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La campagne électorale est lancée, j'en ai déjà marre

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C'est la double peine. Les vacances sont finies, les corvées du quotidien nous appellent; doucement, nous allons glisser vers l'automne, et dans ce désenchantement bien particulier de la rentrée, cette forme d'accablement résigné qui nous rend tout chagrin et désabusé, nous devons aussi supporter le vacarme des politiques, tout ce frétillement des candidats en route pour l'élection présidentielle, cette farce scabreuse destinée à régir nos destinées.

Tous les cinq ans, c'est la même chanson recommencée, la même agitation stérile, les mêmes emportements, les mêmes promesses vaseuses, les mêmes exercices de communication où chacun parade dans son coin comme un coq dans son poulailler, les mêmes roulements de tambour, les mêmes effets d'annonce, la même grandiloquence destinée à cacher le vide sidéral des programmes où chacun s'imagine et se présente comme l'unique sauveur de la patrie en danger.

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Déjà, ce cirque, car c'en est un, un vrai, me fatigue. Quand je pense que durant des mois et des mois, nous allons devoir subir ce carnaval de fanfaronnades, j'aurais presque envie de pleurer de lassitude. Je ne tiendrai pas le rythme, je m'écroulerai avant la fin. Tant de médiocrité affichée finit par écoeurer le plus vaillant des électeurs. Ce n'est même plus une question de gauche ou de droite, mais le constat d'un abaissement généralisé où le politique, tous bords confondus, a abandonné le champ de la réflexion pour se perdre dans les méandres des petites phrases qui font désormais le miel des chaînes d'information, ces nouveaux monts de l'Olympe.

Les politiques sont comme le reste de la société, ils se sont dilués dans cette forme de divertissement qui préside désormais à chaque segment de nos vies. On ne réfléchit plus vraiment, on se contente d'énumérer des propositions qui sonnent comme des promotions à saisir avant épuisement des stocks. On s'écharpe sur des détails au détriment des questions de fond qui exigeraient de la part des candidats un vrai travail intellectuel, une réflexion en profondeur sur les enjeux de nos époques.

L'infamie est parmi nous, elle aiguise son appétit, bientôt, si nous n'y prenons garde, elle nous engloutira. 

Mais non, on le sait d'avance, ce ne seront que chamailleries, idées toutes faites, recettes miracles. Ou bien alors de vieilles et poussiéreuses antiennes, de ces obsessions identitaires rabâchées à l'infini qui nourrissent toujours le vote d'extrême droite. Il faudra encore se coltiner ces meetings où la foule imbécile chantera en chœur qu'on est chez nous, avec une assurance qui dira l'absence totale de complexes, l'affirmation d'un discours dominé par l'esprit de la race, de la souche, de l'origine censée séparer l'ivraie du bon grain, l'étranger du Français véritable. L'infamie est parmi nous, elle aiguise son appétit, bientôt, si nous n'y prenons garde, elle nous engloutira, emportant ce qui nous reste d'honneur et de grandeur.

Tandis que de l'autre bord, quand on ne jouera pas sur les vieilles ficelles de l'antisémitisme réincarné par la magie du verbe en antisionisme, on clamera la nécessité d'une nouvelle République où cette vaste couillonnade nommée peuple décidera à la place des élites corrompues. Où l'on proposera de prendre l'argent comme on s'empare d'une banque, sans réfléchir une seule seconde aux conséquences à venir. Et où Jean-Luc Mélenchon, après avoir passé ces dernières années à vitupérer tant et plus, prendra les doux traits de l'agneau, appelant à lui le troupeau égaré des électeurs de gauche.

Mais ne nous y trompons pas, cette fois c'est la mort en personne que défie Mélenchon. On sait son angoisse du temps qui passe, cette affreuse barrière qui se dresse devant chacun quand les forces commencent à manquer. Confronté à cette extrémité-là, on n'a plus rien à perdre. On se jette dans la bataille avec la force du désespoir et de ce désespoir naissent des espoirs qui sont comme des désirs de repousser encore un peu plus loin l'échéance fatale. Mélenchon ne nous épargnera rien, ni l'angélisme de circonstance pas plus que la provocation à outrance.

Et que dire de cette gauche dite de gouvernement qui n'en finit plus de couler? La volonté d'Olivier Faure de participer à la primaire organisée conjointement par le Parti socialiste et Place publique a tout l'air d'une plaisanterie macabre. Hormis quelques militants zélés, qui sera assez fou pour voter pour un candidat dont la présence à la tête du Parti socialiste aura été un embarras constant? Jamais le parti de Jaurès n'aura connu un premier secrétaire aussi veule, aussi incohérent, aussi insignifiant, aussi paresseux, aussi peu prompt à incarner l'idée de changement.

Face à lui se tiendra Raphaël Glucksmann dont personne, au fond, ne sait vraiment de quoi il est capable. Est-il un mirage qui s'estompera aussitôt la campagne lancée ou parviendra-t-il à aller au-delà de son image, à provoquer le destin au point d'apparaître comme le seul candidat capable de réunir ces hommes et ces femmes qui désespèrent de la gauche depuis si longtemps qu'ils ressemblent à ces chiots qui, rassemblés dans un chenil, jappent d'impatience quand apparaît au loin un potentiel acquéreur?

La course est lancée. Elle durera une éternité.

Et si ce n'est pas vers Glucksmann, ce peuple de gauche, ce peuple orphelin, cet électorat qui jamais ne pardonnera à Jean-Luc Mélenchon ses outrages et ses dérapages, vers qui ses suffrages se porteront-ils sinon vers un candidat du centre assez intelligent pour se démarquer du président en partance tout en demeurant assez ouvert pour accepter l'idée d'une grande coalition, de cette nécessité impérieuse de réinventer la France dans une perspective à la fois sociale, écologique, européenne mais réaliste?

Voilà, la course est lancée. Elle durera une éternité. Si seulement on pouvait enjamber ces mois qui nous séparent de la date du vote. Si on pouvait s'épargner toute cette cacophonie dont on entend déjà les premiers glapissements. Si on pouvait s'éviter ces apostrophes, ces piques imbéciles, ces bavardages stériles, ces polémiques minables, tout ce bazar de l'élection présidentielle qui n'est au fond qu'un jeu de dupes, un divertissement sans fin et sans fond.

Oui, si, pour une fois, une seule petite fois, le temps pouvait accélérer sa marche en avant.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

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