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Chronique
Harold Thibault
Pékin, correspondant
Les autorités chinoises utilisent de nombreuses méthodes pour masquer les taux réels du chômage, en particulier celui des jeunes, afin d’éviter une gronde sociale, observe le journaliste Harold Thibault dans sa chronique au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 2 min.
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Sur le papier, tout va bien, car rien ne bouge. Le taux de chômage urbain en Chine demeure à 5,2 % en juillet, comme il l’est en moyenne depuis un an, en deçà de l’objectif d’un taux de chômage à moins de 5,5 % fixé par Pékin. Mais les faits sont têtus : le marché de l’emploi chinois est sous forte pression et cette réalité est largement sous-estimée par les données officielles.
Depuis la pandémie de Covid-19, l’économie chinoise est freinée par une demande intérieure atone – des consommateurs sans filet de sécurité sociale, inquiets par un marché immobilier en crise qui ralentit les chantiers. Cela plombe la capacité du pays à absorber sa main-d’œuvre.
En Chine, les statistiques sont éminemment politiques, surtout sur l’emploi, enjeu de stabilité sociale. Le taux de chômage, rassurant, de 5,2 %, ne concerne que les urbains et ignore la situation des centaines de millions de travailleurs ruraux venus chercher un travail en ville. Par ailleurs, est classé comme employé quiconque travaille plus d’une heure par semaine.
Le taux officiel de chômage des jeunes traduit davantage l’actuelle insécurité économique, mais il reste politiquement très encadré : lorsqu’il a bondi à 21,3 % en juin 2023, les autorités ont soudainement cessé de le publier ; six mois plus tard, elles sont revenues avec une nouvelle méthode de calcul excluant les personnes sous le statut d’étudiant qui ne trouvent pas d’emploi. Grâce à cette formule, le nouveau taux officiel de chômage des jeunes est tombé à 14,9 % fin 2023. Las ! Ce bidouillage n’a pas empêché la remontée de la courbe du chômage des jeunes, qui a atteint 17,9 % en juillet.
Précarisation croissante
Quoi qu’en disent ses statistiques, la Chine a un problème d’emploi, que la baisse de sa population liée à son vieillissement ne suffit pas à compenser. Ses exportations massives soutiennent l’emploi industriel, ce qui explique la dépendance de Pékin à son excédent commercial, malgré les tensions diplomatiques qu’il provoque ; mais elles ne suffisent pas. Les maux de son économie se traduisent moins par un chômage de masse – l’assurance-chômage, trop faible, ne permet pas de vivre – que par une précarisation croissante des travailleurs.
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