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Dans l’usine de Terrapure, à Sainte-Catherine, au sud de Montréal, la contamination au plomb continue de dépasser les normes, selon des documents obtenus par Radio-Canada. Des enjeux de propreté sont encore recensés par la CNESST, malgré des investissements de l’entreprise. Des employés témoignent de leur expérience.
En février 2026, quatre employés de l’usine étaient en retrait en raison de hauts taux de plomb dans le sang, confirme par courriel un porte-parole de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Deux d’entre eux le sont encore aujourd’hui.
La santé publique de la Montérégie et la CNESST affirment demeurer vigilantes à l’égard de l’usine, encore aujourd’hui.
Des documents de la santé publique de la Montérégie obtenus par voie de demande d’accès à l’information démontrent qu’en 2025, le taux de plomb dans le sang d’employés dépassait encore souvent le seuil de déclaration obligatoire du Québec, qui est de 0,5 micromole (µmol) par litre (L).
Entre janvier et mai 2025, le taux a atteint jusqu’à 1,89 µmol/L. En 2026, nous savons qu’au moins quatre employés ont déjà dépassé les 2 µmol/L.
Radio-Canada a révélé il y a quelques semaines que plus de 1800 cas d’exposition au plomb au-delà des seuils de maladies à déclaration obligatoire avaient été recensés par la santé publique de la Montérégie entre 2013 et 2022 à l'usine. Le portrait plus récent n’était, à ce moment-là, pas disponible.
À l’époque de ce reportage, l’usine de recyclage de batteries au plomb Terrapure s’était faite rassurante et avait répondu avoir investi environ 1,5 million de dollars dans des initiatives d’amélioration de l’environnement de travail depuis janvier 2024. La compagnie a aussi dit réinvestir continuellement pour assurer la santé et la sécurité.
Aujourd’hui, Terrapure affirme se conformer pleinement aux exigences de la santé publique et dit collaborer étroitement avec la santé publique et la CNESST, notamment en mettant en œuvre les mesures correctives, lorsque requises.
Ça n'a pas beaucoup diminué
En janvier dernier, l’entreprise a répondu que les taux de concentration de plomb dans le sang mesurés par la Santé publique pour la moyenne de l’ensemble des employés de Terrapure se sont améliorés de 23 % depuis 2015.
La moyenne du taux de plomb dans le sang des travailleurs de Terrapure a effectivement diminué depuis 2015, selon un document récemment obtenu par Radio-Canada.
Mais la professeure de santé environnementale de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) Maryse Bouchard n’est pas entièrement rassurée : Quand je regarde la plombémie moyenne d'année en année, de 2015 à 2025, je vois de légères variations, mais en gros, ça n'a pas beaucoup diminué.
Le document montre aussi qu’entre janvier et mai 2025, le niveau de plombémie des travailleurs de Terrapure a atteint jusqu’à 1,89 µmol/L, pour une moyenne de 0,70 µmol/L. Nous n’avons pas encore les résultats annuels pour 2025.
Les niveaux qu'on observe dernièrement, en 2025, continuent d'être trop élevés, affirme Maryse Bouchard.
Selon ses calculs, le maximum recensé entre janvier et mai 2025, qui était de 1,89 µmol/L, est quarante fois plus élevé que la moyenne dans la population générale.
Si le niveau de plombémie atteint 2 µmol/L, le travailleur est temporairement retiré de son poste de travail.
Chez l’adulte, on peut commencer à voir des effets sur la santé au-delà d’un niveau de plombémie de 0,48 µmol/L. Parmi ces impacts, il y a l'augmentation des risques de décès, la baisse de la densité osseuse, l’augmentation des risques d’avortement spontané, l’augmentation des dommages à l’ADN et des effets néfastes sur les spermatozoïdes.
L’infirmière inquiète
Les employés de Terrapure font des tests de plombémie tous les quelques mois. Lorsque le taux de plomb dans le sang d’un employé est élevé, une infirmière de la santé publique de la Montérégie communique avec Terrapure.
En 2025, l’infirmière a recommandé le retrait ou la réaffectation d’employés au moins dix fois, selon des courriels obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Et plusieurs employés ont dû porter le P-1000 (un équipement de protection), signifiant que leur niveau de plombémie équivalait à 1 µmol/L ou le dépassait.
Des augmentations significatives et considérables sont mentionnées par l’infirmière au courant de l’année.
En mai 2025, l’infirmière recommande le retrait immédiat d’un employé de son poste de travail. Elle souligne que c’est une première depuis 2007 pour cet individu.
Je ne sais pas ce qui se passe présentement, mais il me semble que les situations exceptionnelles sont de plus en plus fréquentes.
En décembre 2025, l’infirmière mentionne le cas d’un employé dont le taux de plomb dans le sang a presque doublé en moins de deux mois. Cet employé avait été retiré plus tôt dans l’année : … il est revenu à son niveau lors de son retrait en juillet, écrit l’infirmière.
En date d’aujourd’hui, des plombémies élevées chez des travailleurs exposés au plomb demeurent une préoccupation, affirme par courriel la santé publique de la Montérégie. Elle reconnaît au passage que l’entreprise a mis en place des mesures préventives.
Alarmante, écrivait le directeur général
Le directeur général de Terrapure Montréal, Denis Beaulieu, dans un courriel envoyé à des employés en mai 2025 et obtenu par Radio-Canada, a qualifié la performance de l’usine en matière de santé et sécurité d’alarmante. C’est vraiment l’endroit où nous avons le plus d’opportunités d’amélioration, écrivait-il.
Dans d’autres communications aux employés, Denis Beaulieu rappelait l’importance d'appliquer les mesures préventives, de porter l’équipement approprié et d’appliquer les règles d’hygiène relatives au plomb. Un plan d’action 2025 en santé et sécurité est aussi mentionné.
Aujourd’hui, Terrapure refuse de dire comment Denis Beaulieu qualifie désormais la performance de l’usine en matière de santé et sécurité. L’entreprise précise toutefois que cette communication aux employés de M. Beaulieu témoigne du sérieux avec lequel nous traitons la santé et la sécurité de chaque travailleur.
Elle affirme aussi avoir fait des investissements dans des contrôles techniques en 2025 et ainsi prévoit une amélioration au cours de l’année 2026.

La raffinerie est le département qui présente la deuxième moyenne la plus élevée en termes de taux de plomb dans le sang des travailleurs (0,90 µmol/L) après celui des opérations (0,94 µmol/L).
Photo : Courtoisie
Sur tes vêtements, dans l’auto, chez toi
Selon des employés et anciens employés qui ont accepté de témoigner sous le sceau de la confidentialité, il manque d’encadrement concernant la contamination au plomb.
Encore aujourd’hui, des employés entrent dans les zones dites propres avec leurs équipements sales, rapportent ces travailleurs. Parfois, des employés se rendent dans des bureaux administratifs, couverts de tapis, avec des bottes couvertes de poussière de plomb.
Tout le plomb dans l’usine, tu traînes ça partout avec toi, sur tes vêtements, dans l’auto, chez toi, s’inquiète un ancien employé, dont le taux de plomb a considérablement augmenté pendant son temps à l’usine. Il se souvient avoir été averti de faire plus attention, mais affirme ne pas avoir su comment.
Radio-Canada s’est aussi entretenue avec des sous-traitants de l’usine. Sous le sceau de la confidentialité, ils affirment nécessiter plus de formation et de supervision lorsqu’ils sont sur le terrain de l’usine.
Moi, je n’entre pas dans ma voiture avec mes bottes de travail, mais je vois des sous-traitants qui le font parce qu’ils ne sont pas conscients des dangers [...] Imagine que tu entres dans une garderie après.
Selon un document de la santé publique de la Montérégie, les sous-traitants ont été plus surexposés au plomb que les employés de Terrapure, notamment entre 2019 et 2022.
Par courriel, Terrapure affirme offrir une formation à l’ensemble des travailleurs sur le site qui aborde les exigences en matière d’environnement, de santé et de sécurité, notamment en ce qui concerne l’utilisation des équipements de protection individuelle et les pratiques d’hygiène.
En ce qui concerne les sous-traitants, leur formation dépend des tâches qu’ils effectueront ainsi que des zones de l’usine dans lesquelles ils interviendront, précise Terrapure.
L’usine rappelle l’existence de protocoles encadrant le passage par des zones de transition entre des secteurs délimités "propres" et "contaminés" afin de réduire les risques de contamination.
Une responsabilité partagée, selon la CNESST
La CNESST rappelle qu’au Québec, les lois font en sorte que les employeurs et les travailleurs ont chacun des droits et des obligations et des responsabilités en matière de prévention.
Entre autres, les travailleurs portent de l’équipement de protection et une protection respiratoire. Ils doivent également respecter les procédures de décontamination avant de se rendre dans une zone non contaminée.
Suivi de près par la CNESST
Selon la CNESST, il reste encore du travail à faire : Des avis de corrections sont toujours en cours, confirme-t-elle, dans une réponse par courriel en février 2026. La CNESST suit de près l’avancement des avis de correction et la prise en charge de l’employeur.
Selon des rapports obtenus par Radio-Canada, la CNESST s’est rendue à l’usine en janvier 2025, car elle s'inquiétait des résultats d’une évaluation menée vers la fin de l’année 2024.
Suite à ce rapport, nous constatons qu'une majorité des surfaces présentent des taux supérieurs aux valeurs maximales recommandées, écrivait la CNESST, en 2025.
Un taux approximatif de 78 ug/100 cm2 a été retrouvé sur le côté d’une bouteille d'eau dans la cafétéria alors que la recommandation [est de] <4.3 ug/100 cm2 pour les surfaces de consommation.
Toujours en 2025, la CNESST souligne que la présence de plomb dans les vestiaires propres, dans les bureaux et sur les poignées des sorties nous indique que les procédures en place et les mesures d'hygiène ne sont pas suffisantes et/ou ne sont pas suivies. Les résultats démontrent aussi que l'employeur ne contrôle pas le risque d'absorption du plomb par contact cutané suivi de l'ingestion par les travailleurs.
La CNESST revient à quelques reprises au cours de l’année 2025 pour effectuer des suivis. Des dérogations liées au plomb dans l’usine sont constatées.
Le rapport le plus récent que nous avons obtenu, qui date de septembre 2025, indique qu’au moins 8 dérogations liées au plomb étaient encore en cours de correction à cette période. Plus d’une vingtaine avaient été corrigées.

La professeure en santé publique à l'Université de Montréal Maryse Bouchard.
Photo : Radio-Canada
C'est notre devoir de protéger la santé de ces travailleurs-là, qui œuvrent, certes, dans le recyclage des métaux, mais ce n'est pas une raison pour qu'ils soient surexposés et courent des dangers, dit Maryse Bouchard.


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