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L’OSM, le couteau entre les dents à Varsovie

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Les billets les plus convoités à Varsovie étaient assurément ceux du concert d’ouverture, dimanche soir, du Festival « Chopin et son Europe », un lancement confié à l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), Rafael Payare et le pianiste canadien Kevin Chen, 2e prix du récent Concours Chopin. La soirée, et notamment la 10e Symphonie de Chostakovitch en seconde partie, a laissé le public médusé. À juste titre.

En entrant dans la Philharmonie Nationale à Varsovie on sentait une atmosphère propice à une soirée électrisante. La configuration de la salle, assez compacte, laissait augurer un Chostakovitch d’un grand impact physique. Par ailleurs, le pianiste Kevin Chen revenait sur le terrain de ses exploits d’octobre dernier. Ce que l’on sait moins, c’est le lien historique et émotionnel qui unit Rafael Payare à la Pologne et au couple Krzysztof Penderecki et Elżbieta Penderecka.

Racines

Dans le cadre du Concours de direction Malko, remporté par le chef en 2012, le compositeur polonais Krzysztof Penderecki avait repéré Rafael Payare et l’avait invité dès 2013 au Festival Beethoven dirigé par son épouse. L’emblématique compositeur a donc été présent aux débuts de la carrière de Payare et, comme Lorin Maazel, fut de ceux qui lui ont fait pleine confiance d’emblée. Corniste de 1994 à 2012 dans l’Orchestre Simon Bolivar du Venezuela, Rafael Payare a immédiatement troqué le cor pour la baguette en 2012, après la victoire au Concours Malko.

Le fait de programmer la Sinfonietta pour cordes de Penderecki en concert à Varsovie devait être un cadeau pour sa veuve Elżbieta Penderecka. Celle-ci est hélas décédée le 31 octobre 2025 à l’âge de 77 ans et n’aura pas entendu la prestation de dimanche. Mais ce fut un bel hommage. Rodée à Lanaudière, la Sinfonietta a été abordée avec hargne et une grande plénitude sonore, en plus d’une précision remarquable (c’est l’enjeu de la partition). Les cordes de l’OSM ont articulé leur proposition avec maestria et on pensait souvent, en termes de tranchant, à des passages redoutables de la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók.

Kevin Chen a interprété le 2e Concerto de Chopin comme au Concours : une approche droite, claire, fluide, dont on retient un 3e mouvement volubile qui se démarque par une forme de légèreté. Nous ne sommes toujours pas éblouis par la musicalité, la poésie, les phrasés et la musique entre les notes, délivrés par cet excellent technicien et réservons un commentaire esthétique dans le cadre de la comparaison avec le 1er Concerto que donnera Eric Lu lundi soir.

Plexus

Le clou du concert fut indéniablement la 10e Symphonie de Chostakovitch, une vraie interprétation de tournée, c’est-à-dire encore un bon cran au-dessus de l’excellente prestation de Lanaudière. Il est vrai que dans une salle à la fois compacte, résonante et dense (sans être sèche ou mate), l’impact sonore d’une telle œuvre, jouée avec une telle saturation harmonique des timbres (solos des bois au début du 4e mouvement) était forcément dopé.

À force de remettre cette symphonie sur le métier depuis plusieurs années, Rafael Payare et l’OSM ont réussi non seulement un parfait dosage des étagements dynamiques, avec une montée en puissance renversante dans le 1er mouvement et un climax furieux dans le 3e, mais aussi une vraie sculpture sonore dans les moments de suspense et d’attentisme. Le fameux 2e mouvement, très spectaculaire, a créé dans l’assistance, à la fin, une sorte de râle vent de stupéfaction.

Contrairement à la sensation dominante de rouleau compresseur du concert de Lanaudière, il y avait, dimanche à Varsovie, plus de hargne, avec des passages de violence abordés le couteau entre les dents qui frappaient au plexus.

Impossible de mettre en exergue tous les pupitres qui se sont distingués (flûtes, cors, bassons, clarinettes, etc.). Ils ont été ovationnés par un public impressionné, qui s’est levé comme un seul homme à l’issue de la prestation.

Christophe Huss est l’invité de l’OSM lors de sa tournée européenne.

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