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L’ombre du suprémacisme blanc plane sur les politiques migratoires américaines

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Les États-Unis ont accueilli 4499 réfugiés entre le 1er octobre 2025 et le 31 mars 2026, selon les derniers chiffres publiés par le département d’État américain. Hormis trois ressortissants afghans arrivés en novembre, ils ont comme point commun d’être tous originaires d’Afrique du Sud. Et d’être tous blancs.

Pour être admissibles au programme de réinstallation sur le sol américain, les demandeurs d’asile sud-africains doivent satisfaire à plusieurs critères précis détaillés sur le site de l’ambassade des États-Unis en Afrique du Sud. Il faut notamment être de nationalité sud-africaine et être d’origine ethnique afrikaner ou appartenir à une minorité raciale. Il faut aussi avoir été victime de persécution en raison de sa couleur de peau, de sa religion ou de ses opinions politiques, ou avoir peur de l’être.

Le gouvernement américain justifie ce programme sur la base d’une théorie conspirationniste, largement relayée par le président Donald Trump, qui veut que des familles entières d’agriculteurs blancs soient forcées à l’expropriation et victimes de « génocide ».

Agitée par certains groupes suprémacistes depuis des années, cette affirmation est pourtant largement contredite par les faits et par la justice sud-africaine. Cette thèse du « génocide blanc » est pourtant aujourd’hui à l’origine de la décision de la Maison-Blanche d’accueillir massivement des citoyens sud-africains blancs.

Massivement, car la cadence devrait s’accélérer en 2026.

Un argument de vente pour Donald Trump

Selon l’agence Reuters, qui s’appuie sur un document daté du 27 janvier dernier, le département d’État américain a mis en place des infrastructures pour traiter 4500 demandes d’asile émanant d’Afrikaners par mois en 2026. Un quota qui dépasse largement le plafond global, historiquement bas, de 7500 réfugiés fixé par Donald Trump pour l’année en cours.

À titre de comparaison, 38 000 réfugiés (principalement venus d’Afrique et d’Amérique latine) ont pu fouler le sol américain au cours de l’année financière 2025 (soit entre octobre 2024 et septembre 2025). Ils étaient plus de 68 000 à avoir fait de même en 2024, et plus de 60 000 en 2023.

« Avec le gouvernement Trump, les choses sont plus évidentes, plus visibles que jamais. On peut dire que cette politique s’adresse explicitement à des personnes de couleur blanche, des Afrikaners, sur la base d’une misologie évidente », explique en entrevue avec Le Devoir John Broich, professeur d’histoire à l’Université Case Western Reserve et auteur de White Supremacy: A Short History (Cambridge University Press, 2026).

Ce dernier ne remet pas en question les meurtres de fermiers blancs, mais leur faible nombre ne viendrait aucunement étayer la thèse d’un génocide. En revanche, il s’agirait plutôt pour Donald Trump de faire de la récupération politique afin de satisfaire l’électorat MAGA. « Donald Trump est ouvertement raciste et sait ce qu’est un bon argument de vente quand il en voit un. Alors, même s’il ne sait pas ce qu’est un Afrikaner — je suis sûr qu’il ne sait pas ce que c’est —, il a eu l’instinct du vendeur en se disant : “C’est gagnant pour moi, je peux parler d’un génocide blanc.” »

Moins de visas d’immigrants

Cette décision de n’accueillir que des réfugiés blancs est à mettre en parallèle avec d’autres mesures prises récemment par Washington afin de réduire le taux de délivrance de visas d’immigrants pour les citoyens de nombreux pays.

Depuis le 21 janvier, le gouvernement américain a ainsi suspendu le traitement des demandes de visas pour 75 pays, dont 27 États africains et plusieurs pays de l’Amérique latine, du Moyen-Orient et des Caraïbes. La raison invoquée : empêcher ces candidats à l’immigration de venir profiter des prestations publiques liées à des services essentiels, comme l’alimentation, le logement, les soins de santé ou encore l’éducation. « Le gel restera en vigueur jusqu’à ce que les États-Unis puissent garantir que les nouveaux immigrants ne s’approprieront pas la richesse des contribuables américains », a même souligné le département d’État sur le réseau social X.

En décembre 2025, c’est le système de visas par loterie, instauré en 1990 et visant à diversifier l’immigration en favorisant les ressortissants de pays peu représentés aux États-Unis, qui a été suspendu, pour « des raisons de sécurité ».

De plus, à la suite de l’attentat mené par un ressortissant afghan contre deux militaires de la Garde nationale à Washington en novembre dernier, la durée maximale des permis de travail a été ramenée de cinq ans à 18 mois pour plusieurs catégories d’immigrants en provenance de 19 pays.

La théorie du « grand remplacement »

Selon John Broich, cette politique du gouvernement Trump s’inscrit dans la théorie conspirationniste du « grand remplacement », qui prétend que les immigrés non blancs seraient en train de prendre le dessus aux États-Unis grâce à des politiques qui leur seraient sciemment favorables.

« C’est une théorie qui remonte à plus d’un siècle aux États-Unis. Elle était déjà répandue dans les années 1900 et consistait à dire : “On accueille beaucoup de monde, beaucoup de personnes non blanches qui empoisonnent le sang du pays et vont nous remplacer.” L’immigration était vue par certains comme un poison », affirme le professeur.

La peur de voir certains États américains basculer démographiquement, notamment au profit des Latino-Américains, nourrit aujourd’hui cette théorie chez les électeurs de Donald Trump et les influenceurs du mouvement MAGA, de Steve Bannon à Tucker Carlson.

Tout au long de la dernière campagne présidentielle, Donald Trump et ses alliés ont d’ailleurs affirmé à de nombreuses reprises que les démocrates avaient laissé entrer des migrants dans le pays afin qu’ils puissent voter lors des élections de 2024. Aucune preuve de l’existence d’un plan à grande échelle visant l’inscription des immigrés sans papiers sur les listes électorales n’a jamais été apportée.

« Au XVIIIe siècle, quand les États-Unis ont voulu s’émanciper de l’Empire britannique et s’organiser par eux-mêmes, ils ont voulu un État qui repose sur une race, celle des hommes blancs. Qui n’était pas inclus ? Tout le reste. C’est là que tout a commencé », conclut John Broich.

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