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«L’instant magique» dans les archives : de 1912 à 1999, retour sur les éclipses solaires totales en France

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LES ARCHIVES DU FIGARO - Entre prédictions apocalyptiques, curiosité des foules et naufrage du Titanic, trois éclipses du Soleil ont marqué la France depuis plus d’un siècle.

Le 12 août 2026, le rendez-vous du Soleil avec la Lune sera encore une fois mémorable. L’éclipse solaire, dont la bande de totalité traversera en Europe le nord de l’Espagne, offrira aux Français un des spectacles célestes les plus marquants depuis 1999. Le niveau d’obscuration sera partiel sur le territoire hexagonal mais il atteindra tout de même 99,5% dans le Sud-Ouest, comme à Biarritz, contre 92% à Paris. La prochaine éclipse visible en France, cette fois-ci totale, aura lieu le 3 septembre 2081. Une bonne raison de ne pas rater cette année le phénomène, le quatrième observable chez nous en un peu plus d’un siècle.

L’éclipse du 11 août 1999 : lunettes en carton, Concorde et apocalypse

La dernière éclipse solaire totale en France date du 11 août 1999. Sa trajectoire traverse alors l’Hexagone de la pointe du Cotentin jusqu’en Alsace. Pour les 5000 communes concernées entre Cherbourg et Strasbourg, l’occultation complète du Soleil est attendue entre 12 heures 14 et 12 heures 31. Extrêmement médiatisé, le phénomène attire les foules provoquant de multiples bouchons sur les routes pour gagner les meilleurs «spots» d’observation. Las, la météo n’est pas au beau fixe et les veinards qui ont réussi à atteindre Reims où la cantatrice américaine Jessye Norman doit accueillir de sa voix sublime la «seconde aube» du 11 août, ne réussissent qu’à entrevoir quelques instants entre les nuages la rencontre entre les deux astres.

«L’instant magique» de l’éclipse à la une du Figaro du 12 août 1999. Le Figaro

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À Paris, les lunettes en carton distribuées largement depuis plusieurs semaines sont en rupture de stock dans les pharmacies et chez les opticiens «au grand dam des inconscients et des têtes en l’air qui avaient attendu les dernières heures pour se mettre en quête des précieux binocles», rapporte Le Figaro dans son édition du 12 août. On compte toutefois 15.000 personnes sur les Champs-Élysées, 14.000 au Champ-de-Mars et sous la tour Eiffel et 13.000 au Sacré-Cœur.

Pour les plus motivés, et ceux qui peuvent débourser 12.000 francs, un vol spécial du Concorde a été affrété par l’Association française d’astronomie. Un rédacteur du Figaro fait partie de ces privilégiés qui, à la vitesse de 2200 km/h, sont partis à la poursuite d’une ombre filant à près de 3 000 km/h. Le poste d’observation n’est pas des plus confortables, à genoux, «le visage en ventouse» sur le hublot minuscule, mais ces chasseurs d’ombre ont la chance inouïe de connaître une éclipse totale de huit minutes, soit quatre fois plus qu’au sol. Une durée bien moindre cependant que lors de l’éclipse du 30 juin 1973 quand le supersonique, un prototype piloté par André Turcat, était resté 74 minutes dans le cône d’obscurité qui courait de la Mauritanie jusqu’au Tchad. «Des ténèbres de cendres baignent la carlingue, lueurs grises et un peu mauves. Dehors, c’est un océan fou, avec des nuages troussés par une impossible nuit faite d’ombres jamais vues», s’enthousiasme le journaliste scientifique Patrice Lanoy.

Le Figaro fait partie des privilégiés embarqués dans le Concorde pour observer l’éclipse. Récit paru le 12 août 1999. Le Figaro

Plus haut encore, Jean-Pierre Haigneré est à bord de la station russe Mir. Heureusement cette dernière n’a pas décroché de son orbite pour chuter sur la terre comme l’avait prédit Paco Rabanne dans une nouvelle interprétation des prophéties de Nostradamus. «La tache d’ombre est comme la trace d’un doigt posé sur la Terre», décrit l’astronaute français. Un rappel à l’humilité de l’homme dans l’immensité de l’espace. Dans le Gers, l’ambiance est plus potache. À Condom, là où la station orbitale devait s’abattre selon l’excentrique couturier, un berlingot de détergent homonyme traverse les airs lors de la fête de «l’aPaco-lypse».

15 février 1961 : avec un masque de soudeur sur la tour Eiffel

En février 1961, Le Figaro a la tête dans les étoiles mais c’est pour commenter le lancement par les Soviétiques de la première sonde spatiale Venera vers Vénus, deux mois avant l’exploit de Youri Gagarine, premier homme dans l’espace. L’éclipse du 15 février n’a droit qu’à un petit appel de une en bas de page et quelques articles en pages intérieures. La bande de totalité traverse pourtant le sud de la France de Royan jusqu’à Nice. Mais il faudra se lever tôt pour l’observer, le maximum de l’obscuration étant attendue peu après 8 heures 30 alors que le soleil en cette période hivernale est encore bas.

Le Figaro envoie tout de même ses équipes aux premières loges. Sur la tour Eiffel à Paris, le journaliste Pierre de Latil grimpe au troisième étage malgré l’absence d’ascenseur en cette heure matinale pour dépasser la brume parisienne. C’est équipé d’un masque de soudeur abandonné là que le journaliste observe l’instant magique même si à Paris, 4% du soleil reste visible. Un autre reporter assiste au phénomène depuis «la plate-forme du téléphérique de l’Aiguille du Midi, la plus haute du monde, 3842 mètres d‘altitude». «Les plus pressés se précipitèrent vers la terrasse, mais ils durent rapidement revenir, l’intensité de la lumière rendant la vue impossible, malgré le port de lunettes en verre teinté, rapporte le journaliste. Alors commença l’opération “noir de fumée”. Une bougie allumée passa de main en main. La fumée de sa mèche était précieusement recueillie sur les verres de lunette parfois au détriment des montures qui prenaient feu lorsqu’elles étaient en matière plastique».

À Munich en Allemagne, des jeunes gens observent l’éclipse le 15 février 1961. / Bridgeman Images

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Mais là encore l’éclipse n’est pas totale. C’est sur le plateau de Fontbonne que la nuit complète se pose quelques minutes à 8 heures 33. Sa situation à 800 mètres d’altitude avec «une vue imprenable vers l’est et le sud-est» a été choisie «pour quartier général par de nombreux astronomes professionnels et amateurs», explique le journaliste René Rousseau. Camions de télévision et de radio sont sur place. Sur le petit écran, Pierre Tchernia commente l’événement diffusé en eurovision.

17 avril 1912 : l’éclipse qui fait de l’ombre à la tragédie du Titanic

«La catastrophe du Titanic a surpassé en horreur les plus épouvantables sinistres que compte l’histoire maritime. En quelques heures ce magnifique paquebot, orgueilleux triomphe de l’art de l’ingénieur moderne, s’est abîmé dans les flots.» Le 17 avril 1912, Le Figaro rend compte du naufrage du Titanic survenu dans l’Atlantique nord trois jours plus tôt. On annonce déjà 1500 morts. Ce n’est pourtant qu’en bas de la colonne de droite en une du journal que paraît l’information primordiale. La majeure partie de la une est consacrée à l’éclipse totale du Soleil annoncée ce jour à 12 heures 10. Alors que ses confrères publient photos et plans de coupe du paquebot disparu à près de 4000 mètres de profondeur, Le Figaro propose schémas et carte sur le phénomène astronomique accompagnés d’un grand article rédigé par un astronome de l’Observatoire de Paris, Jean Mascart. C’est la première éclipse commentée par Le Figaro. Lors de la précédente, dont la bande de totalité avait traversé le sud de l’Hexagone en 1842, la parution du journal, né en 1826, était alors en suspens avant sa relance en 1854 par Hippolyte de Villemessant.

La curiosité est au maximum car c’est la première fois de l’ère industrielle qu’une éclipse de ce type se déroule dans une grande capitale. Les enfants ont pour l’occasion le droit de faire l’école buissonnière pendant deux heures. Heureusement, le beau temps est au rendez-vous et le ciel est dégagé. Les Parisiens ont été cependant prévenus du danger de regarder le spectacle céleste à l’œil nu. «Des verres fumés, il y en avait plein les rues, si l’on peut dire, rapporte le lendemain, agacé, le journaliste Louis Latzarus. Un ingénieux industriel en avait distribué dès l’aube à qui en voulait, pour rien. C’est une grande merveille que les entrepreneurs de publicité sachent enrôler le soleil lui-même parmi leurs camelots. On n’avait pas vu jusqu’ici d’astre-sandwich.» 

Sur la terrasse de Saint-Germain-en-Laye, un autre rédacteur observe parmi la foule: «Le disque du Soleil n’est plus qu’un mince croissant, et que paraît repousser le disque mince de la Lune. Elle entre dans cette lumière comme un boulet de canon, elle monte, obliquement, de droite à gauche. Et le croissant s’amincit, n’est plus. Une jeune fille dit soudain: “On dirait un anneau de fiançailles!” Obsession charmante d’un cœur de femme et contre laquelle le spectacle le plus émouvant des vastes mondes ne vaut rien.» Sans le savoir, la réflexion, quelque peu sexiste, du Figaro entre dans l’histoire. comme le révélait en 2012 au même journal l’universitaire Robert Morris, professeur émérite à l’université de Carleton à Ottawa au Canada. En 1912, les observateurs ont pu apercevoir «un type d’occultation assez rare, une éclipse annulaire très fine pendant laquelle des rayons de soleil passent entre les montagnes de la lune», un phénomène appelé «anneau de diamant», expliquait-il. Or, on a longtemps cru que ce terme avait été employé la première fois par le New York Times en 1925. «Mais la primeur de cette métaphore revient en fait au Figaro du 18 avril [1912]».

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