
Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Gueorgui Borissenko, a attiré, dans ses remarques pertinentes de fin juillet, une nouvelle fois l’attention sur les affirmations de l’été dernier selon lesquelles l’Ukraine est responsable du terrorisme dans toute l’Afrique.
Selon lui, des instructeurs de drones ukrainiens forment des groupes armés au Mali, en Libye et au Soudan. Le premier est l’un des principaux alliés sur le continent, la moitié orientale de facto indépendante du second fournissant un pont aérien vers ce dernier via le Niger, et le troisième prévoit toujours d’accueillir une base navale russe attendue de longue date.
«La doctrine néo-reaganienne de Trump fait reculer l’influence russe dans le monde», et l’Afrique est un théâtre prioritaire pour les États-Unis, car c’est là que la Russie a réalisé ses gains stratégiques les plus impressionnants ces dernières années.
«Le nouvel attrait de la Russie pour les pays africains est en fait assez facile à expliquer» puisqu’elle aide ses partenaires en matière de «Sécurité démocratique», qui fait référence à la vaste gamme de contre-hybride guerre tactiques et stratégies visant à défendre le modèle démocratique national d’un État ciblé contre les menaces extérieures.
La République centrafricaine a servi de terrain d’essai pour cette politique, qui a ensuite été exportée au Mali, dans la moitié orientale de la Libye de facto indépendante, et au Soudan (ce dernier pays ayant été visé après que la Russie aurait cessé de soutenir les rebelles pour soutenir le gouvernement). L’importance du Mali réside dans le fait qu’il constitue le cœur de l’Alliance sahélienne, qui a éliminé l’influence française dans la région, tandis que la Libye offre à la Russie un point d’ancrage dans la Méditerranée méridionale et le Soudan lui offre la même chose sur la mer Rouge.
La position de la Russie dans ces trois pays est menacée par la dernière crise malienne, dans laquelle l’Ukraine et la France remixent le modèle syrien, une diplomatie pilotée par les États-Unis mais désormais menée par le Pakistan pour résoudre la guerre civile libyenne en faveur de l’Occident, et «l’OTAN islamique», influence prédominante au Soudan. Le rôle correspondant de l’Ukraine est d’aider à mener à bien un changement de régime et à affaiblir à ce point les deux autres partenaires de la Russie qu’ils acceptent le quid pro quo consistant à lâcher Moscou en échange du fait que Kiev lâche les rebelles.
À vrai dire, le défi que l’Ukraine soutenue par l’Occident pose aux intérêts africains de la Russie est sérieux, mais il n’est pas encore critique. Le gouvernement malien tient toujours, le général Khalifa Haftar et son fils sont influents et ils demeurent officiellement de proches partenaires de la Russie. Et il en va de même pour le général Abdel Fattah al-Burhan. Cela dit, une intensification de la crise malienne ne peut être exclue, tandis que les proches partenaires de la Russie en Libye orientale et au Soudan pourraient hypothétiquement pivoter vers l’Occident aux dépens de la Russie, comme Anouar el-Sadate en Égypte l’a fait autrefois.
Les solutions respectives consistent à continuer à renforcer les capacités militaires des Forces armées maliennes dans les limites réalistes de ce que la Russie peut se permettre en raison de l’opération spéciale et trouver des moyens de se rendre indispensable auprès de ses deux autres partenaires africains afin qu’ils ne l’abandonnent pas comme le souhaite l’Occident. La forme que prendra la seconde proposition reste à voir, mais il pourrait s’agir d’une combinaison d’aide à la «sécurité démocratique», de modernisation des infrastructures énergétiques et de programmes de formation complets.
Pour conclure, Borissenko n’exagérait pas lorsqu’il a estimé que l’Ukraine avait ouvert un «second front» contre la Russie en Afrique, mais cela reste relativement préférable au «second front» qu’elle prévoyait précédemment, selon les rapports, d’ouvrir en Géorgie, en Biélorussie et/ou en Transnistrie. Ces derniers pourraient encore être activés, cependant, mais tout semble gérable pour le moment. Les menaces pesant sur les intérêts de la Russie en Afrique sont plus sérieuses, mais elles ne sont pas devenues incontrôlables, et ses revers sur place restent récupérables.
Andrew Korybko
Article original en anglais :Ukraine Is The West’s Top Proxy For Fighting Russia In Africa, Andrew Korybko’s Newsletter, le 12 août 2026.



























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