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L’expression ne fait pas consensus, mais elle est de plus en plus utilisée pour décrire la capitalisation boursière des entreprises d’intelligence artificielle (IA). Sommes-nous en train de vivre une bulle de l’IA ? Si oui, va-t-elle éclater en 2026 ? Comme à toute question complexe, il n’y a pas de réponse claire, mais plusieurs voyants lumineux devraient s’allumer sur le radar des investisseurs.
« Certains indicateurs nous laissent croire qu’en effet, il commence à y avoir une excitation démesurée, notamment dans les plus petites compagnies d’intelligence artificielle », estime Pierre-Benoît Gauthier, vice-président à la stratégie de placement chez IG Gestion de patrimoine. « Mais il n’y a rien qui se compare à 2000 en matière d’évaluation », surtout pour les plus gros joueurs, selon lui.
Au moment de l’éclatement de la bulle « dot com » au tournant du millénaire, les cours de certaines entreprises se transigeaient à 100, 200, voire 300 fois les profits, rappelle M. Gauthier. « En ce moment, le marché est à un niveau de profitabilité qu’on n’a littéralement jamais vu. […] Donc nous, on croit que oui, il peut y avoir une bulle, mais que si c’est le cas, elle est à ses balbutiements et il y a encore beaucoup d’espace pour grossir. »
Cela dit, le ratio cours-bénéfices prévisionnel des « sept magnifiques » suscite certaines inquiétudes. À la fin décembre, les titres de Nvidia, Apple, Microsoft, Alphabet (Google), Meta, Amazon se négociaient entre 22 et 33 fois les bénéfices anticipés, tandis que Tesla faisait bande à part avec un ratio de 217. Au moment de l’éclatement de la bulle techno, au tournant des années 2000, ce ratio dépassait en moyenne la barre des 50.
La bulle, c’est les autres
Si l’on ne peut hors de tout doute confirmer que l’on vit actuellement une bulle spéculative, de plus en plus d’experts utilisent le mot sans complexe. Même des dirigeants d’entreprises ont adopté le vocable, mais avec certains bémols.
« Si on finit par gaspiller quelques centaines de milliards de dollars, je crois que ce serait vraiment malheureux, évidemment. Mais je dirais que le risque est plus grand [de ne pas investir] » et de passer à côté de l’énorme potentiel qu’offre l’IA, a dit en septembre dernier le p.-d. g. de Meta, Mark Zuckerberg.
Mais tout le monde n’est pas aussi confiant que le fondateur de Facebook. Sundar Pichai, le p.-d. g. d’Alphabet, la maison mère de Google, confiait en novembre à la BBC qu’« aucune compagnie n’est immunisée [aux conséquences d’un éclatement de la bulle IA], incluant la nôtre ».
Cette fois-ci, c’est différent…
« J’ai travaillé lors de quatre ou cinq bulles, durant lesquelles des gens m’ont dit “c’est différent cette fois-ci”. Ça ne l’est jamais », disait en décembre le chroniqueur au Financial Times Stuart Kirk, lors d’une table éditoriale organisée par le quotidien britannique. Sa collègue Katie Martin se préoccupe également de l’ampleur des investissements dans l’énergie ou le cuivre, essentiels aux centres de données sur lesquels repose l’IA. « Je m’inquiète d’un effet domino » si les marchés s’effondrent, dit-elle.
Si une bulle IA éclatait, les conséquences pourraient être plus dévastatrices que par le passé, note Itay Goldstein, professeur de finances à l’Université de Pennsylvanie, dans un article du magazine Penn Today. La dernière bulle techno a surtout fait mal aux investisseurs, souligne-t-il. « Quand elle a éclaté, les ménages n’ont pas perdu leurs maisons, le système bancaire est demeuré intact. »
En ce qui concerne l’IA, cette bulle est concentrée dans les « sept magnifiques », qui dominent le S&P 500 et auxquels sont donc exposés de nombreux petits investisseurs, explique M. Goldstein. Si la valorisation de ces entreprises chute, les portfolios de beaucoup de gens vont en pâtir, même pour les personnes qui investissent passivement, précise-t-il.
Que se passera-t-il en 2026 ?
Bien malin celui qui pourra le prévoir, mais certains s’inquiètent qu’une poignée de titres accapare une trop grande concentration du marché. En décembre, la capitalisation des « Mag 7 » représentait près de 35 % du S&P 500.
Pour éviter d’être emportées par une éventuelle correction boursière, les entreprises d’IA devront prouver qu’elles peuvent générer un profit. La Deutsche Bank prévoit qu’OpenAI aura dépensé 140 milliards de dollars américains avant de devenir profitable, rappelait à la mi-décembre l’analyste Alex Health dans le MIT Technology Review. Les entreprises avec les reins les plus solides pourront s’en sortir, tandis que les autres vont disparaître, soutiennent des dirigeants du secteur.
À ce propos, la prochaine saison des résultats sera importante à surveiller, croit Pierre-Benoît Gauthier. « Si les compagnies continuent à investir et qu’il n’y a pas de bénéfices, je pense que les investisseurs vont être plutôt impatients. »
L’enthousiasme suscité par l’intelligence artificielle « accroît aussi le risque de correction, surtout à mesure que les évaluations s’étirent et que les données fondamentales deviennent plus difficiles à lire », écrit Jimmy Jean, économiste en chef chez Desjardins. « Mais essayer de prédire le moment où cela se produira serait vain. »
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