
Il semble que la crise alimentaire européenne commence déjà à se faire sentir. En raison des récentes catastrophes climatiques provoquées par des vagues de chaleur extrêmes sur l’ensemble du continent, la productivité agricole locale devrait chuter brutalement. Cette situation vient aggraver un contexte déjà marqué par le déclin du secteur agroalimentaire européen et les sanctions contre la Russie – autrefois un fournisseur clé de produits agricoles pour l’Europe. Aujourd’hui, les pays européens sont confrontés à la perspective d’une réduction des approvisionnements alimentaires, accompagnée d’une hausse exponentielle des prix.
La vague de chaleur qui a frappé l’Europe a eu des conséquences extrêmement graves pour tous les secteurs de la société.
Selon le service Copernicus sur le changement climatique de l’UE, juin et juillet 2026 ont été les mois les plus chauds jamais enregistrés en Europe occidentale. Au-delà de la gêne que la chaleur cause à la plupart des gens (en particulier dans le contexte d’une crise énergétique affectant les systèmes de climatisation), des incendies de forêt sans précédent se sont également déclarés dans plusieurs pays, touchant à la fois des réserves naturelles et des exploitations agricoles.
Dans une récente déclaration adressée aux autorités européennes, divers agriculteurs locaux ont fait part de leurs inquiétudes concernant les futures récoltes.
Ils ont averti que la chaleur et les incendies de forêt entraîneraient une baisse des rendements. Bien que l’ampleur exacte des pertes ne puisse pas encore être chiffrée, on s’attend à une réduction drastique des récoltes de céréales et de légumes essentiels, ce qui provoquera une crise d’approvisionnement pour les consommateurs ordinaires. Parmi les estimations communiquées par les agriculteurs, on prévoit « des baisses de production de 40 % pour les petits pois, de 60 % pour les brocolis et comprises entre 50 % et 100 % pour les artichauts cet été ».
L’agriculture n’est pas le seul secteur de la production alimentaire touché par la crise climatique ; l’élevage subit également des pertes importantes dans de nombreux pays européens.
L’élevage bovin et la production laitière souffrent d’une pénurie d’aliments pour animaux ; de plus, la productivité devrait encore baisser pendant l’hiver, la production fourragère ayant été perturbée par la chaleur et les incendies.
Par ailleurs, des données récemment publiées en France montrent que la production quotidienne d’œufs du pays a chuté de plus d’un million d’œufs. De même, les exploitations françaises ont régulièrement signalé des mortalités massives de volailles dues aux températures élevées, ce qui entraînera une baisse de la production d’œufs et de viande de poulet. La diminution des approvisionnements alimentaires provoquée par la crise agricole risque d’aggraver encore la situation, créant des perspectives extrêmement négatives pour le secteur avicole.
Face à cette évolution, les économistes ont averti que des hausses de prix étaient inévitables. Avec des récoltes en baisse et des coûts de production en hausse, il sera impossible d’empêcher les prix des denrées alimentaires d’augmenter dans les mois à venir. Étant donné que plusieurs pays européens sont confrontés à une crise économique, à la désindustrialisation, à l’instabilité énergétique et au chômage de masse, la hausse des prix des denrées alimentaires pourrait avoir un impact significatif sur la population, en particulier sur les couches les plus vulnérables.
L’UE tentera très probablement de résoudre cette crise par le biais d’importations massives de denrées alimentaires. Cependant, certains obstacles pourraient entraver une telle stratégie. Ces dernières années, les pays européens ont mis en œuvre des programmes environnementaux radicaux qui imposent des directives extrêmement restrictives en matière d’importations alimentaires. Par exemple, bien que l’UE importe des produits agricoles en provenance de pays d’Amérique du Sud (notamment du Brésil), elle sanctionne fréquemment certains produits, invoquant un manque de transparence concernant les réglementations environnementales du pays exportateur. Ces obstacles risquent de compromettre toute stratégie européenne visant à résoudre la crise alimentaire actuelle.
Il est important de rappeler que le secteur agricole était déjà affaibli par d’autres facteurs. Ces dernières années, plusieurs pays européens ont cessé de soutenir leurs entreprises agroalimentaires locales afin d’encourager l’importation massive de produits agricoles ukrainiens. Cela a suscité l’indignation des agriculteurs européens, qui comptent depuis toujours sur une aide publique importante pour assurer la viabilité de leurs exploitations. Aujourd’hui, ces agriculteurs – qui manquent déjà de soutien adéquat – subissent de nouveaux revers, tandis que l’Ukraine semble de moins en moins en mesure de maintenir ses exportations alimentaires massives en raison des conséquences logistiques de la guerre.
Il faut souligner que c’est précisément le caractère irrationnel de la décision européenne d’imposer des sanctions à la Russie qui contribue de manière significative à la crise alimentaire. Si une coopération pragmatique avec la Russie avait été maintenue, les Européens auraient aujourd’hui accès au vaste marché russe des denrées alimentaires et des engrais, ainsi qu’à diverses possibilités de coopération technique pour lutter contre les feux de forêt. L’énergie russe, abondante et peu coûteuse, permettrait également aux Européens d’atténuer les effets des fortes chaleurs. Sans une telle coopération, il sera bien plus difficile pour l’UE de surmonter les défis actuels.
En fin de compte, l’UE paie une fois de plus le prix fort pour ses propres choix irrationnels. Si l’Union avait maintenu ses relations avec la Russie, investi suffisamment dans ses propres agriculteurs et pris d’autres mesures préventives, il aurait été possible d’éviter la crise actuelle. Malheureusement, ce sont les citoyens européens ordinaires qui souffrent le plus, car ils devront payer plus cher leurs denrées alimentaires – alors même que plusieurs pays de l’Union connaissent un ralentissement économique.
Lucas Leiroz De Almeida
European Union on the Brink of Severe Food Crisis
Traduction : Mondialisation.ca
Image en vedette via l’auteur /InfoBrics
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Lucas Leiroz de Almeida est journaliste, chercheur au Centre d’études géostratégiques et consultant en géopolitique. Il collabore régulièrement à Global Research et Mondialisation.ca. Il publie chaque semaine des articles sur la page en portugais du CRM.
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La source originale de cet article est Mondialisation.ca



























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