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«La bataille de Gaulle. Résistance»: au-delà de l’icône

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Rencontrés en matinée de presse au centre-ville de Montréal, le cinéaste Antonin Baudry et l’acteur Simon Abkarian abordent avec une certaine modestie les attentes entourant La bataille de Gaulle. Résistance, premier volet d’un titanesque diptyque, qui prend l’affiche au Québec vendredi après avoir connu un important succès commercial en France. Le film raconte la création du mouvement France libre par le général de Gaulle depuis Londres pendant les premières années de la Seconde Guerre mondiale. On a souvent dit qu’il s’agissait d’une nouvelle tentative de Pathé pour rassembler le public français autour d’une œuvre à forte résonance historique — dotée, de surcroît, de l’un des plus importants budgets de l’histoire du cinéma hexagonal.

« Je ne me suis mis aucune pression sur le plan économique, explique Baudry, qui a coscénarisé ce drame historique avec son épouse, Bérénice Vila. La mission que je m’étais fixée, c’était seulement de raconter l’histoire folle de la France libre, d’une manière fidèle à ce que des gens ont réellement vécu. Il est vrai qu’on a comparé le projet à des blockbusters hollywoodiens, mais cette étiquette devrait davantage se mesurer aux entrées en salle. Parce que pourquoi n’aurions-nous pas le droit, en Europe aussi, de tourner avec de gros budgets ? »

Fort d’une enveloppe estimative de 74 à 85 millions d’euros, selon les sources, pour les deux parties réunies, La bataille de Gaulle figure parmi les productions françaises les plus coûteuses de l’histoire et parmi les plus gros budgets du cinéma français récent. Puisque le second opus culmine à la Libération de 1945, Baudry précise ne pas avoir « réalisé de film biographique » et avoir plutôt choisi de se concentrer sur les manœuvres du Général pendant la guerre. La bataille de Gaulle. Résistance, dont le sous-titre français est L’âge de fer, montre l’arrivée en exil à Londres, après la défaite face aux troupes d’Hitler, de celui qui deviendra ensuite le premier président de la Ve République. On nous plonge ensuite rapidement dans les coulisses de son célèbre appel du 18 juin 1940 à la BBC, puis dans ses négociations avec les Britanniques, en particulier Churchill, qui visent la constitution d’une armée dans les colonies africaines au moment où le régime de Vichy condamnait à mort des résistants. La deuxième partie, La bataille de Gaulle. Liberté, intitulée en France J’écris ton nom, sortira quant à elle le 11 septembre au Québec.

« La responsabilité que je ressentais, avec Simon, tout au long du tournage, était plutôt d’ordre existentiel, précise le réalisateur. Je voulais absolument que l’on propose quelque chose qui soit à la hauteur de notre sujet immense, c’était vertigineux. »

Précisons que très peu de productions audiovisuelles avaient par le passé porté sur ce personnage plus grand que nature, celui qui, bien sûr, a enflammé le parvis de l’hôtel de ville de Montréal un certain 24 juillet 1967. Il y avait eu le long métrage De Gaulle (Gabriel Le Bomin, 2020), ou quelques téléfilms dans les années 2000, mais Simon Abkarian avait encore un important travail de défrichage à faire.

« Dans le sang, la sueur et les larmes »

« On a préféré projeter des choses, imaginer la physicalité du personnage, se demander quelles seraient ses réactions, parce qu’on ne disposait pas toujours d’assez d’informations sur cette époque, explique l’acteur. Notre principal défi a été de le traiter autrement que par la manière dont on pense à lui aujourd’hui, c’est-à-dire comme une icône. Plutôt que de miser sur un souci de réalisme dans les costumes ou sur une diction parfaite, j’ai essayé de rester fidèle à ce qu’il était, tout en dévoilant chez lui des moments d’émotion inattendus. »

Cet ambitieux projet aurait toutefois pu ne pas voir le jour. Et on ne parle pas ici des conditions difficiles du tournage, marqué par des dépassements de budget et des démissions qui ont valu une enquête, par le journal Le Point, évoquant une grande œuvre fabriquée « dans le sang, la sueur et les larmes ». C’est plutôt que le film est né d’un hasard. Lors d’un dîner (déjeuner en France…) où ils devaient parler d’autre chose, Antonin Baudry et le producteur Jérôme Seydoux, patron de Pathé, père de l’actrice Léa Seydoux, se sont rendu compte qu’ils étaient tous les deux en train de lire la biographie De Gaulle (2003), de Julian T. Jackson. Soucieux de relancer le cinéma en salle avec des œuvres monumentales — on se souvient du succès immense du Comte de Monte-Cristo (2024), aussi produit par Pathé —, Seydoux a vu en Baudry l’homme de la situation. Ancien rédacteur de discours de l’ex-ministre Dominique de Villepin, il avait à la fois une conscience de l’histoire et derrière la cravate un premier long métrage, Le chant du loup (2019), qui avait agréablement surpris la critique. Le pari du producteur a fini par porter ses fruits.

« Ça ne s’est jamais vu en 30 ans, ce qui est en train de se passer avec ce film », affirme Simon Abkarian. Il faut savoir qu’initialement, les recettes se sont avérées décevantes. Mais à l’approche d’une Fête du cinéma promettant des billets à prix réduit, Pathé a sorti dans l’Hexagone le deuxième volet un an plus tôt que prévu, dans un geste de désespoir, et la fréquentation s’est mise à grimper. Le quotidien Le Monde a même titré l’une de ses chroniques : « L’incroyable “remontada” des films sur de Gaulle ». Au début du mois d’août, les deux films cumulaient ensemble plus de 4,5 millions d’entrées en France seulement.

Si la critique s’est montrée plus partagée, plusieurs déplorant que Baudry ait misé sur les affects patriotiques en projetant une image globalement positive du personnage — alors que sa vision de la France, convoquant l’imaginaire d’une puissance impériale, a été critiquée pour la persistance d’un héritage colonial —, lui se dit surtout ravi de prendre connaissance d’« histoires abracadabrantesques de gens qui se lèvent dans les salles, qui pleurent ». « La réception m’a beaucoup touché », conclut le cinéaste. Reste à voir à quel point l’aura de grandeur qui entoure encore la figure du général, sans doute plus favorablement perçue ici, saura rallier les cinéphiles comme elle l’a fait outre-Atlantique.

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