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Warsh retire le put, Huang accélère, l’État sécurise l’électron

Note Substack Premium++ — Blog à Lupus / TS2F

Semaine arrêtée au 29 août 2026

Il y a des semaines où le marché monte parce que la banque centrale le rassure. D’autres où il monte parce que les résultats sont meilleurs que prévu. Cette semaine est beaucoup plus intéressante : la Fed retire progressivement son filet au moment même où l’intelligence artificielle démontre qu’elle n’en a peut-être plus autant besoin.

À Jackson Hole, Kevin Warsh a envoyé un message que Wall Street n’avait plus vraiment envie d’entendre : fini le pilotage automatique. Moins de forward guidance, moins de fonction de réaction distribuée à l’avance, moins de Fed transformée en GPS des traders. L’objectif d’inflation reste fixé à 2 %, le PCE demeure beaucoup trop élevé et les conditions financières ne sont pas suffisamment restrictives pour justifier une nouvelle indulgence. Le marché a immédiatement compris : le put monétaire devient plus cher.

Quelques heures auparavant, Jensen Huang venait pourtant d’annoncer quelque chose qui ressemblait presque à une provocation adressée aux sceptiques : 96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires trimestriel, 89 milliards pour les data centers, près de 60 milliards de résultat net et déjà 108 milliards attendus pour le trimestre suivant.

Autrement dit, la Fed dit : « Je ne vous porterai plus. » Nvidia répond : « Regardez comme je cours. »

Voilà le véritable sujet de cette semaine. Pas de volume, pas beaucoup d’exposition spéculative, pas de put gratuit, mais toujours davantage de compute, davantage d’électricité, davantage d’agents, davantage de projets souverains et davantage de capital engagé.

La révolution IA vient peut-être d’entrer dans son âge adulte. Jusqu’ici, il fallait surtout savoir lever de l’argent. Désormais, il faudra mériter son coût du capital. Et cette différence change tout.

Bienvenue dans La Course sans filet.


Photo by MARK ADRIANE on Unsplash

Le changement introduit par Warsh dépasse largement la question de savoir s’il relèvera ou non les taux en septembre. Ce qui disparaît progressivement, c’est une culture monétaire née après Lehman : la conviction que la Fed doit réduire autant que possible l’incertitude financière. Pendant quinze ans, chaque crise a renforcé la même architecture mentale. Mauvaises données : baisse des taux. Crise : QE. Volatilité excessive : communication rassurante. Marché désorienté : forward guidance.

Le risque économique avait progressivement été remplacé par l’analyse de la banque centrale. Warsh veut casser cette dépendance. La Fed continuera évidemment à intervenir lorsque la stabilité systémique l’exige, mais elle ne veut plus fournir gratuitement aux investisseurs la prochaine transaction.

Cette semaine, le message fut donc presque darwinien : analysez, pricez, prenez votre risque.

Pour le marché, c’est inconfortable. Pour la révolution technologique, c’est probablement sain. Car une innovation financée éternellement par de l’argent presque gratuit finit par sélectionner ceux qui savent lever du capital plutôt que ceux qui savent réellement le transformer en productivité. Le retour d’un prix du capital impose une règle beaucoup plus exigeante : montrez-moi le rendement.


Voilà le paradoxe fondamental. La meilleure façon de contraindre la Fed à soutenir l’économie serait que l’économie casse. Elle refuse précisément de le faire.

La consommation américaine résiste, le marché du travail demeure proche du plein emploi, la croissance reste correcte et l’investissement privé est porté par une mobilisation technologique sans précédent. L’intelligence artificielle devient alors victime de sa propre réussite. Plus elle produit de capex, de richesse financière, d’investissements et potentiellement de productivité, moins la Fed possède de raisons de l’aider.

La bonne nouvelle fondamentale devient temporairement une mauvaise nouvelle monétaire.

Ce mécanisme est particulièrement pervers pour Wall Street parce qu’il empêche l’ancien réflexe : bonnes nouvelles = hausse des profits = baisse des taux anticipée = multiples supérieurs. Désormais, de très bonnes nouvelles peuvent produire : profits supérieurs + Fed plus restrictive = multiples plafonnés.

Mais cela ne détruit pas les profits. Cela oblige simplement le marché à payer moins cher chaque dollar de profit futur. Et c’est exactement pourquoi nous allons probablement entrer dans un âge beaucoup plus intéressant : celui de la sélection.


96,2 milliards de dollars.

Il faut presque oublier le ticker NVDA quelques secondes pour comprendre la dimension industrielle de ce chiffre. Un ancien fabricant de cartes graphiques génère désormais en un trimestre davantage de revenus que beaucoup de champions historiques en une année entière. Data center : 89 milliards. Croissance annuelle : trois chiffres. Marge brute : environ 75 %. Près de 60 milliards de bénéfice net. Et déjà 108 milliards de revenus attendus au prochain trimestre.

Le marché peut évidemment décider que le titre est trop cher. Il ne peut plus prétendre que le phénomène économique n’existe pas.

Nvidia confirme surtout quelque chose d’encore plus important : la demande n’est plus tirée par un laboratoire unique. Frontier labs, hyperscalers, startups, modèles ouverts, sovereign AI, IA physique, robotique : le nombre de consommateurs de compute augmente.

Cela ne supprime pas le risque de crédit. Mais cela commence à déconcentrer la demande industrielle. Et c’est essentiel.


Voilà peut-être la phrase la plus importante de Jensen Huang cette année.

Pendant trois ans, les sceptiques ont posé la bonne question : qui gagne réellement de l’argent avec toute cette puissance de calcul ?

Nvidia vendait. Microsoft construisait. Meta construisait. Amazon construisait. Google construisait. Mais que produisait réellement le dernier dollar de capex ?

Nous commençons à obtenir une réponse. Salesforce améliore ses perspectives et met Agentforce au centre de sa stratégie. CrowdStrike progresse avec la sécurisation de l’IA agentique. Anthropic et Salesforce rapprochent leurs plateformes. Le software, que l’IA était censée massacrer, recommence à être acheté.

Et c’est parfaitement logique. Une technologie générale ne détruit pas automatiquement l’industrie qu’elle traverse. Elle détruit les entreprises qui ne savent pas l’intégrer. L’électricité n’a pas tué l’industrie ; elle a tué progressivement l’usine incapable de s’électrifier. Internet n’a pas tué le commerce ; il a créé Amazon et détruit certaines anciennes architectures de distribution.

L’IA ne tuera probablement pas le logiciel. Elle séparera le logiciel transformé par l’IA du logiciel rendu inutile par l’IA.

Nuance énorme.


Le premier âge était simple : construire. GPU, HBM, data centers, fibres, réseaux. Le deuxième sera beaucoup plus difficile : utiliser.

Nous passons progressivement de TRAINING → INFERENCE → AGENTS → AUTOMATISATION → ROBOTIQUE.

Chaque étape élargit le marché. Le training était concentré entre quelques laboratoires capables de financer des modèles gigantesques. L’inférence multiplie les consommateurs. L’agentique multiplie le nombre d’opérations par utilisateur. La robotique transforme le compute en travail physique.

La question de 2025 était : combien de GPU allons-nous construire ? La question de 2027 pourrait devenir : combien de travail économique pouvons-nous produire avec chacun d’eux ?

Voilà le véritable point de bascule.


C’est ici qu’Optimus et l’IA physique cessent d’être des curiosités futuristes.

Un LLM produit une information. Un agent produit une décision. Un robot produit une action dans le monde physique. Lorsque ces trois couches fusionnent, le marché adressable ne correspond plus seulement à celui du software. Il devient celui du travail.

Et là, nous changeons d’échelle.

Un pays vieillissant capable de déployer massivement des machines autonomes pourrait partiellement dissocier son potentiel de production de la taille de sa population active. La robotique devient alors simultanément technologie, politique industrielle, réponse démographique et instrument de souveraineté.

Le Japon n’a évidemment pas besoin d’un robot humanoïde pour faire plaisir aux actionnaires de Tesla. Il en a potentiellement besoin parce qu’il vieillit.

Voilà à quoi ressemble une technologie lorsqu’elle devient civilisationnelle.


Le marché offre parallèlement une structure technique presque idéale pour rendre tout le monde nerveux.

Le SPY vient de connaître son plus faible volume hebdomadaire depuis 2004. Les hedge funds américains se situent sur certaines mesures GS Prime au premier percentile d’exposition nette sur un an. JPMorgan constate également des nets extrêmement faibles.

Autrement dit, les professionnels ne sont pas massivement engagés dans la hausse. Ils viennent au contraire de passer plusieurs semaines à réduire le risque. Puis le dé-grossing ralentit, les rachats de shorts réapparaissent, les achats longs reviennent et le software commence à être repris. Pendant ce temps, les flux mécaniques restent puissants.

Voilà ce que j’aime dans cette configuration.

Un hedge fund très sous-exposé souffre relativement peu si le marché perd 2 %. Mais il souffre énormément en termes de performance relative si Nvidia, Salesforce, CrowdStrike et les hyperscalers prennent 15 %.

Le prochain moteur du marché peut donc parfaitement être la peur de rester sous-investi.

Le FOMO peut arriver après la correction.


C’est là qu’intervient la nuance.

Les professionnels ont du cash implicite via leur faible exposition. Les clients privés de Bank of America, eux, affichent seulement environ 9 % de cash selon les données de la semaine.

La structure est donc asymétrique. Si le marché monte, les hedge funds doivent remonter leurs nets. Si le marché chute fortement, le retail possède moins de réserves pour absorber la baisse.

Voilà pourquoi la volatilité extrêmement faible ne me rassure pas complètement. Elle ne signale pas nécessairement l’absence de risque. Elle signale surtout que le prix actuel du risque est très bas.


Le VVIX est revenu parmi ses niveaux les plus faibles des dernières années et l’amplitude moyenne du S&P sur dix jours est tombée autour de 0,52 %. Puis Warsh explique qu’il veut réduire la forward guidance.

C’est presque comique.

Le marché price une prévisibilité extrême au moment où la banque centrale annonce qu’elle veut devenir moins prévisible.

Moins de guidance implique mécaniquement davantage de dispersion dans les scénarios de taux, donc davantage de volatilité potentielle sur Treasuries, FX, actions et actifs à duration.

Ce n’est pas nécessairement baissier. C’est simplement un changement de régime.

La volatilité n’est pas l’ennemie du capitalisme. Elle est le prix de l’incertitude. Et un marché où l’incertitude vaut zéro finit généralement par faire des choses stupides.


Nous arrivons ici au sujet le plus important pour la prochaine étape du cycle.

Nvidia n’est plus seulement un fabricant. Elle sécurise de la mémoire, réserve des capacités, participe à des infrastructures, soutient certains financements, garantit potentiellement certaines valeurs résiduelles et intervient sur le terrain, l’électricité et les structures cloud.

Son 10-Q montre l’explosion de ses engagements d’approvisionnement et plusieurs dizaines de milliards d’engagements concernant le compute et certaines infrastructures.

C’est extrêmement intelligent. C’est aussi extrêmement dangereux si la frontière n’est pas correctement placée.

L’accélérationnisme consiste à anticiper les pénuries. Il ne consiste pas à fabriquer artificiellement la demande nécessaire pour absorber sa propre production.

Voilà pourquoi la suspension de certains mécanismes de partage de revenus rapportée cette semaine est si intéressante. Le programme concerné pouvait aller très loin : Nvidia pouvait soutenir le financement d’un cloud, garantir une partie de sa capacité et récupérer une partie du revenu généré au-dessus d’un seuil déterminé.

La critique est évidente : vendeur → finance client → client achète produit vendeur → vendeur garantit demande → vendeur enregistre croissance.

C’est là que commence la circularité.


Cela peut sembler paradoxal, mais la suspension ou la révision de certains programmes de financement n’est pas nécessairement baissière.

Elle peut signifier qu’une entreprise extraordinairement puissante comprend qu’elle doit empêcher son avantage stratégique de devenir une fragilité financière.

Nvidia doit aider à faire émerger un marché du compute. Elle ne doit pas devenir éternellement l’acheteur en dernier ressort de son propre compute.

Cette distinction déterminera probablement une grande partie du risque de crédit du cycle.

Notre doctrine devient donc : financer la rareté réelle, pas la rareté comptable.

Créer les infrastructures nécessaires, mais laisser le marché tester l’utilisation. Construire le réseau, pas garantir que chaque véhicule qui l’emprunte sera rentable.


C’est ici que l’accélérationnisme rejoint Schumpeter.

Une conception infantile de l’accélération dit : toujours plus, toujours plus vite, toujours davantage de capital.

Une conception réellement productive dit : supprimer les contraintes inutiles et renforcer la sélection.

Pas assez de GPU ? Produire. Pas assez de mémoire ? Sécuriser. Pas assez d’électricité ? Construire. Pas assez de financement ? Inventer de nouveaux instruments. Entreprise incapable de monétiser tout cela ? Laisser mourir.

Voilà la frontière entre accélérationnisme et corporatisme.

L’accélération cherche à faire gagner le système. Le corporatisme cherche à empêcher certains acteurs de perdre.

Ce sont deux philosophies totalement différentes.


Pendant ce temps, Pékin attaque par une autre voie.

Les modèles chinois open-weight progressent rapidement et abaissent brutalement les prix. Pour beaucoup d’analystes, c’est évidemment baissier : moins cher par token, moins de revenus unitaires, pression sur les modèles propriétaires américains.

Tous ces arguments sont valides.

Mais il existe une deuxième lecture : l’intelligence devient moins chère.

Et lorsqu’un facteur de production général devient moins cher, on en consomme généralement davantage. C’est Jevons.

Si le coût d’un million de tokens chute de 90 %, une entreprise ne va pas nécessairement conserver exactement le même usage et simplement économiser 90 %. Elle peut créer cent agents, une analyse permanente de ses contrats, un copilote pour chaque employé, une simulation continue, un contrôle industriel temps réel, des robots autonomes ou des systèmes médicaux individualisés.

La baisse du prix du token peut donc compresser certaines marges tout en faisant exploser le marché final.

La mauvaise nouvelle pour le fournisseur peut être une excellente nouvelle pour la civilisation.


Mais il ne faut pas être naïf.

Pékin ne gagne pas simplement des parts de marché. Il modifie les dépendances.

Une entreprise occidentale peut désormais utiliser un modèle chinois ouvert, l’adapter, l’héberger elle-même et réduire sa dépendance à un fournisseur propriétaire américain.

Voilà un nouveau front de la guerre IA.

La bataille ne porte plus seulement sur le meilleur modèle. Elle porte sur le meilleur modèle, le meilleur compute et le standard le plus facilement adopté.

Et historiquement, le meilleur standard technique n’est pas toujours celui qui gagne. Parfois, c’est celui que tout le monde peut utiliser.

Voilà pourquoi la souveraineté IA ne consiste pas uniquement à accumuler des GPU. Elle consiste à posséder les poids, les runtimes, les données, les protocoles, le software et la distribution.


Et c’est ici que l’histoire devient véritablement politique.

Le Japon construit avec Nvidia une infrastructure nationale d’IA physique reposant sur des dizaines de milliers de GPU Rubin et plus de cent mégawatts de capacité. La Corée développe elle aussi des infrastructures souveraines, avec une AI factory nationale appelée à passer de centaines de mégawatts vers le gigawatt.

Cela signifie quelque chose de considérable.

L’IA souveraine cesse d’être un concept bureaucratique. Elle devient MW + GPU + réseau + capital + modèles + industrie nationale.

Le compute devient un outil de politique industrielle, exactement comme l’électricité il y a cent ans.

Une nation incapable de calculer par elle-même risque demain de se retrouver dans la position d’un pays qui ne contrôlerait ni son énergie, ni son système bancaire, ni ses télécommunications.

Cela devient une dépendance stratégique.


Voilà probablement le véritable événement historique de la semaine.

La Maison-Blanche a déclaré une urgence nationale concernant la sécurité du réseau électrique américain. Et le texte cite explicitement l’intelligence artificielle, les data centers, la production avancée et la défense.

Voilà exactement ce que nous écrivons depuis plusieurs mois :

l’IA ne vit pas dans le cloud. Elle vit dans les centrales, les permis, les réseaux et les rapports de force.

Le futur numérique revient au transformateur. Le transformateur revient à l’industrie. Et l’industrie revient à la souveraineté.

Le cercle est bouclé.


Pendant vingt ans, la demande d’électricité américaine a quasiment stagné. Cette époque est terminée.

Goldman estime que la croissance de la demande pourrait avoisiner 3,5 % par an jusqu’en 2030, environ 70 % de cette augmentation provenant des data centers IA.

Cela représente une révolution pour les utilities.

Nous passons d’une industrie essentiellement patrimoniale à une industrie de croissance. Et surtout, le réseau ne suit pas.

PJM manque déjà de capacités futures. Les délais de raccordement deviennent délirants. Les transformateurs manquent. Les turbines sont réservées longtemps à l’avance.

Les entreprises commencent donc à raisonner autrement : BYOP — Bring Your Own Power.

Apporter sa propre centrale. Sa propre turbine. Son propre stockage. Demain son propre SMR.

Voilà pourquoi le data center devient progressivement une zone industrielle énergétique autonome.


Le nucléaire revient pour une raison presque banale : les mathématiques.

Un data center de plusieurs centaines de MW exige une énergie dense, stable, prévisible, pilotable et disponible 24 heures sur 24.

Cela ne signifie évidemment pas que seul le nucléaire peut remplir cette fonction. Le gaz jouera un rôle immense. Les renouvelables aussi. Le stockage également.

Mais le nucléaire possède une caractéristique particulièrement adaptée au techno-souverainisme : il internalise une grande partie de la chaîne énergétique nationale.

D’où BWXT, Centrus, uranium, Oklo.

Il ne s’agit plus seulement d’un thème énergétique.

Il s’agit du système d’exploitation physique de l’intelligence.


La signature d’un engagement de 45 milliards de dollars de compute par Anthropic mérite que l’on s’y arrête.

Quarante-cinq milliards pour louer de la capacité.

Pourquoi engager autant de capital ?

Parce que le risque perçu n’est toujours pas : « et si nous possédions trop de compute ? » Le risque perçu reste : « et si nous n’en possédions pas assez lorsque la prochaine génération arrivera ? »

Voilà la logique accélérationniste.

Le coût d’un excès de capacité est financier. Le coût d’un retard technologique peut être existentiel.

Silicon Valley préfère donc encore largement risquer le premier.


460 MW ici. 140 MW au Japon. 200 MW puis un gigawatt en Corée. Plusieurs gigawatts dans l’Ohio. Des dizaines de gigawatts projetés dans le reste des États-Unis.

Nous ne parlons plus d’un cloud.

Nous parlons de territoires de compute.

Chaque AI factory possède une adresse, une centrale, un réseau, des permis, des travailleurs, une fiscalité, une chaîne logistique et donc un État.

La virtualisation avait donné l’illusion que le numérique pouvait abolir la géographie. L’intelligence artificielle fait exactement l’inverse.

Elle redonne une importance stratégique au territoire.


La rupture entre OpenAI et Cursor après son intégration dans l’écosystème SpaceX offre un aperçu du monde qui arrive.

L’accès aux modèles n’est plus nécessairement neutre. Il peut dépendre des alliances, des propriétaires, des intérêts stratégiques et des verticales industrielles.

L’écosystème Musk prend progressivement forme : SpaceX, Starlink, xAI, Tesla, Optimus, Cursor.

Ce ne sont pas simplement des entreprises indépendantes. Elles peuvent progressivement former une architecture intégrée reliant énergie → intelligence → software → réseau → robotique → espace.

OpenAI, Microsoft, Anthropic, Amazon, Google : d’autres blocs se formeront.

La souveraineté technologique devient également privée.


Maurice G. Dantec permet de comprendre pourquoi tout cela dépasse largement la Bourse.

La technologie n’est plus simplement quelque chose que nous utilisons. Elle devient un environnement dans lequel nous vivons.

Regardez les organes de cette nouvelle biosphère : GPU, électricité, modèles, agents, satellites, robots, cybersécurité, monnaie programmable, capital, défense.

Ils commencent à s’interconnecter.

Le data center nourrit le modèle. Le modèle améliore l’agent. L’agent produit du software. Le software améliore l’industrie. L’industrie fabrique les machines nécessaires au prochain data center.

La boucle se referme.

Dantec aurait probablement reconnu là le passage du cyberespace comme réseau au cyberespace comme milieu civilisationnel.


Guillaume Faye aurait probablement apprécié le paradoxe.

Plus nous avançons vers le futur, plus nous redécouvrons l’énergie, le territoire, la puissance, les frontières, la guerre et les matières premières.

C’est l’archéofuturisme presque chimiquement pur.

L’IA est probablement l’objet technologique le plus avancé jamais produit. Et pourtant elle dépend d’une mine, d’une centrale, d’un câble, d’un port et d’un territoire.

Le futur n’abolit donc pas le réel.

Il le rend encore plus indispensable.


Pourquoi Jensen engage-t-il des centaines de milliards de supply commitments ? Pourquoi Anthropic signe-t-il 45 milliards ? Pourquoi les États construisent-ils leurs propres infrastructures ?

Parce que dans une compétition exponentielle, le temps n’est plus neutre.

Six mois de retard peuvent permettre au concurrent de construire un meilleur modèle. Ce meilleur modèle permet ensuite d’accélérer sa propre recherche. Le retard initial produit donc un retard supplémentaire.

Le capex achète alors autre chose qu’un rendement futur.

Il achète de la vitesse.

Et donc de la puissance.


Nick Land voyait technologie et capital s’auto-accélérer.

Mais la machine rencontre désormais deux contraintes physiques et financières.

La première : le coût du capital. Warsh.

La seconde : le coût de l’énergie. Le réseau.

Voilà pourquoi cette phase est tellement plus intéressante que 2024 ou 2025.

La techno-capital machine doit désormais résoudre les goulets qu’elle produit elle-même.

Elle ne peut plus simplement exiger plus d’argent.

Elle doit créer davantage de productivité.

Elle doit mériter son accélération.


C’est probablement la philosophie la plus utile pour TS2F.

Un objet technique ne fonctionne jamais seul. Il exige son environnement.

Le GPU exige mémoire, réseau, software, électricité, refroidissement et capital. Le robot exige batterie, compute, modèle, maintenance et supply chain. Le satellite exige lanceur, spectre et réseau terrestre.

Voilà pourquoi notre stratégie ne consiste pas à trouver « la meilleure action IA ».

Elle consiste à posséder le milieu associé de l’IA.

Et c’est exactement là que se trouvent les goulets.


Mais il reste une dernière question.

L’IA demande davantage d’électricité, donc nous construisons des centrales. Elle demande davantage de compute, donc nous réorganisons les marchés de capitaux. Elle demande davantage de données, donc nous collectons davantage. Elle demande davantage de sécurité, donc nous surveillons davantage. Elle demande davantage de vitesse, donc nous automatisons davantage.

À quel moment l’État utilise-t-il la technologie ?

Et à quel moment commence-t-il à restructurer toute la société pour satisfaire les besoins de la technologie ?

Ellul nous oblige à conserver cette question.

C’est ce qui empêche notre techno-optimisme de devenir religieux.


Au terme de la semaine, les indices américains progressent modestement.

Le plus important n’est pas le chiffre exact. C’est le comportement.

Nvidia annonce des résultats presque absurdes. Le marché monte. Warsh arrive et retire une partie du put. Le marché corrige. Mais il ne casse pas.

Voilà ma lecture :

Nvidia a prouvé la demande. Warsh a refusé de la subventionner. Le marché a accepté les deux.

C’est plutôt sain.


Le discours de Warsh a brutalement rappelé une autre règle.

Lorsque le dollar et les rendements réels montent simultanément, l’or souffre et Bitcoin souffre.

Cela ne détruit pas notre thèse monétaire. Cela impose simplement la discipline.

À long terme, 40 000 milliards de dette, réindustrialisation, défense, IA, énergie et guerre géopolitique constituent toujours une raison de conserver une assurance monétaire.

À court terme : ne jamais courir derrière la verticale.

Or = assurance. Pas religion.


Il existe une erreur fréquente chez certains techno-optimistes : penser que la monnaie est secondaire.

Elle ne l’est pas.

Une civilisation qui veut construire des milliers de milliards de dollars d’infrastructures doit disposer du marché de capitaux capable de les financer.

Le dollar apporte aux États-Unis profondeur, liquidité, collatéral, financement international et capacité d’émission.

Warsh défend donc indirectement une infrastructure fondamentale de l’IA américaine lorsqu’il défend la crédibilité monétaire.

La Fed restrictive peut être mauvaise pour le multiple Nvidia cette semaine. Mais une monnaie de réserve crédible peut être excellente pour la capacité américaine à financer Nvidia pendant vingt ans.

Le techno-souverainisme ne peut donc pas être simplement : imprimer et construire.

Il doit aussi être : construire suffisamment de productivité pour justifier le capital mobilisé.


L’ÂGE DE LA SÉLECTION

La stratégie devient maintenant plus précise.

COMPUTE — NVDA / AVGO / LRCX

La demande physique reste extraordinaire. Nvidia le démontre. Mais il faut désormais suivre deux comptes : les profits industriels et les engagements financiers implicites.

Plus optimiste que jamais sur le compute. Plus exigeant que jamais sur son financement.

Broadcom conserve son rôle de custom silicon + réseau. Lam reste la fabrique des fabriques. Et la mémoire devient un goulet de plus en plus important.

SOFTWARE / CYBER — CRWD

Le software entre dans la phase où l’on commence à distinguer ceux qui utilisent réellement l’IA de ceux qui la subissent.

CrowdStrike reste une infrastructure de confiance.

Plus d’autonomie = plus de surface d’attaque.

SOVEREIGN SOFTWARE — PLTR

Le compute produit de l’information. La puissance exige de transformer cette information en décision.

C’est le rôle stratégique de Palantir.

IA + défense + industrie + décision.

NUCLÉAIRE — BWXT / LEU / UEC / URNM / OKLO

L’urgence électrique américaine confirme notre thèse.

Le nucléaire n’est plus un thème périphérique. Il devient l’une des réponses possibles au principal goulet de la nouvelle économie.

BWXT et Centrus restent souverains. Uranium, le combustible. Oklo, la convexité — mais également la duration.

ESPACE — SPCX

SpaceX devient progressivement une architecture complète : lancement, communications, défense, software, IA et demain peut-être compute.

RAILS MONÉTAIRES — CRCL / COIN

Les agents devront payer.

Circle reste davantage infrastructure. Coinbase davantage bêta.

OR

Assurance contre le coût monétaire de la Grande Mobilisation.

CASH

Et surtout : l’option qui n’expire jamais.


Nous avions : Accélérer la technologie. Sélectionner le capital. Posséder les goulets. Refuser les zombies.

Cette semaine ajoute le principe central :

C’est probablement la formulation la plus importante depuis le début de cette série.

Parce que les contraintes ne sont pas nécessairement les ennemies du progrès. Un prix du capital oblige à prouver le rendement. Une pénurie électrique oblige à réinventer le réseau. Une pénurie de mémoire oblige à construire. La Chine oblige l’Amérique à accélérer. Warsh oblige Silicon Valley à monétiser.

Le meilleur système n’est donc pas celui qui supprime chaque obstacle.

C’est celui qui transforme chaque obstacle en nouvelle capacité productive.

Voilà le véritable accélérationnisme.


1 — HARD-MONEY ACCELERATION

Warsh conserve sa crédibilité. Les taux restent élevés mais absorbables. Nvidia maintient sa trajectoire. Le logiciel transforme progressivement l’IA en revenus. Les hedge funds remontent leurs expositions.

Le marché repart sans retrouver immédiatement l’euphorie.

Scénario central.

2 — SOVEREIGN AI BOOM

Japon, Corée, États-Unis et d’autres États accélèrent les infrastructures nationales de compute.

L’IA souveraine devient l’équivalent numérique de la souveraineté énergétique.

GPU, réseaux, mémoire, nucléaire, utilities et infrastructures profitent d’une deuxième vague d’investissement.

Scénario profondément TS2F.

3 — DESTRUCTION CRÉATRICE

Un néocloud casse. Un financement GPU est restructuré. Les valeurs résiduelles sont testées. Nvidia réduit davantage son soutien. Les bons actifs changent de mains.

La révolution continue avec moins d’acteurs et davantage de discipline.

Pas un scénario anti-IA. Un scénario pro-sélection.

4 — CHOC TAUX / ÉNERGIE

L’inflation persiste. Warsh doit resserrer fortement. Les taux réels accélèrent. Les spreads corporate s’écartent. Le prix du capital augmente plus vite que la productivité du compute.

Voilà le véritable scénario dangereux.

Pas un trimestre Nvidia légèrement raté.

Une crise du financement de l’accélération.


Fed septembre : hausse ou patience ? Treasury 2 ans : le marché croit-il Warsh ? Crédit Nvidia : les spreads commencent-ils à valider les résultats actions ? Oracle : toujours notre canari du crédit IA. GPU rental rates : la demande tient-elle sans soutien artificiel ? Software : l’IA génère-t-elle réellement davantage de revenus ? Power : PJM, nucléaire, turbines, transformateurs, behind-the-meter. Hedge funds : les nets extrêmement faibles remontent-ils ?

C’est probablement ce tableau de bord qui nous dira si septembre est un simple mois de volatilité ou un changement de régime.


UNE RÉVOLUTION QUI NE PEUT SURVIVRE QU’AUX TAUX ZÉRO N’ÉTAIT PAS UNE RÉVOLUTION

Nous pouvons maintenant relire toute la séquence.

Le Futur à Crédit : l’IA devient trop grande pour être financée uniquement par les cash-flows.

L’Empire sur une puce : le compute devient puissance macroéconomique et géopolitique.

La Grande Mobilisation : Wall Street transforme progressivement compute et data centers en infrastructures finançables.

Le Nouvel État-Machine : énergie, État, capital, défense et technologie commencent à s’intégrer.

Et maintenant :

Warsh retire progressivement l’assurance monétaire. Nvidia répond avec 96 milliards de revenus trimestriels. La Chine déflationne le prix de l’intelligence. Les logiciels commencent à la monétiser. Le Japon construit sa propre infrastructure souveraine. La Corée vise le gigawatt. Washington déclare le réseau électrique enjeu de sécurité nationale. Anthropic réserve des dizaines de milliards de compute. Les hedge funds restent sous-exposés. Les particuliers n’ont presque plus de cash. La volatilité semble morte au moment exact où la Fed annonce davantage d’incertitude.

Ce n’est pas un marché confortable.

C’est beaucoup mieux.

Parce que nous allons enfin découvrir ce qui est réel.

Les entreprises capables de monétiser l’IA survivront. Celles qui en parlent uniquement disparaîtront. Les infrastructures réellement nécessaires seront financées. Les projets inutiles devront être restructurés. Les acteurs trop levier perdront leurs actifs. Les plus solides les rachèteront.

Schumpeter pourra enfin faire son travail.

Et derrière toute cette brutalité reste une conviction qui devient chaque semaine plus forte :

Cela oblige déjà les États à reconstruire leur énergie, Wall Street à réinventer le financement, les entreprises à modifier leurs organisations, les nations à repenser leur souveraineté, les logiciels à intégrer des agents et les robots à sortir des laboratoires.

Dantec aurait parlé de nouvelle biosphère. Faye aurait vu le retour du territoire, de l’énergie et de la puissance derrière le numérique. Jünger aurait reconnu la mobilisation. Virilio, la guerre de vitesse. Land, la techno-capital machine. Simondon, le milieu associé. Schmitt, le retour du souverain lorsque l’infrastructure devient stratégique. Ellul poserait cependant la question qu’il ne faut jamais oublier : sommes-nous encore ceux qui dirigent la machine ?

Voilà pourquoi notre doctrine doit tenir les deux extrêmes : être assez techno-optimiste pour construire, assez capitaliste pour laisser échouer, assez souverainiste pour posséder les infrastructures et assez lucide pour ne pas adorer la machine que nous construisons.

Ce qui donne finalement :

Compute. Mémoire. Réseaux. Énergie. Nucléaire. Cyber. Espace. Capital.

Le XXIᵉ siècle commence à sélectionner ses infrastructures.

Notre travail n’est pas de prédire chaque chandelle. Il est d’identifier ce qui restera indispensable lorsque les valorisations, les modes et même certains champions actuels auront disparu.

Warsh vient de retirer une partie du filet.

Très bien.

Une révolution technologique qui ne peut survivre qu’avec de l’argent gratuit n’était probablement qu’une bulle financière.

Celle-ci va maintenant devoir démontrer qu’elle peut courir seule.

Et les chiffres de Nvidia suggèrent quelque chose d’assez simple :

elle court déjà beaucoup plus vite que prévu.

 ELLE COURT DÉJÀ BEAUCOUP PLUS VITE QUE PRÉVU. » « LA COURSE SANS FILET A COMMENCÉ. »

Contre le récit. Pour le réel.

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