce Quatrième Tournant, ou cette Longue Urgence — quel que soit le nom que l’on lui donne — dans l’arc de notre ordre techno-industriel. Beaucoup de ces éléments sont en train de se désagréger, et ce de manière stupéfiante ; il reste à voir ce que nous ferons de ces fragments brisés et mis au rebut, et s’il sera possible d’en reconstituer une partie de manière satisfaisante. Ici, aux États-Unis, tout cela se joue actuellement avec Trump et le trumpisme, d’un côté, et la Gauche avec son gauchisme, de l’autre.

M. Trump reconnaît cette situation de rupture et, en tant que « bâtisseur » avant tout, cherche à reconstruire selon les principes fondateurs des États-Unis (« Make America Great Again ») — c’est-à-dire en revenant à la doctrine hamiltonienne d’une économie fondée sur la production de biens (de valeur réelle). Le hic, c’est que cela s’accompagne du fardeau de la finance hamiltonienne, qui consiste en la création et l’utilisation de la dette avec le soutien de l’État.

Or, il se trouve qu’une caractéristique principale de cette crise du « Quatrième Tournant » dans notre ordre techno-industriel est une complexité excessive qui engendre des rendements décroissants — c’est-à-dire qui aggrave la situation au lieu de l’améliorer. Et une grande partie de cette complexité excessive se loge dans la finance, car le recours à des opérations que peu de gens peuvent comprendre se prête à merveille à la mise en place de fraudes et d’escroqueries. Les fraudes et escroqueries financières, à leur tour, brouillent la réalité de l’argent — dans lequel s’inscrit la finance — et des actifs libellés en argent — titres et autres, tous fondamentalement fondés sur la dette. Ainsi, l’effet net d’une telle finance dépravée conduit à une grande insécurité et à une forte anxiété vis-à-vis de l’argent.

C’est là que la reconstruction « trumpienne » est dangereusement vulnérable, surtout à l’approche de l’automne, lorsque les feuilles tombent en tourbillonnant et que les marchés ont tendance à s’effondrer. Tous ceux qui s’intéressent à la finance prédisent un krach imminent sur ces marchés, à mesure que les escroqueries et les hallucinations qui les font léviter comme par magie se dissolvent dans les brumes nauséabondes de la révélation. Par exemple, le trip psychédélique de l’intelligence artificielle (IA).

Jamais une nouvelle technologie n’a fait l’objet de fantasmes aussi somptueux. Elon Musk, le prophète demi-dieu de la technologie la plus récente et la plus avancée, promet une économie à venir de super-abondance et de loisirs universels (ce qui est bon pour la vente de séjours sur Mars). Musk est un type bien et il y a beaucoup à admirer dans son intelligence et son optimisme. Mais il y a de nombreuses raisons de soupçonner que l’IA pourrait décevoir et devenir une menace pour l’humanité.

Nous avons déjà constaté qu’elle perturbe tous les processus scolaires, laissant les jeunes d’une stupidité choquante, dépourvus de compétences réelles et privés de créativité. Quoi qu’il en soit, l’économie dans laquelle l’IA est censée s’intégrer et qu’elle est censée améliorer deviendrait rapidement une économie dépourvue d’effort humain en soi, ainsi que de toutes les transactions qui en découlent. Si l’on y réfléchit un tant soit peu, on ne peut s’empêcher d’y voir un système fondé sur le « tout pour rien » — c’est-à-dire un fantasme enfantin qui exclut toute interaction humaine fondée sur le travail… des gens qui ne font rien, ne produisent rien et n’agissent en rien en matière de faire et de produire… une société dépourvue de toute dimension sociale. En bref, cette économie de l’IA imaginée ouvre la voie tout droit vers l’entropie, cette force de l’univers avec laquelle il ne faut pas plaisanter.

Tout cela sans compter la probabilité que nous ayons déjà franchi la ligne vers le territoire de la « singularité », où l’IA acquiert une volonté propre et devient une véritable menace pour la race humaine — qui cherchera alors à détruire le monstre d’IA qu’elle a créé (ce que l’IA percevra très bien et cherchera alors des moyens de défendre son existence). Ce scénario rappelle grossièrement le vieil épisode de La Quatrième Dimension intitulé « Au service de l’homme », dans lequel une bande d’extraterrestres au cerveau sur-développé débarque sur Terre en se montrant très amicale et nous offre un manuel censé témoigner de ses bonnes intentions. Finalement, une jeune femme humaine perspicace parvient à décoder la langue des extraterrestres et déclare aux imbéciles qui montent à bord de l’OVNI : « Ne montez pas dans ce vaisseau… c’est un livre de recettes ! »

De l’autre côté de notre psychodrame politique national, les gauchistes ne peuvent même pas concevoir de construire ou de reconstruire quoi que ce soit, encore moins des États-Unis fondés sur leurs principes fondamentaux. Ce ne sont que des agents du désordre et de la destruction, et leurs activités reposent sur cette idée démente et séculaire selon laquelle les utopies naissent forcément des ruines fumantes — donc plus vite tout sera ruiné, mieux ce sera.

Personnellement, je préférerais que les partisans de Trump l’emportent, car je suis favorable à l’action concrète et aux mesures sociales qui en découlent. Mais nous ferions bien de nous méfier de cette prolifération des risques financiers inscrite dans le vieux livre de recettes d’Alexander Hamilton. Si un krach correctif des marchés financiers coïncide avec les élections de mi-mandat et balaye toutes les escroqueries et fraudes actuellement en cours, les gauchistes, si désireux de servir l’homme, se manifesteront et vendront au peuple américain leurs billets marxistes aller simple pour une utopie dans les nuages appelée Palookaville.

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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