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N’enterrez pas la Coalition avenir Québec (CAQ) trop vite : moins de dix jours après une déroute électorale historique, plusieurs ministres défaits ont dit croire à la résurrection de leur parti et de la troisième voie. Le ministre Benoit Charette juge que son parti aurait dû s’afficher dans le camp du « Non », tandis que certains ténors, dont Simon Jolin-Barrette, songent à prendre les rênes de la coalition.
Au moment de leur arrivée au dernier Conseil des ministres mercredi, plusieurs élus caquistes ont souligné l’importance de faire un « post mortem », un examen des raisons ayant mené la CAQ à être complètement rayée de la carte au scrutin du 5 octobre.
M. Charette, qui tire sa révérence après 18 ans en politique, avait quant à lui déjà étudié les raisons expliquant la débâcle.
« Le premier facteur, c’est l’usure du pouvoir », a-t-il expliqué dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Le deuxième facteur, « c’est la fameuse indécision, à savoir est-ce qu’on serait du camp du “Oui” ou du camp du “Non” ? » a-t-il ajouté.
« Dans mon cas, j’aurais aimé qu’on puisse dire qu’on voterait “Non”. Il n’y a personne qui veut ce référendum-là », a déclaré M. Charette, lui-même un ex-péquiste converti au fédéralisme. « Lorsque 70 % [des Québécois] disent ne pas vouloir un référendum et lorsqu’à peine 9 % disent que c’est une priorité, le risque n’était pas grand [de prendre position] », a-t-il analysé.
Il a précisé qu’il ne faisait « nullement un reproche » à sa cheffe, Christine Fréchette. « Les discussions qu’on a pu avoir, en caucus ou en Conseil des ministres, ne lui permettaient pas d’avoir une position claire sur cette question-là », a-t-il déploré.
Il a suggéré à la CAQ de prendre position plus tôt que tard. « Aller en élection sans que cette question ne soit tranchée, c’est retourner dans les mêmes conditions. Pour moi, c’est voué à l’échec », a-t-il conclu.
Sereins, mais sonnés
Émus, sereins ou sonnés : les membres du cabinet de Christine Fréchette semblaient vivre les différentes phases du deuil lors de leur passage devant les journalistes.
Mme Fréchette s’est dite « très fière » de son bilan, en nommant les investissements dans les hôpitaux et l’entente sur Churchill Falls avec Terre-Neuve-et-Labrador.
Dans son Conseil des ministres, certains élus ont dit songer à reprendre le gouvernail de la CAQ.
« Je suis prêt à servir le peuple québécois, je suis prêt à servir la nation québécoise, a souligné le ministre sortant de la Justice, Simon Jolin-Barrette. Je pense que lorsqu’on veut changer des choses, c’est en politique que ça se passe. »
Ce dernier n’avait pas brigué la succession de François Legault au printemps pour plutôt se rallier à Bernard Drainville. Quelques mois plus tard, sa position a paru changée. « Vous allez vous ennuyer de moi si je ne suis pas là, alors… Je réfléchis. »
Le ministre délégué aux Régions, Mathieu Lévesque, a lui aussi laissé la porte de la chefferie toute grande ouverte. « C’est très flatteur que mon nom circule, a-t-il répété avant d’énumérer ses années de services à la CAQ. Il y a un avenir pour la troisième voie, pour la CAQ, et je crois que c’est le meilleur véhicule pour présenter la troisième voie. »
Le vice-premier ministre sortant, Ian Lafrenière, a réitéré son « intérêt pour travailler au futur de ce parti-là », mais veut laisser la poussière retomber avant de se lancer. « De précipiter les choses, ce serait la pire chose », a-t-il indiqué.
Le ministre sortant des Affaires municipales, Samuel Poulin, a aussi dit avoir été « approché par beaucoup de collègues », ministres comme députés. « Ça m’émeut, ça me touche, mais pour l’instant, ce n’est pas quelque chose que j’envisage », a-t-il affirmé.
Le chef intérimaire de la CAQ sera choisi dès samedi par le conseil exécutif national du parti.
Pour la survie de la troisième voie
Les ministres se sont par ailleurs montrés unanimes quant à l’importance qu’une offre politique à mi-chemin entre le souverainisme et le fédéralisme perdure au Québec.
Le ministre sortant des Affaires internationales, Christopher Skeete, a résumé l’humeur générale avec un refrain qui semblait inspiré par Joe Dassin : « La troisième voie va toujours avoir sa place au Québec. Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer. »
La ministre sortante de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Martine Biron, a quant à elle parlé d’un « scrutin qui est assez dur… qui est brutal, en fait, pour notre parti ».
« C’est sûr qu’il n’y a pas eu beaucoup de temps entre le départ de M. Legault et l’arrivée de Christine Fréchette. C’était peut-être un facteur, mais je pense que je n’attribuerais pas notre défaite à un élément ou à un autre. C’est multifactoriel », a déclaré l’ancienne analyste politique.
Si plusieurs se sont attardés à vanter leur bilan, certains ont plutôt dit se préparer à revenir à la quiétude de la vie civile. Bernard Drainville, entre autres, a dit être sur le point d’« hiverner ses abeilles » et de bercer son petit-fils à naître avec « les chansons de son vaste répertoire ».
« Lui saura apprécier ma voix mélodieuse », a lancé le superministre défait avec humour.


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