On les appelle les « polluants éternels », ces substances chimiques qui s’invitent dans notre quotidien, des emballages alimentaires aux tissus d’ameublement, sans jamais vraiment disparaître. Une nouvelle étude scientifique vient de jeter un pavé dans la mare : les bébés seraient exposés à une quantité de PFAS bien plus importante qu’on ne le pensait avant même de voir le jour. Grâce à une méthode d’analyse inédite, des chercheurs ont découvert une multitude de composés jusqu’ici restés sous les radars, remettant en cause nos certitudes sur la transmission de ces toxines entre la mère et l’enfant.
Une contamination bien plus vaste que prévu
Pendant des années, les scientifiques se sont appuyés sur des listes prédéfinies de substances à rechercher dans le sang ou le placenta. Cette approche « ciblée » limitait la vision de l’ampleur réelle du problème. En utilisant une technique de balayage non ciblée sur des échantillons de sang de cordon ombilical, une équipe américano-canadienne a multiplié les découvertes par cinq. Là où les analyses classiques ne détectaient que 8 types de PFAS, cette nouvelle méthode en a mis en évidence 42.
Cette différence n’est pas qu’un simple chiffre : elle change notre compréhension de l’exposition prénatale. Jusqu’ici, on pensait que le premier enfant d’une mère recevait une charge de polluants plus élevée que ses frères et sœurs. Or, en élargissant le spectre de recherche, cette différence s’efface. « Lorsque nous examinons la situation de manière plus globale, nous constatons que les bébés sont exposés à beaucoup plus de substances chimiques PFAS avant la naissance que nous ne le pensions auparavant », explique la biostatisticienne Shelley Liu.
Des risques pour la santé encore sous surveillance
Si cette étude précise n’a pas mesuré directement les effets sur la santé des nourrissons, la littérature scientifique s’accumule sur la dangerosité de ces « polluants éternels ». Les PFAS sont déjà associés à des risques accrus de cancers, à une diminution de la fonction rénale et à une réduction de la croissance du fœtus. Plus inquiétant encore, des recherches récentes suggèrent un lien entre le taux de PFAS dans le sang maternel et des modifications de la structure cérébrale chez l’enfant.
Le problème majeur réside dans la persistance de ces composés. Même lorsqu’un produit chimique est retiré du marché par les autorités, il est souvent remplacé par un composé structurellement similaire dont les effets à long terme sont inconnus. L’objectif des chercheurs est désormais de quantifier précisément ces expositions pour mettre en place des mesures de prévention plus précoces, notamment durant la grossesse, période critique du développement.
Crédit : Liu et al., Environ. Sci. Technol. , 2026Vers une nouvelle norme de dépistage ?
Les résultats publiés dans la revue Environmental Science & Technology posent les bases d’un changement de paradigme dans la protection de la santé infantile. La méthode utilisée dans cette étude démontre que l’exposition environnementale est bien plus complexe et répandue que prévu. Pour les experts, comprendre l’ensemble du cocktail chimique auquel un fœtus est exposé est essentiel pour réduire les risques évitables.
La prochaine étape consistera à suivre l’impact de ces 42 substances identifiées sur la santé à long terme des enfants testés. En identifiant mieux les coupables invisibles, la science espère forcer les industriels et les régulateurs à repenser l’usage de ces polluants qui, une fois infiltrés dans l’organisme, y restent pour l’éternité.


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