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La neutralité parisienne possède manifestement une boussole : elle indique la sortie aux chrétiens et le quai aux campagnes IVG.
Le slogan est impossible à rater : « Mon corps, mon choix, mes adresses. » Sous le texte, un QR code conduit vers ivglesadresses.org, un annuaire recensant les professionnels et structures réalisant des interruptions volontaires de grossesse. Selon REVHO, l’organisme à l’origine de l’opération, la campagne est diffusée depuis le 28 septembre sur 130 supports dans les transports franciliens et bénéficie du soutien de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France.
Qu’on ne s’y trompe pas : l’IVG est légale en France et son recours est désormais protégé par la Constitution. La question posée ici est ailleurs. Elle concerne la définition extrêmement créative de la « neutralité » appliquée dans les espaces publicitaires des transports.
🇫🇷🚇 𝗙𝗟𝗔𝗦𝗛 — Alors que la RATP avait REFUSÉ, il y a quelques mois, une CAMPAGNE PUBLICITAIRE de Tribune Chrétienne, ainsi que les affiches du docu-fiction « Sacré Cœur », une campagne publicitaire pour l’IVG est actuellement DIFFUSÉE. (@MarieLys_Pell) https://t.co/hFnBjMICuf
— L’Écho Chrétien (@lechochretien) October 6, 2026
Sacré-Cœur trop religieux, l’IVG suffisamment neutre
En septembre 2025, MediaTransports avait refusé la campagne promotionnelle de Sacré-Cœur, le docu-fiction de Sabrina et Steven Gunnell consacré aux apparitions du Christ à Paray-le-Monial. Motif avancé : son caractère jugé « confessionnel et prosélyte ». Le succès populaire du film n’en avait ensuite été que plus spectaculaire.
En mars 2026, rebelote avec Tribune Chrétienne. Le média souhaitait acheter de l’espace publicitaire à Saint-Lazare pour faire connaître son site et sa ligne éditoriale. La régie lui reprochait notamment la présence d’une croix et de références chrétiennes. Selon le courrier publié par le journal, le visuel comportait « plusieurs symboles ou termes religieux » et « l’objet même du message [était] confessionnel ».
Autrement dit, une croix dans le logo d’un journal catholique risquait apparemment de rompre l’obligation de stricte neutralité de la mission de service public qu’est la RATP dont l’État est l’unique actionnaire.
Six mois plus tard, le voyageur peut contempler une campagne nationale destinée explicitement à faciliter l’accès à l’avortement. REVHO ne s’en cache d’ailleurs nullement : son objectif est de « renforcer la visibilité » de son annuaire et d’aider le public à trouver plus facilement un professionnel ou une structure pratiquant l’IVG.
259 400 IVG en 2025
Cette offensive publicitaire intervient dans un contexte particulier. La France a enregistré 259 400 IVG en 2025, soit une hausse de 2,9 % en un an, tandis que le nombre de naissances est tombé à 643 905, son niveau le plus bas depuis 1942. On ne peut pas attribuer la baisse des naissances à la seule IVG, elle-même due à de multiples facteurs (chômage, vaccination ARNm, climat anxiogène).
L’avortement ne sera jamais un acte médical banal parmi d’autres. Derrière les éléments de langage, les cartes interactives et les slogans publicitaires se trouve des vies humaines en formation, celle d’un embryon et celle de jeunes femmes (un tiers ont 25-29 ans) qui ne sont pas en capacité d’élever un enfant. La faiseuse d’ange qui risquait 20 ans de travaux forcés sous l’ancien régime a été remplacée par un corps médical qui ne met pas la vie de la femme enceinte en danger. Avant la dépénalisation en 1975, les avortements clandestins, pratiqués chez des « faiseuses d’anges » dans des conditions sanitaires déplorables, causaient 300 à 400 décès par an, particulièrement de femmes de classes populaires. Celles qui avaient les moyens allaient à l’étranger ou payaient (cher) un médecin. Actuellement le nombre de décès est quasiment nul : entre 0 et 2 par an.


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