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La crise pétrolière fera-t-elle baisser notre consommation d’essence?

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Depuis deux mois, le prix de l’essence ordinaire a augmenté de près de 40 % au Canada, selon la société Kalibrate. Ce coup porté aux finances des automobilistes accroît l’intérêt pour les véhicules électriques.

L’effet de la guerre au Moyen-Orient a été immédiat sur les ventes de GoElectric, un concessionnaire de voitures électriques d’occasion de Calgary.

Son stock est presque épuisé, preuve de ventes exceptionnelles au mois de mars.

Dès la première semaine [de bombardements au Moyen-Orient], nous avons vu une flambée. Nous avons reçu des tonnes de prospects et en deux semaines, tout a commencé à se vendre très rapidement, raconte Rajko Pavic, le gérant de ce commerce présent à Calgary depuis 2018.

Rajko Pavic répond à des questions devant son concessionnaire automobile.

Le gérant de GoElectric à Calgary, Rajko Pavic, a constaté une hausse des demandes de véhicules électriques d'occasion depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Photo : Radio-Canada / Zazak Bouarab

Selon lui, la hausse du prix des carburants est le facteur déterminant dans l’adoption de véhicules électriques. J’ai livré une [Chevrolet] Bolt à une personne originaire de Winnipeg ce matin. Elle la voulait pour ses trajets quotidiens parce qu’elle dépense 30 $ par jour en ce moment, explique-t-il.

Un choix avantageux, selon plusieurs organismes

Le calcul économique est de plus en plus favorable aux véhicules électriques, ajoute Daniel Breton, PDG de Mobilité électrique Canada. Le gouvernement fédéral a en effet relancé des mesures incitatives à l’achat et la location de ces voitures.

La double combinaison de la hausse du prix du carburant, plus le retour des rabais, plus les annonces d’infrastructures de recharge, ça fait en sorte que l’effet est positif sur les ventes de véhicules électriques, souligne-t-il. 

Posséder un véhicule électrique permet une meilleure prévisibilité budgétaire, fait-il aussi valoir : J'ai une assez bonne idée de ce que sera le prix de l'électricité dans deux ans, trois ans. Je n'ai aucune idée de ce que va être le prix du carburant essence dans deux semaines.

Dans un rapport publié jeudi (nouvelle fenêtre) (en anglais), l’organisme de promotion de l’énergie propre Clean Energy Canada estime que l’incitatif fédéral et les prix élevés de l’essence ont accru la rentabilité des véhicules électriques d’environ 12 000 $.

Des précédents peu prometteurs

Le professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, Pierre-Olivier Pineau, est toutefois sceptique quant à l'idée que cette crise pétrolière se traduise par un raz-de-marée de véhicules électriques ou par des changements de consommation d’énergies fossiles.

Malheureusement, ce n'est pas la première crise qu'on a, et c'est loin d'être la plus intense. En 2022, avec la guerre en Ukraine, le prix du pétrole a été un niveau plus élevé qu'aujourd'hui, et il n’y a pas eu de changement majeur, donne-t-il en exemple.

Portrait de Pierre-Olivier Pineau.

Le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau souligne que les hausses précédentes des coûts de l'essence n'ont pas conduit à des réductions de consommation.

Photo : Radio-Canada

Les statistiques d’immatriculation de véhicules montrent ainsi une hausse de 80 % du nombre de véhicules électriques et hybrides entre 2022 et 2024 au Canada, mais ce type de véhicules ne représente encore qu'environ 5 % du parc automobile au pays.

Le prix de l’essence fait rager depuis des décennies. [...] On a eu plusieurs signaux. Malheureusement, les crises précédentes n’ont pas vraiment réussi à nous faire détruire la demande.

Selon M. Pineau, la raison est à trouver dans l’augmentation de la richesse collective.

Depuis les 26 dernières années, on est plus de 50 % plus riches en Occident. Cette richesse fait que nous achetons beaucoup de véhicules. [...] On a acheté beaucoup de maisons et on n’a jamais eu autant de mètres carrés par personne qu’en 2026. [...] On s’aperçoit qu’on n’est pas prêts à faire des compromis sur notre style de vie.

La demande d’essence est ainsi considérée comme inélastique, à savoir qu’elle réagit très peu au prix. Selon une étude publiée en 2024 (nouvelle fenêtre), une hausse de 10 % du prix de l’essence ne réduit la quantité demandée que de 1,2 % à court terme et de 4,7 % à long terme.

L’étude note toutefois que l’adoption progressive des véhicules électriques ou hybrides contribue à accroître la relation entre hausse des prix de l’essence et baisse de la consommation.

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