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Inquiets pour leurs proches restés en Syrie, une centaine de membres de la communauté kurde de Calgary se sont rassemblés devant l'hôtel de ville, samedi. Ils pressent le gouvernement canadien d'intervenir face à ce qu’ils qualifient de « nettoyage ethnique » dans le nord-est de la Syrie.
Le drapeau du Kurdistan flottait sur la place de l’hôtel de ville de Calgary, porté par des citoyens dont le cœur est resté au Rojava, la bande de territoire syrien majoritairement peuplée de Kurdes.
Pour les quelque 5000 Kurdes établis dans la métropole albertaine, les nouvelles en provenance de cette partie du monde sont insoutenables.

Danyar Bradost, membre du conseil d'administration de la Maison kurde de Calgary, appelle le Canada et le monde à se placer du « bon côté de l'histoire ».
Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaore
Nous sommes ici pour faire entendre nos voix. Ce qui se passe actuellement s’apparente à un génocide, lance Danyar Bradost, membre du conseil d’administration de la Maison kurde de Calgary. Il décrit des villes assiégées et une population civile terrorisée par de nouvelles offensives menées par des groupes armés qu'il qualifie de vestiges de l'État islamique.
Maintenant, ce sont les vestiges de l'EI, qui se font appeler la nouvelle armée syrienne, qui attaquent le peuple kurde.
Urgence humanitaire
Le message des manifestants est clair : le Canada ne doit pas oublier ses alliés de la veille. Ils rappellent que les forces kurdes ont été le rempart principal de la coalition internationale, dont faisait partie le Canada, pour défaire territorialement le groupe État islamique.
Ces personnes ont protégé le monde entier. Aujourd’hui, elles sont abandonnées, déplore Danyar Bradost.

Pour Kamal Azer, membre de la commnauté kurde de Calgary, la cause défendue dépasse les frontières ethniques. Il insiste sur le fait que ce conflit n'est pas uniquement un « problème kurde », mais une question d'humanité, de liberté et de lutte contre le fondamentalisme.
Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaore
Pour Kamal Azer, un autre membre de la communauté locale, le silence d'Ottawa est assourdissant. Le Canada faisait partie de la coalition. Aujourd'hui, on demande au gouvernement : où se situe-t-il? C’est une question d’humanité, pas seulement un problème kurde.
Des familles calgariennes dans l'angoisse
Plusieurs manifestants ont partagé des témoignages personnels.
Derrière les slogans politiques se cachent des tragédies familiales vécues en direct depuis l'Alberta via des téléphones aux connexions intermittentes.

Bessma Abdo a connu la période du groupe État islamique (EI) et la guerre, mais elle affirme que la situation actuelle est « pire » que ce qu'elle a vécu auparavant, qualifiant le traitement des enfants et des familles d'« horrible ».
Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaore
Bessma Abdo, 17 ans, est arrivée à Calgary il y a huit ans. L'adolescente vit dans une peur constante pour son grand-père. Ils ne peuvent pas parler librement au téléphone, tout est contrôlé. Il n'y a presque plus d'électricité ni d'eau, confie-t-elle, tout en envoyant un message de résilience aux enfants restés là-bas.
N'abandonnez jamais, la liberté viendra.
Khatoun Abdo, qui est résidente de Calgary depuis neuf ans, s'inquiète pour son oncle qui vivait à Alep. Il a dû fuir sa maison pour se réfugier dans un village avec sa famille il y a quelques semaines en raison des attaques, explique-t-elle. Il nous a dit que c'est très dangereux. Ses enfants ne vont plus à l'école. Ils ont peur parce qu'ils sont Kurdes.

Comme les autres manifestants, Khatoun Abdo maintient un lien direct avec sa famille en Syrie.
Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaore
Elle déplore que les enfants de sa famille ne puissent plus aller à l'école, ce qui crée une génération non éduquée et traumatisée par la peur d'être Kurde dans une zone encerclée.

Bien qu'il soit en sécurité au Canada, Nasser Ibo vit dans l'angoisse pour sa famille restée au Rojava, notamment à Kobané et Qamishli.
Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaore
Nasser Ibo, 21 ans, dont la famille vit toujours au Rojava, est sans nouvelles d'un oncle, mobilisé au front, alors que sa grand-mère et le reste de sa famille sont pris au piège, explique-t-il.
Nous avons aidé à chasser l'EI. Maintenant, ils sont de retour. Nous avons besoin d'aide, martèle le jeune homme, qui dit avoir déjà perdu deux membres de sa famille dans le conflit.
Une menace pour la sécurité mondiale?
Le cri de détresse poussé en Alberta résonne partout au pays, de Montréal jusqu'au Bas-Saint-Laurent. À Rimouski, la pianiste d’origine kurde Boran Zaza insiste sur le fait que l’heure n’est plus aux débats politiques, mais à l’urgence humanitaire.
À Calgary, la communauté kurde craint le pire. Elle craint que si la région s'effondre, des milliers de prisonniers du groupe État islamique s'évaporent dans la nature, menaçant la sécurité mondiale.
Cette mobilisation à Calgary fait écho à une manifestation similaire tenue la veille sur la colline du Parlement, à Ottawa. Les membres de la diaspora kurde de l'Alberta promettent de continuer à occuper l'espace public tant que le Canada ne prendra pas une position ferme pour protéger leurs proches.


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