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La bataille de Sainte-Adèle contre la «densification à tout prix»

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Les immeubles d’habitation de trois ou quatre étages poussent comme des champignons à Sainte-Adèle, une petite ville en pleine nature dont la population a explosé depuis une dizaine d’années. Sa mairesse, Nadine Brière, tente de freiner la surchauffe immobilière qui menace la qualité de vie des Adélois, mais déplore que Québec amplifie le problème en obligeant les municipalités à densifier leur cadre bâti — au nom de la lutte contre la crise du logement.

« Depuis la pandémie, tout le monde veut venir vivre ici. Les gens viennent pour le plein air, pour la nature, mais la population augmente trop vite. On est en train de perdre notre ADN », dit-elle lors de notre rencontre à la mairie de la municipalité d’un peu plus de 15 000 personnes.

La mairesse a été élue en novembre dernier. L’une de ses premières décisions a été de décréter un moratoire sur les projets de multiplex (de plus de trois logements). Elle veut revoir la réglementation municipale pour remettre de l’ordre dans le développement immobilier, qui s’est accéléré sous l’ancienne administration.

La construction de 2400 logements a été autorisée dans les quatre dernières années. Pour Sainte-Adèle, c’est énorme : la ville comptait 6895 ménages en 2021. Si ces 2400 habitations deviennent réalité, il s’agira d’une hausse de 35 % du nombre de résidences, principalement sous forme de logements locatifs dans des immeubles de deux, trois ou quatre étages.

Quelque 490 de ces logements seront mis en chantier dès cet été, malgré le moratoire, parce qu’ils avaient été approuvés par l’administration précédente.

Cette croissance effrénée menace l’essence même de la municipalité, qui est réputée pour sa tranquillité. Les résidents viennent pour les lacs, les montagnes, le ski de fond, le ski alpin, le vélo, la randonnée. Mais ils ont l’impression que leur petite ville se fait imposer par le gouvernement québécois de devenir une grosse banlieue comme Laval.

Des « cicatrices » urbaines

Le visage de Sainte-Adèle a changé rapidement depuis la pandémie — et pas pour le mieux, déplore la mairesse. Les immeubles de logements prolifèrent un peu partout et créent des « cicatrices » dans le tissu urbain. Dans la petite rue de la Colline, les résidents de maisons unifamiliales voient leur quartier défiguré : des promoteurs achètent des bungalows, les démolissent et les remplacent par des bâtiments de trois étages.

Jusqu’à récemment, les résidents avaient une vue sur les montagnes environnantes. Ils voient désormais un mastodonte de 36 logements. Les rues sont si étroites qu’il n’y a pas de place pour aménager des trottoirs.

« On est venus pour la nature. Il y avait une belle petite maison de l’autre côté de la rue. Le monsieur est décédé, la maison a été démolie, on se retrouve avec un bloc en face de chez nous », raconte en soupirant Marcelle Houle, résidente de la rue Legault, dans le même secteur. « C’est l’enfer toutes les fois qu’on veut sortir. Il y a du trafic, les rues ne sont pas faites pour tout ce monde-là », ajoute la retraitée. Elle envisage de déménager. Elle ne sait pas où.

Marcelle Houle n’est pas la seule à vouloir partir. Les affiches « À vendre » sont nombreuses dans le quartier. La mairesse comprend les résidents d’être découragés. Les longs travaux de construction, le bruit, la poussière, les camions, le remplacement des petites maisons par des immeubles de trois étages : tout cela dégrade le quartier. Et fait chuter la valeur des résidences.

Incohérence du gouvernement

Cette transformation rapide de Sainte-Adèle, sans vision urbanistique apparente, dérange la population. Le moratoire sur la construction de multiplex et les consultations sur l’urbanisme visent à encadrer le développement immobilier. Pour sauver l’âme de la ville. Ou ce qu’il en restera après la construction des centaines de logements autorisés depuis quatre ans.

Nadine Brière ne se gêne pas pour critiquer les orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT), qui imposent aux villes de densifier leur cadre bâti. C’est quoi, la densification ? Il s’agit de construire les nouvelles habitations dans un périmètre urbain existant. Le but est d’éviter l’étalement urbain, qui nécessite l’aménagement de nouvelles routes, de nouveaux réseaux d’aqueduc et d’égouts, et sacrifie de précieuses terres agricoles.

Nadine Brière reconnaît que le principe de la densification a du sens, mais déplore que toutes les municipalités soient soumises à des règles similaires, peu importe leur taille. « On nous impose une densification qui devient très difficile à gérer », dit la mairesse. Les écoles débordent déjà. Les soins de santé sont précaires. Le système de traitement des eaux usées doit être remplacé. La congestion sur l’autoroute 15 prend de l’ampleur. Et il n’y a pas de transport en commun digne de ce nom.

D’autres municipalités des Laurentides tentent aussi de limiter le développement immobilier. « Quand notre moratoire sur la construction de multiplex prendra fin, une quarantaine de promoteurs vont venir frapper à la porte du service d’urbanisme. La pression est énorme », dit-elle.

« Le gros bout du bâton aux promoteurs »

Gérard Beaudet, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage, juge sévèrement la stratégie d’aménagement du gouvernement de la Coalition avenir Québec. « La densification est un objectif louable, mais ce n’est pas nécessairement une solution qui peut être imposée partout », dit-il.

L’expert en urbanisme estime que la résistance de la Ville de Sainte-Adèle est légitime, mais que la stratégie du gouvernement « donne le gros bout du bâton aux promoteurs immobiliers ». Québec cherche notamment à accélérer la construction pour venir à bout de la crise de l’habitation, mais les logements proposés sont généralement « tout sauf abordables », souligne Gérard Beaudet.

Joint par Le Devoir, le cabinet du ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin, a indiqué qu’il compte visiter les Laurentides dans les prochaines semaines. Il assure être à l’écoute des maires.

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