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Le gouvernement Legault n’a pas tenu compte de l’avis du Commissaire à la langue française (CLF) avant de lancer sa nouvelle vision économique en novembre.
Le CLF est un poste que le gouvernement a lui-même créé en 2022 pour «surveiller l’évolution de la situation linguistique au Québec et freiner le déclin du français».
Or, dans son nouveau rapport publié jeudi, le commissaire Benoît Dubreuil souligne que le gouvernement ne l’a pas écouté avant de publier «Le pouvoir québécois: réponse au nouveau contexte mondial».
«Nous avons recommandé au gouvernement du Québec de réviser ses mécanismes de soutien au développement économique dans le but d’y intégrer les considérations linguistiques», écrit-il.
«Nos vérifications auprès des responsables gouvernementaux nous ont permis de confirmer que les répercussions linguistiques potentielles n’ont pas été prises en compte dans l’élaboration de la nouvelle vision économique du Québec.»
Lacune
Pour combler cette «lacune», M. Dubreuil a décidé de mener une enquête sur les «risques linguistiques découlant de l’approche gouvernementale».
Le rapport qu’il a publié jeudi s’intitule «Concilier le français et l’économie: une analyse de la vision économique du Québec».
Il rappelle que les interventions gouvernementales dans l’économie influencent la situation linguistique en transformant les contextes de travail et en modifiant la demande de main-d’œuvre.
Par exemple, dit-il, le gouvernement caquiste a adopté en décembre le principe de «souveraineté numérique», qui consiste à prioriser les fournisseurs locaux, dans le but de protéger les données québécoises.
Québec avait également inclus le traitement et l’hébergement des données dans sa vision économique — ce secteur pourrait donc connaître une forte croissance au cours des prochaines années.
Toutefois, «la situation du français dans ce secteur est très problématique, non seulement dans la région de Montréal, mais également ailleurs au Québec», peut-on lire dans le rapport Dubreuil.
En 2021, 18 % de sa main-d’œuvre ne connaissait que l’anglais, alors que seulement 5 % ne connaissait que le français.
«Grande prudence»
Le commissaire invite à nouveau le gouvernement à «une grande prudence» et lui demande de «s’assurer de la présence d’une main-d’œuvre susceptible d’utiliser le français».
Québec doit «analyser en amont les répercussions linguistiques que pourrait avoir son intervention», insiste-t-il.
Il s’agit notamment de planifier «adéquatement» le recrutement et l’intégration de la main-d’œuvre pour ne pas compromettre davantage la situation du français.
«Un petit nombre de travailleurs ignorant le français peut suffire à faire basculer un milieu de travail vers un usage prédominant de l’anglais», prévient-il, notamment.
Les autres secteurs où la vitalité du français est considérée «fragile», voire «compromise», sont: l’aéronautique, la conception de systèmes informatiques, ainsi que la recherche et le développement scientifiques.
En revanche, les secteurs ciblés par la vision du gouvernement où le français a une bonne vitalité sont, entre autres: la construction, la production d’électricité et la fabrication.
Réagissant au rapport Dubreuil jeudi, le ministre de l’Économie, Jean Boulet, a déclaré vouloir «prendre le temps» de bien l’analyser «afin d’en mesurer les implications».
«Le document soulève des enjeux importants quant à l’équilibre à maintenir entre le développement économique et la protection du français», a-t-il reconnu dans une déclaration écrite.
«Dans le contexte actuel, il est essentiel que les choix économiques du Québec s’inscrivent dans l’objectif de renforcer la place du français, notamment dans les milieux de travail», a-t-il ajouté.


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