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La crise du logement à Manawan sous la loupe d’Amnistie internationale

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Amnistie internationale dénonce l’inaction des gouvernements du Canada et des provinces pour contrer la pénurie de logements qui sévit depuis des décennies dans les communautés autochtones. En se basant sur l’exemple de la communauté atikamekw de Manawan, dans Lanaudière, où il a mené une recherche pendant deux ans, l’organisme met en lumière les « répercussions en matière de droits humains » qui découlent de cette crise.

« Selon les résultats de cette recherche, Amnistie internationale considère que le droit à un logement convenable à Manawan n’est ni respecté ni mis en œuvre », écrit l’organisme dans son rapport sur la crise du logement en milieu autochtone rendu public mercredi.

« Les histoires de vie des personnes qui habitent Manawan montrent que les standards de logement convenable ne sont pas atteints et qu’outre la violation du droit à un logement convenable, les droits à l’éducation, à la santé, à la vie privée, à la sécurité et à la vie ne sont ni respectés ni mis en œuvre », poursuit l’organisme.

Cette situation « perpétue le cycle de violence à l’égard des femmes, des filles, des enfants et des personnes aînées et contribue à maintenir une grande partie de la communauté dans la pauvreté », ajoute-t-on.

À Manawan, décrite comme « une des communautés autochtones du Québec dont les besoins sont les plus importants », on compte à peine 405 logements pour héberger plus de 3100 personnes, pour une moyenne de 7,8 personnes par logement. Amnistie internationale indique que certains logements sont habités par « 8, voire 10 personnes et, dans un cas, 17 personnes de façon permanente, sans compter celles qui y séjournaient de façon occasionnelle ».

Dans ces logements surpeuplés, « plusieurs personnes n’ont pas accès à un lit individuel et doivent le partager ». Dans certains cas, on va installer des matelas dans le salon et la cuisine ou attendre que les autres se réveillent pour aller dormir à son tour.

« Des logements surpeuplés sont propices à la propagation de maladies », note Amnistie internationale. Et ça va bien au-delà des problèmes de santé physique. « Des professionnels de la santé et de l’éducation ont noté la présence de problèmes d’insomnie et de santé mentale pouvant être liés au surpeuplement et au manque d’intimité », écrit Amnistie internationale.

Cela a une incidence négative sur le parcours scolaire des jeunes, révèle le rapport. Selon la directrice des services éducatifs, citée dans le document, « plusieurs enfants ne dorment pas suffisamment la nuit ou n’ont pas de matelas ni de lit où dormir, puis dorment en classe ou ne se concentrent pas sur la matière ». Elle note également que « leurs logements n’offrent pas les aménagements, l’environnement sain et la quiétude nécessaires pour effectuer des travaux scolaires ».

Bon nombre de maisons ont par ailleurs besoin de rénovations majeures, note Amnistie internationale. « Notre recherche démontre que de nombreuses familles de Manawan vivent dans des logements insalubres, en raison notamment de la présence de moisissures et faute de réparations adéquates. »

Racisme systémique

En vertu de la Loi sur les Indiens, les terres dans les « réserves » appartiennent à la Couronne et ne peuvent être achetées ni recevoir de titres fonciers, ce qui complique les démarches pour un Autochtone qui souhaiterait construire ou acheter sa maison. C’est donc le gouvernement fédéral qui fait office de principal bailleur de fonds, et le Conseil de bande gère le parc immobilier, la construction, l’entretien et la perception des loyers.

« Les différents conseils à Manawan qui se sont succédé au fil des 20 dernières années ont tenté, sans résultat, d’alerter la population canadienne et les élu-e-s au sujet de la crise du logement qui sévit à Manawan, déplore Amnistie internationale. Cette indifférence de longue date soulève la question du racisme systémique par rapport au logement. »

Se basant sur plusieurs rapports, l’organisme soutient que la situation à Manawan « est représentative de bien d’autres communautés autochtones au Canada » et il réclame du gouvernement fédéral de bonifier les programmes de logements dans les communautés.

« Il est clair que le Canada n’en fait pas suffisamment pour financer adéquatement le logement [dans] les réserves et qu’il a failli à ses obligations fondamentales depuis plusieurs décennies. »

L’organisme interpelle également le gouvernement du Québec pour qu’il mette en œuvre les recommandations de la commission Viens en matière de logement pour les Autochtones et qu’il reconnaisse formellement le racisme systémique.

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