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Au cours des années 1990 et 2000, des centaines de millions d'ouvriers ont constitué l'épine dorsale de l'ascension économique fulgurante de la Chine, permettant au pays d'enregistrer des taux de croissance économique à deux chiffres pendant plusieurs années. Mais aujourd'hui, ceux qui ont contribué à fabriquer le «miracle chinois» sont de plus en plus nombreux à se retrouver sur le bord du chemin.
L'automatisation de l'industrie manufacturière, la délocalisation d'une partie de la production vers des pays où la main-d'œuvre est encore moins chère et la crise immobilière persistante ont transformé l'économie chinoise. Derrière l'essor spectaculaire des secteurs technologiques, une autre réalité se dessine: celle des travailleurs, souvent issus de villages ruraux pauvres, qui peinent à retrouver un emploi stable. Selon plusieurs indicateurs, les inégalités de revenus seraient désormais plus marquées en Chine qu'aux États-Unis, rapporte le Washington Post.
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«On pourrait penser, étant donné que le PIB a plus que doublé au cours des dix dernières années, que les conditions de vie des ouvriers et des cols blancs se seraient nettement améliorées, souligne Victor Shih, professeur de politique chinoise à l'université de Californie à San Diego. Mais je n'ai tout simplement pas cette impression.»
Ran Qiofeng, 34 ans, est entré sur le marché du travail en 2008, alors que le PIB de l'Empire du Milieu ne représentait qu'un quart de sa valeur actuelle. Il a débuté sa carrière en tant qu'assembleur dans une usine de composants informatiques, une «expérience enrichissante», qui lui assurait un niveau de vie bien supérieur à celui qu'il aurait pu espérer dans son village rural natal.
Petits boulots pour (sur)vivre
En 2016, il est toutefois retourné y vivre, alors que les emplois dans les usines se raréfiaient. Pour joindre les deux bouts, il a enchaîné les petits boulots dans la livraison et la restauration. «Ces dernières années, les pressions de la vie ont été trop fortes, souligne-t-il. Aucun secteur n'a d'argent.»
L'économie chinoise est en pleine «transition très complexe», assure Mary Lovely, chercheuse au Peterson Institute for International Economics, un groupe de réflexion basé à Washington. Alors que les secteurs des véhicules électriques et de l'intelligence artificielle (IA) sont en plein boom, le gouvernement chinois mise sur l'innovation technologique.
Pékin n'entend toutefois pas abandonner les industries plus traditionnelles. L'Empire du Milieu continue ainsi de fabriquer de nombreux produits de base destinés à l'exportation. Mais il doit désormais composer avec une concurrence accrue de pays comme l'Inde ou le Vietnam, où les coûts de main-d'œuvre restent plus faibles.
Pic d'exportations
Dès le milieu des années 2010, Pékin a mis en place une série de mesures destinées à subventionner l'automatisation des usines. Ces politiques ont porté leurs fruits: les produits chinois sont restés bon marché et, en 2025, l'excédent commercial de la Chine a atteint un niveau record de près de 1.200 milliards de dollars.
Mais ce succès a aussi un revers. L'automatisation des usines a réduit considérablement la main-d'œuvre industrielle du pays. Beaucoup, comme Ran, se sont tournés vers les petits boulots, souvent précaires et mal rémunérés. D'ici la fin de l'année, 320 millions de personnes travailleront dans le secteur de l'emploi flexible, contre 280 millions en 2025, selon le Centre de recherche sur les nouvelles formes d'emploi en Chine.
À cette transformation du secteur manufacturier s'ajoute un autre choc: celui de l'immobilier. Le secteur du bâtiment est confronté à une crise immobilière qui dure depuis plusieurs années. En cause: l'endettement des entreprises qui ont construit de nouveaux logements à la demande des autorités dans les années 2010, sans que la demande ne suive. Entre 2021 et 2025, plus de 14 millions d'employés ont quitté le secteur de la construction, alors que les géants de l'immobilier accumulaient les dettes.
Le passage d'un emploi stable de col bleu à des petits boulots a des répercussions sur les politiques sociales de Pékin: ceux qui multiplient les emplois flexibles ne cotisent pas toujours à la sécurité sociale et perdent de nombreux avantages, dont des droits à la retraite pour certains. «La mesure dans laquelle les Chinois perçoivent ces inégalités comme la conséquence de politiques montrant que le Parti ne se soucie pas d'eux se traduira par davantage de formes de protestation», alerte Scott Kennedy, expert en économie chinoise au Center for Strategic and International Studies, à Washington.
Pékin s'est engagé à mettre en place des protections plus solides pour les travailleurs de l'économie collaborative. Mais sur le terrain, certains ouvriers peinent à croire à une amélioration prochaine de leur situation. «Plus le développement chinois s'accélère, plus il est difficile de trouver un emploi et de gagner sa vie», regrette Yang, un ouvrier du bâtiment.





























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