NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
En ouvrant le dernier livre photographique de Valérian Mazataud, La colonia, on tombe sur cette image horizontale imprimée sur deux pages. Un homme fait son jogging. Derrière lui se dressent des tours résidentielles et les montagnes qui entourent Tegucigalpa, la capitale du Honduras. La scène paraît d’abord banale, puis on se rend compte qu’il ne court pas dans la rue, mais sur une piste d’athlétisme aménagée sur le toit d’un immeuble. Dans ce pays où la plupart des quartiers sont surveillés par des gardiens, tant la crainte des gangs armés est omniprésente, la violence transforme les rapports à l’espace public et les formes de socialité.
« Je suis souvent allé au Honduras, d’abord pour un reportage sur les Miskitos, un peuple autochtone de la côte des Caraïbes », explique celui qui est aussi photographe au Devoir depuis plusieurs années. « J’avais été instructeur de plongée par le passé et, là-bas, on fait de la plongée sous-marine pour pêcher des concombres de mer. J’étais complètement fasciné par ça. Pendant mon deuxième séjour, j’ai rencontré une femme avec qui je suis resté pendant 10 ans. J’ai adoré retourner dans ce pays, prendre le temps de connaître le voisinage autour de nous. »
De ces voyages est d’abord née une exposition homonyme, présentée au centre VU, à Québec, en 2024. Coédité par VU et les Éditions du Renard, dont le catalogue compte également un ouvrage de Charles-Frédérick Ouellet, lui aussi collaborateur au Devoir, le livre reprend le corpus de l’exposition tout en y ajoutant quelques clichés inédits. Tous ont été pris au Honduras, à l’exception de quelques images réalisées au Salvador et au Guatemala.
« Écosystème de la peur »
Sophie Bertrand, codirectrice de la revue Vie des arts et amie du photographe, signe un texte de conclusion dans lequel elle mobilise le concept biologique d’« écosystème de la peur », traçant des parallèles entre l’insécurité ambiante et les stratégies de survie d’espèces soumises à la prédation. Dans cette perspective, « chaque décision spatiale est un compromis entre la faim et le risque », écrit-elle.
Le monde naturel s’immisce d’ailleurs dans le livre, qui juxtapose des scènes de loisirs urbains à des portraits d’animaux. Une parenthèse plus sombre s’ouvre toutefois au cœur de l’ouvrage. Des manifestations ou encore une scène de crime laissent entrevoir l’atmosphère inquiétante qui enveloppe les lieux.
Avec ses ciels gris, sa verdure tentaculaire et les scènes de vie nonchalantes que donne à voir Valérian Mazataud, la capitale hondurienne Tegucigalpa paraît mystérieuse, insaisissable. « J’ai voulu assumer mon point de vue d’étranger, qui arrive à s’intéresser au particulier, au spécifique », mais qui ne peut pas proposer de vision d’ensemble.
Baku, un charmant braque de Weimar, figure à la première comme à la dernière page du livre. On le voit d’abord s’engouffrer dans un buisson. « J’ai conçu la structure un peu comme si un narrateur extérieur circulait à travers la ville », poursuit le photographe. « J’ai établi des associations plus libres, plus poétiques, que dans l’exposition. Baku, qui est le chien de mon ex-conjointe et de son fils, me sert en quelque sorte de guide à travers mes déambulations. »
Au-delà des violences
La colonia du titre renvoie à la Colonia Primavera, un quartier de la capitale où il vivait avec sa famille. « Plusieurs quartiers là-bas portent cette appellation de colonia », poursuit-il. « Pour moi, elle évoque d’une part ces espaces, souvent gardés et fermés au reste de la ville. D’autre part, les francophones pourront y entendre un écho à la colonisation, dans la mesure où le Honduras porte encore les traces de son passé colonial et que différents peuples y cohabitent. »
À son arrivée au Honduras, Valérian Mazataud raconte avoir été frappé par la forte présence de policiers, de caméras de surveillance et de systèmes d’alarme. « Les gardiens du secteur où je vivais ne comprenaient pas pourquoi je les prenais en photo. J’ai dû leur expliquer qu’il n’y en avait vraiment pas autant d’où je venais. Une sensation d’enfermement m’habitait souvent. Les gens vont se rencontrer dans des lieux comme des centres commerciaux, mais même ces endroits-là sont clôturés, surveillés. » Des photographies montrent également des animaux derrière des grilles.
« J’ai quand même souhaité ne pas reproduire les mêmes images que celles l’on trouve dans les médias ou au World Press Photo », précise-t-il. « Ce qui a fini par m’intriguer, ce n’était plus tant la violence elle-même que la manière dont les gens s’organisent autour. » On voit ainsi des rassemblements, des baigneurs à la piscine, des familles dans une aire de restauration, au cinéma.
« J’étais à la recherche de quelque chose de paisible, de fidèle à ma propre expérience, sans exoticiser les lieux. Peut-être qu’en voyant ces scènes du quotidien, on pourra ici s’identifier et mieux comprendre comment cet écosystème est vécu. »
Le livre photographique La colonia est vendu en ligne sur le site Web de l’éditeur. Des exemplaires sont également disponibles au centre Arprim, à Montréal.


12 hour_ago
15



























.jpg)






French (CA)