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Le patron de Safran avions, hélicos et fusées, un groupe industriel qui n’a rien à voir avec l’épice qu’on met dans la paella, a récemment tenu des propos alarmistes dont les branleurs du gouvernement ne semblent pas avoir saisi la portée. À moins qu’ils s’en tamponnent le coquillard.
Pour le directeur général de Safran, la baisse du niveau en mathématiques des Français serait une bombe à retardement pour l’économie. Susceptible de produire un déficit d’ingénieurs dans les années à venir. Des bureaux d’études exsangues. Des inventeurs introuvables. Alors bien sûr, on pourra faire comme les USA qui embauchent de nombreux scientifiques et chercheurs Indiens. Encore faudrait-il leur offrir des carrières et rémunérations comparables.
Les Indiens, héritiers d’une grande civilisation qui a eu le courage de survivre à quatorze siècles d’agressions et de destructions coraniques, se placent aujourd’hui parmi les meilleurs dans les nouvelles technologies. La Silicon Valley et la NASA se les arrachent. Mais est-ce une raison pour que la France renonce à former des matheux de haut niveau ?
Pendant longtemps, même si tous les Français n’avaient pas la « bosse des maths » le système éducatif veillait à maintenir un certain équilibre entre l’esprit de géométrie et celui de finesse. L’un n’excluant pas l’autre même si des affinités pouvaient orienter des préférences.
Parmi les savants qu’il m’est arrivé de consulter afin d’étayer ma thèse et mes essais de paléoanthropologie, figurait un érudit digne de Pic de la Mirandole. Polytechnicien, l’épigraphie était son violon d’Ingres avec le structuralisme. Il lisait les langues mortes et comprenait les dialectes perdus avec une facilité déconcertante. Mais n’imaginez pas un intello rabougri. Il brillait dans les compétitions de surf et avait une copine canon.
À la fin du XXe siècle, son cas pouvait paraître unique. Mais pour les vieux du temps où j’étais jeune, ces « monstres de culture » n’avaient rien d’exceptionnel. Quand aujourd’hui, la baisse générale du niveau accentue la pente descendante qui nous ramène à la barbarie. Car il n’y a pas que les maths qui dégringolent. Toutes les autres matières se vautrent en raison de l’intégration automatique dans les cursus scolaires et universitaires de jeunes gens qui n’ont manifestement pas le niveau.
Pour ne pas stigmatiser des enfants inéduqués et complaire à leurs parents illettrés pouvant devenir violents s’ils croient que leur progéniture est discriminée, on a décidé faute de supprimer totalement les notes et appréciations, de les « adoucir » à coups de péréquations qui ont fini par les vider de leur sens. Mais cela s’inscrivait dans la grande illusion des socialistes. Nous sommes tous pareils et le fait de supposer que certains sont plus doués que d’autres, est déjà du fascisme.
Je suis d’une génération où, les bonnes années entre la session normale et le rattrapage, on avait grosso modo 30% de reçus au bac. Pour 90% de nos jours ! La moitié soit 15% des élèves de terminale avec seulement trois options au bac, philo, math elem ou Science ex, s’inscrivaient en fac. Aujourd’hui, tout le monde ou presque s’y inscrit pour le resto U, la sécu et les réductions sur les transports en commun.
La première année à l’université, l’écrémage était féroce : 90% des étudiants ne passaient pas en deuxième année. Mais les 1,5% des anciens lycéens qui y parvenaient naviguaient ensuite à l’aise entre les écueils de l’inculture et du découragement… Jusqu’en 1968 où une bande de cancres gauchistes, incapables de se couler dans le moule de rigueur de l’enseignement supérieur, ont exigé et obtenu la fin de la sélection.
Cédric Villani est une exception. Cela ne retire rien à son talent. Mais la France redeviendrait grande en produisant 100 nouveaux Villani tous les ans. Ce ne serait possible qu’en créant des structures de détection et de motivation en amont.
Sauf qu’aujourd’hui on chercherait les nouveaux Condorcet, Laplace, Évariste Galois ou Poincaré chez les Zyva et les wesh wesh. Il suffit de voir avec quelle légèreté les médias de grands chemins traitent Villani. Malgré son copinage avec les macronards, Hidalgo et les écolos. Pour n’en retenir que son look hétérodoxe. À égalité avec Aya Nakamura.
Cédric est un anormal. Un autiste. Comme Greta ? Mais sûrement pas de la même manière ! L’ancien député a un travail régulier et mène une vie de famille normale. Son intelligence exceptionnelle est un cadeau de la nature que les médiocres égalitaristes ne lui pardonneront jamais.
L’avis d’une experte
20 Minutes a interrogé Elise Janvresse, directrice adjointe de l’Institut national des sciences mathématiques rattaché au CNRS. Le patron du grand groupe industriel et technologique français Safran a-t-il raison de s’inquiéter ? « Je ne serai pas alarmiste mais il faut être vigilant » répond-elle. « Les maths ne servent pas qu’à ceux qui en font leur métier. Elles sont indispensables pour comprendre les graphiques, les données, avoir du recul face aux sondages, et saisir plus largement le monde qui nous entoure. »
Certains Français qu’on a dit cossards quand ils étaient jeunes, regrettent leur ignorance à l’âge adulte. Cela ressort d’une consultation du CNRS menée l’an dernier, à laquelle 33.000 personnes ont répondu. L’objectif était de saisir les freins à l’apprentissage des mathématiques et les attentes du grand public. « Beaucoup ont exprimé le regret de ne pas avoir compris plus tôt l’utilité des maths et disent aujourd’hui combien ce manque peut être handicapant. Nombre d’entre eux souhaitent même reprendre cet apprentissage », rapporte Elise Janvresse.
Pour elle, la réforme qui a supprimé les mathématiques du tronc commun au lycée a incité des élèves à décrocher. Pourquoi s’embêter avec des équations qui ne servent plus à rien ? À présent, on tente de recréer des relais intermédiaires afin que tous les élèves fassent des maths jusqu’au bout de leur secondaire. Mais il faudrait d’abord abroger les circulaires qui ordonnent de donner la moyenne à tout le monde !
Des difficultés dès le primaire
Pour Baptiste Larseneur consultant sur les questions d’éducation à l’Institut Montaigne, le constat est des plus sévères. Son étude, publiée en 2024 avait un titre non équivoque :« Une nation en péril ». Il constate : « Dès le CM1, la France est dernière en maths en Europe Les difficultés commencent très tôt et s’accumulent ensuite ».
Pour lui, le niveau chute depuis près de quarante ans. Neuf élèves sur dix aujourd’hui sont sous le niveau médian des lycéens évalués en 1987. « La baisse est plus rapide que chez nos voisins. Et le déclin touche absolument tous les élèves », souligne Larseneur qui pointe le manque de candidats à l’enseignement et une formation insuffisante des professeurs. Mais il se garde bien de poser la question taboue : Que s’est-il passé depuis 1987 dans le renouvellement des générations ? Si vous en avez une idée, gardez-la pour vous, c’est un délit d’en faire état.
Pour l’expert, l’autre signal inquiétant, est la part des élèves en grande difficulté qui augmente tandis que, parallèlement, le nombre des plus performants diminue. Or, il faut 15 à 20 % d’une génération très performante pour porter la croissance du pays, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle et le développement du nucléaire et de l’astrophysique. « Si le niveau des maths s’effondre, c’est la souveraineté du pays qui est menacée.»
Pour Elise Janvresse un élève motivé peut encore atteindre un excellent niveau s’il s’accroche. Mais c’est difficile alors que les médias et la com’ offrent tant d’opportunités ludiques et de métiers bien rémunérés sans compétences particulières pour les plus chanceux ou les plus pistonnés. Et pour les laissés pour compte, l’assistanat tourne à plein régime. Au passage, elle alerte sur la sous-représentation des filles. « Les maths restent perçues comme une discipline élitiste et masculine, ce qui freine certaines vocations », souligne-t-elle à juste titre.
J’ai eu la chance d’intégrer dans les sixties un des rares lycées expérimentaux mixtes. Force est de reconnaître que jusqu’en terminale, les filles avaient souvent des résultats supérieurs à ceux des garçons. Un peu moins obsédées par le sexe et le rock’n’roll que nous peut-être ? Mais ensuite, pour un faisceau de raisons que j’ai toujours du mal à expliquer, les 3/4 des meilleures se rabattaient sur le droit, les lettres ou les sciences humaines. Même si cela a évolué depuis, cette tendance reste encore forte.
Christian Navis






























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