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La compassion passe par la concertation

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« La rue n’est pas une maison. » Une évidence que commande le plus élémentaire respect de la dignité humaine, que l’ancienne première ministre Pauline Marois, épaulée par une trentaine d’autres signataires, ne devrait pas avoir à énoncer dans les pages du Devoir. Pourtant, ce vibrant appel à une concertation nationale pour enfin prendre à bras-le-corps la crise de l’itinérance fut bel et bien nécessaire, les cris du cœur de chacun se heurtant obstinément et depuis trop longtemps à l’inadéquation d’une compassion compartimentée.

Le constat de cette missive signée cette semaine par d’ex-politiciennes tous partis confondus, des maires, des acteurs économiques et communautaires — celui d’une bonne volonté partagée, mais freinée par un manque de coordination — est juste et criant. La tenue d’une rencontre au sommet, qu’ils réclament tous de concert, afin de sortir de ces vases clos et d’une logique d’urgence pour chercher d’un commun accord des solutions pérennes et structurantes s’impose.

L’explosion persistante de l’itinérance, désormais présente aux quatre coins du Québec, a démontré que nul ne pourra résorber seul cette crise multifactorielle et complexe. La solidarité nationale est un projet commun.

Que l’ensemble des partis politiques à l’Assemblée nationale (ou presque) adhère à cette demande de mobilisation collective est porteur d’espoir. Que la Coalition avenir Québec de Christine Fréchette ait fait bande à part, en restant circonspecte, fut une regrettable occasion manquée.

À quatre mois des élections québécoises, l’itinérance s’est déjà, et à fort juste titre, taillé une place en tête des priorités des formations politiques. Des promesses semblent toutefois annoncer d’emblée une nouvelle guerre de chiffres stérile. Ce sommet national, réclamé d’ici l’été 2027, est d’autant plus nécessaire.

Surtout que l’itinérance fracasse sans relâche de tristes records — 12 077 personnes contraintes de dormir dans des ressources temporaires ou carrément dans la rue, selon le dénombrement fait l’an dernier, une augmentation moindre de 20 % à l’échelle du Québec en trois ans, mais qui dépasse 50 % dans plusieurs régions éloignées des grands centres. Plus de 12 000 hommes et femmes, frères et sœurs, parents, amis perdus de vue dans l’anonymat de la rue. Sans compter tous ceux, invisibles, qui vivent dans l’instabilité résidentielle. « Rien n’est plus dangereux que la fatalité », déplorent à raison Mme Marois et ses cosignataires.

Un sombre tableau d’une société riche et développée, d’une soi-disant bienveillante social-démocratie, incapable d’endiguer une crise humanitaire sur son propre palier. Combien de Québécois se drapent de compassion mais détournent le regard des trottoirs de leurs centres-villes ? Combien feignent la bonté tout en pressant le pas pour poursuivre leur route et oublier aussitôt la misère de leurs concitoyens ? L’empathie ne se résume pas à faire l’éloge de la magnifique télésérie du même nom.

Encore faudra-t-il que ce grand sommet sur l’itinérance permette, au-delà de poser un diagnostic partagé, l’impulsion en amont de pistes de solutions pluridisciplinaires. Afin de briser les silos d’action — entre santé mentale, toxicomanie, transition au sortir d’hôpitaux, de centres jeunesse ou d’incarcération — pour atteindre un continuum de prévention et d’accompagnement, adapté et flexible au parcours sinueux de ceux que la société a échappés ou qui en ont été écartés par la hausse du coût de la vie et la pénurie de logements.

De même qu’une mise en commun d’expériences terrain régionales, instigatrices d’avenues novatrices et audacieuses de réinsertion sociale, comme ce village de conteneurs résidentiels de Gatineau, Transitiôn, dont devraient s’inspirer d’autres municipalités du Québec.

Il faut un électrochoc auquel tous les ordres de gouvernement devront répondre présent. Une grande rencontre nationale qui devra impérativement, de surcroît, fixer des objectifs et une obligation de résultat, une fois pour toutes.

Le Québec est fort d’une tradition de concertation et de solidarité qui « n’est pas une relique. C’est une force », rappellent à juste titre Mme Marois et ses cosignataires. De précédents sommets sur le système d’éducation québécois, sur les droits de scolarité universitaires, sur un avenir économique souscrivant au déficit zéro, ou encore de cette commission transpartisane sur les soins de fin de vie, sont nées certaines des plus grandes avancées du Québec.

La crise de l’itinérance s’inscrit aux défis accablant la société québécoise. Il est temps que le Québec fasse ce qu’il fait de mieux : briller par sa convergence collective. Et que les chefs des partis politiques le reconnaissent, qu’ils mettent de côté leur rivalité préélectorale et qu’ils érigent notre compassion au rang de projet national.

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