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France 15/05/2026 19:28 Actualisé le 15/05/2026 20:34
Les produits alimentaires contenant du cannabidiol doivent disparaître des rayons après une décision de la Direction générale de l’alimentation.
Par Vincent Gibert avec AFP

NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP
Un présentoir avec des produits et articles à base de CBD dans un rayon d’un Monoprix à Valence (Drôme), en mars 2022.
Le cannabidiol, plus communément appelé CBD, à usage alimentaire (huiles, tisanes, bonbons…), est interdit à la vente en France depuis ce vendredi 15 mai. Le fruit d’une décision de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), qui a fait le choix d’appliquer une vieille réglementation européenne en la matière.
La directive « Novel Food », à laquelle doit se soumettre tout aliment qui n’est pas traditionnellement consommé au sein de l’UE, est en vigueur depuis 1997 et impose aux nouveaux produits de solliciter une autorisation. Or, les produits alimentaires contenant du CBD n’en ont pas encore obtenu.
Ainsi, selon Paul Maclean, représentant de l’Union des professionnels du CBD (UPCBD), la DGAL, qui tolérait jusqu’ici ces produits sous certaines conditions, a annoncé mi-avril aux représentants de la filière qu’il « n’y aurait plus aucune tolérance pour les produits alimentaires qui contiennent du CBD à partir du 15 mai ».
Le CBD à fumer ou sous forme de liquide pour cigarettes électroniques reste, lui, autorisé. Mais pour les professionnels du secteur, la décision est particulièrement dure à encaisser et va se faire ressentir au niveau financier.
Dans un reportage de franceinfo, Nicolas, qui tient une boutique de CBD depuis cinq ans, explique ainsi qu’il a vidé tout son rayon de produits alimentaires, soit « 25 % du chiffre d’affaires qui s’efface en une journée ». Sur une année, c’est l’équivalent de « 50 à 60 000 euros », assure-t-il. Et l’inquiétude est réelle pour ses clients qui s’étaient habitués aux produits. « Plus rien pour mes clients qui ont mal au genou, plus rien pour mes clients qui veulent dormir, ou qui ont un cancer et que la morphine ne leur fait plus rien… », se désole-t-il.
« C’est juste une hécatombe »
Katy, cofondatrice d’une boutique de CBD à Nîmes, est encore plus directe : « C’est juste une hécatombe ». « Ces produits représentent 40 % de mon chiffre d’affaires et répondent à de nombreuses problématiques, alors je ne comprends pas », témoigne-t-elle auprès d’ICI Gard Lozère.
« Je fume du CBD, je prends de l’huile quand vraiment je suis très angoissée, voire des petites gélules », explique auprès de la radio locale une cliente de ce magasin. « On est en France. Quand ils arrêteront de nous casser les pieds sur les choses qui nous font du bien au lieu de nous bourrer d’antidépresseurs, on ira mieux ! »
En situation de handicap, Éric consomme, lui, du CBD sous forme de gummies (des sortes de pâtes de fruits). Un réflexe adopté il y a quelques années après avoir arrêté de fumer du cannabis. Aujourd’hui, cette interdiction le met en colère. « Qu’est-ce que je fais du coup ? Parce que les antidouleurs de pharmacie m’empêchent d’aller uriner correctement. En fait ils sont très nocifs pour les reins. Pour moi ça marche, parce que je pense que je suis très tendu et ça me détend », explique-t-il sur RMC.
« On trouve ça complètement aberrant », avait déjà réagi la semaine dernière auprès de l’AFP Paul Maclean, de l’UPCBD. « Cette position que prend la DGAL tue une filière agricole (et) risque de tuer plus de 2 000 boutiques spécialisées qui se trouvent en centre-ville ». « On peut prendre du CBD, mais on peut juste ne pas le prendre sous forme alimentaire, ce qui n’a absolument aucun sens », s’agaçait-il.
La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole très mobilisé pour les producteurs de chanvre - plante dont est extrait le CBD - avait dénoncé dans un communiqué « une menace directe sur la filière ». « Des centaines de producteur·rices, de paysan·nes, de fermes diversifiées, de circuits de commercialisation en cours d’installation et de projets en circuits courts se retrouvent aujourd’hui en danger », estime le syndicat, affirmant que la décision privilégie les modèles industriels puisqu’il est très coûteux d’obtenir une dérogation au règlement européen et que seuls les gros acteurs ont les moyens de déposer des dossiers.


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