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Le mois de mai marque le temps fort de la migration printanière des centaines de millions d’oiseaux qui viennent se reproduire au Québec, bien souvent après avoir parcouru de très longues distances pour revenir de leurs habitats hivernaux. Cette période est d’ailleurs attendue avec impatience par les ornithologues amateurs, qui guettent le retour de dizaines d’espèces différentes.
Après plusieurs semaines d’un printemps relativement gris et froid, Le Devoir a pu constater cette semaine que les passionnés de la faune aviaire étaient nombreux, munis de jumelles ou d’un appareil photo, à scruter la végétation du Jardin botanique de Montréal à la recherche d’oiseaux.
Preuve de l’importance des migrations en cours, il aura suffi au Devoir de marcher au hasard de cet espace vert pour observer une vingtaine d’espèces, dont cinq espèces de parulines particulièrement colorées, y compris une paruline tigrée qui sautait de branche en branche dans un cerisier en fleurs, tout près d’un colibri à gorge rubis. Avant de se retrouver au cœur de Montréal, ces deux oiseaux ont parcouru des milliers de kilomètres, possiblement depuis l’Amérique centrale, où ils ont passé l’hiver.
Plusieurs dizaines d’autres espèces d’oiseaux dont le poids se mesure en grammes arrivent aussi au Québec ces jours-ci, au moment où on célèbre samedi la Journée mondiale des oiseaux migrateurs. « C’est à ce moment que débute la plus grosse période de migration des oiseaux. C’est le meilleur moment pour profiter du phénomène, parce que la diversité d’espèces sera très importante, mais aussi l’abondance », résume le directeur général de l’organisme QuébecOiseaux, Jean-Sébastien Guénette.
Selon les données officielles, plus de 400 espèces peuvent être observées au Québec, dont certaines sont répertoriées comme des raretés et dont 80 % migrent chaque année. Cela comprend de petits oiseaux, comme les parulines, mais aussi des espèces marines et des rapaces.
Plusieurs représentants de la faune aviaire qui passent l’été ici sont d’ailleurs « des migrateurs néotropicaux », explique l’ornithologue Pascal Côté, ancien directeur de l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac. « Ils arrivent d’Amérique du Sud, d’Amérique centrale ou des Antilles. Plusieurs traversent, par exemple, le golfe du Mexique et voyagent sur de très longues distances, en plus de le faire relativement rapidement. Et ils arrivent au Québec sur une période d’environ un mois, toujours autour des mêmes dates. »
« Le fait de voir autant de couleurs chez les oiseaux est un phénomène fascinant. Nous avons ici le cardinal rouge et le geai bleu, par exemple, mais plusieurs espèces ont des couleurs relativement ternes ou propices au camouflage. Les parulines sont pour leur part assez flamboyantes », ajoute Pascal Côté.
Non seulement ces oiseaux parcourent des milliers de kilomètres depuis leurs aires d’hivernage, mais plusieurs vont se rendre jusqu’en forêt boréale pour nicher, rappelle Junior Tremblay, chercheur scientifique à Environnement Canada. « On dit d’ailleurs que la forêt boréale est une véritable pouponnière pour les oiseaux », ajoute-t-il. Selon les données disponibles, entre 3 et 5 milliards d’oiseaux dépendent de ces écosystèmes pour se nourrir et se reproduire.
Or, les milieux forestiers naturels continuent de disparaître, en raison notamment des destructions provoquées par l’industrie forestière, qui peut mener des coupes industrielles au moment où les oiseaux nichent. À cela s’ajoutent les menaces de l’exploitation minière et énergétique, y compris l’industrie éolienne, mais aussi d’autres types de développement d’origine humaine, sans compter la crise climatique et ses répercussions. Bref, les oiseaux migrateurs font face à des risques tout au long de leur cycle de vie.
Dans ce contexte, et alors que l’ornithologie semble bien gagner en popularité, les experts consultés par Le Devoir rappellent que la protection des milieux naturels est essentielle. Des gestes individuels peuvent aussi changer les choses, notamment en réduisant les collisions dans les fenêtres et en s’attaquant à la prédation par les chats domestiques.


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