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L’UPA veut renvoyer le projet de TGV Alto à la planche à dessin

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L’Union des producteurs agricoles (UPA) fait front commun avec ses homologues ontariens et canadiens pour demander un réexamen du projet de train à grande vitesse Alto entre Québec et Toronto. Invoquant des enjeux de protection du territoire agricole et de sécurité publique, le syndicat des agriculteurs québécois propose plutôt un train à grande fréquence basé sur des infrastructures préexistantes.

Expropriations, terres scindées en deux, routes rurales transformées en cul-de-sac, accès déficient pour les services d’urgence : le passage des trains d’Alto aura « un impact majeur au quotidien sur nos entreprises agricoles », a expliqué au Devoir Martin Caron, président général de l’UPA, en marge d’une conférence de presse organisée à Berthierville à laquelle participait également la Fédération de l’agriculture de l’Ontario et la Fédération canadienne de l’agriculture.

Un train à grande vitesse implique la construction de clôtures et de servitudes qui pourraient nuire considérablement aux agriculteurs, mais aussi aux autres citoyens et à la faune, prévient le dirigeant de l’UPA.

Le projet, dont le premier tronçon Montréal-Ottawa doit entrer en chantier en 2029, touchera près de 1700 propriétés au Québec et en Ontario, dont 500 terres agricoles, selon les estimations d’Alto. Les coûts de ce mégaprojet varient entre 60 et 100 milliards de dollars au bas mot.

Le tracé précis n’est pas encore fixé, mais le conglomérat est présentement à mener des analyses à l’intérieur un couloir de 10 kilomètres au nord du fleuve Saint-Laurent.

« Pas contre le progrès »

« On n’est pas contre le progrès, ni contre la mobilité, mais le projet de TGV n’est pas le bon. C’est le train à grande fréquence (TGF) qu’il nous faut, qu’on a écarté trop rapidement de la track, qui est moins coûteux et a moins d’impact sur le milieu », a précisé Martin Caron.

Moins rapide qu’un TGV (environ 200 km/h contre 300 km/h pour le train à grande vitesse), le TGF a l’avantage de pouvoir se juxtaposer aux infrastructures ferroviaires préexistantes et de réduire les impacts sur les milieux ruraux, font valoir les fédérations agricoles.

L’UPA s’appuie notamment sur les travaux des professeurs Jacques Roy (HEC Montréal), Jean Mercier (Université Laval) et Pierre Fillion (Université de Waterloo) qui remettent en cause la pertinence d’un TGV en terres canadiennes.

« Ni les bénéfices sociaux attendus et ni la croissance démographique canadienne ne justifie la construction d’un TGV », a mentionné Jacques Roy, professeur émérite au département de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal.

Colère dans les campagnes

Des dizaines d’agriculteurs s’étaient déplacés lundi pour démontrer leur opposition au projet de TGV. Parmi eux, Sylvain Éthier, dont les parents ont été expropriés pour permettre la construction de l’aéroport de Mirabel.

Aujourd’hui acériculteur, il craint de revivre le même scénario sur son érablière, qui est présentement englobé dans le couloir préliminaire d’Alto.

« C’est une insulte pour moi de voir ces gens-là encore essayer de venir nous enlever nos affaires. Quand l’aéroport s’est fait, on disait à mes parents : c’est l’avenir de vos enfants qui se bâtit, ça va créer des milliers d’emplois. Je suis un de ces enfants, et laissez-moi vous dire que ça n’a rien fait de bon. »

Pour Normand Urbain, acériculteur de Sainte-Julienne, c’est tout le milieu agricole qui est bafoué.

« On nous impose des normes pour protéger les milieux humides, la qualité de l’eau et l’environnement. Et là, je ne sais pas combien d’acres et d’hectares vont être détruits pour passer une ligne de chemin de fer, sans poser de questions. C’est deux poids, deux mesures », a-t-il dénoncé.

« Dans Lanaudière, la bande de terres cultivables est relativement mince. La fracture sera assez terrible », a prévenu Simon Duval, apiculteur de Mascouche qui craint de voir ses activités grandement perturbées par l’arrivée du TGV.

« Mes ruches sont un peu partout. J’en ai à Saint-Esprit, à Lavaltrie, à l’Assomption. Le TGV, je vais devoir le travers à maintes reprises. »

Le président de la fédération de l’UPA Lanaudière prédit une mobilisation grandissante contre le projet. « On va aller jusqu’au bout pour arrêter ça. Ce n’est pas vrai qu’on va laisser ça passer aussi rapidement. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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