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L’insécurité et l’itinérance mettent la compassion des Winnipégois à rude épreuve

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Les préoccupations des Winnipégois en matière de sécurité effritent leur empathie envers les sans-abri, selon un sondage mené par Probe Research pour le compte de CBC/Radio-Canada.

Méthodologie et rectificatif :

Le sondage de Probe Research/Abacus pour CBC/Radio-Canada a été mené en ligne entre le 4 et le 17 août 2026, et a duré, en moyenne, 15 minutes. L’échantillon représentatif de la population générale est composé de 687 adultes winnipégois. Puisque le sondage a été mené auprès d’un panel en ligne, on ne peut pas lui attribuer de marge d’erreur. À titre indicatif seulement, un échantillon probabiliste de cette taille aurait eu une marge d’erreur de 3,74 % points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Une version précédente de ce texte attribuait une marge d'erreur au sondage. Étant donné qu'il s'agit d'un sondage non probabiliste, il n'est pas possible de lui attribuer une marge d'erreur.

La directrice générale de l'organisme End Homelessness Winnipeg, Jennifer Moore Rattray, attribue cette tendance à la difficulté de côtoyer régulièrement des personnes en situation d’itinérance.

Un portrait de Jennifer Moore Rattray.

Jennifer Moore Rattray estime que la sensibilisation du public est la clé pour freiner l'effritement de l'empathie envers les personnes sans abri et aux prises avec des dépendances.

Photo : Josh Crabb

C’est très difficile à voir, car, en tant qu’êtres humains, nous savons que c’est injuste, et ça nous fait du mal.

Une majorité des personnes interrogées dans le cadre du sondage estime aussi que ni les organismes sociaux ni les pouvoirs publics ne s'attaquent assez efficacement aux problèmes liés à l'itinérance.

Environ un tiers des personnes interrogées ont indiqué que les organismes faisaient un travail excellent ou un bon travail. Un peu plus d'un cinquième d'entre eux pensaient la même chose de la police et moins d'un cinquième des répondants estimaient que la province faisait du bon travail. Seuls 8 % des personnes interrogées ont fait des commentaires positifs sur la réponse apportée par la Ville au problème des sans-abri.

Pour la directrice générale de West Central Women’s Resource Centre, Lorie English, le problème ne vient pourtant pas des organismes sociaux, qui collaborent très bien, mais souffrent d'un manque chronique de financement.

Des racines profondes

Pour Jennifer Moore Rattray, tout comme pour Lorie English, cette réaction découle de problèmes structurels bien plus profonds.

Un portrait de Lorie English.

Lorie English presse la Ville de s'attaquer de front à la crise de l'itinérance.

Photo : Tyson Koschik

C’est une conséquence malheureuse de certains choix politiques, en particulier de la Municipalité, affirme Lorie English.

Selon elle, les politiques adoptées par la Ville de Winnipeg ont contribué à marginaliser, à criminaliser et à stigmatiser les personnes sans domicile fixe ou aux prises avec des dépendances, ce qui accroît l’indifférence envers ces problématiques très complexes.

Lorie English estime également que les interventions policières contre la consommation de drogues dans les lieux publics, menées au cours de la dernière année par le Service de police de Winnipeg, ont favorisé l'émergence d'un discours hostile.

Cela incite les gens à exprimer tout haut des préjugés qu’ils gardaient auparavant pour eux, observe-t-elle.

Ces personnes sont perçues comme le problème, alors que le problème, c’est le manque de logements et la grande pauvreté.

Lorie English rappelle que, pour les non-initiés, sortir quelqu'un de la rue représente une démarche difficile. Les solutions peuvent paraître faciles, mais elles ne le sont pas, affirme-t-elle.

Jennifer Moore Rattray abonde dans le même sens et insiste sur la nécessité de mieux informer la population sur les causes réelles de l'itinérance. C’est l’antidote [à la baisse de compassion], soutient-elle.

Des réponses politiques

Forcer les gens à ne pas être dehors et les empêcher de consommer, cela ne va pas régler le problème, affirme Lorie English.

Alors que la campagne électorale est en cours en vue des élections municipales, elle s'inquiète de voir plusieurs candidats à la mairie, dont les favoris, privilégier des mesures coercitives au détriment de solutions qui prennent en compte la complexité du problème de l’itinérance et de la toxicomanie.

Lorie English place, en revanche, davantage d'espoir dans les candidats aux postes de conseillers municipaux, dont plusieurs semblent comprendre le problème différemment et proposent des solutions plus nuancées.

Il n’y a pas de baguette magique qui peut permettre à l’itinérance visible de ne plus être visible.

Selon Lorie English, la réponse réside plutôt dans des initiatives comme la stratégie provinciale Un toit pour soi, qui conjugue l'accès au logement permanent à des services d'accompagnement de services de soutien pour éviter les récidives dans la rue.

Ce programme coûte cher, prend du temps, mais si on y investit, c’est le chemin pour sortir des difficultés qu’on rencontre, plaide-t-elle.

Lorie English rappelle également que la Ville de Winnipeg dispose d’une marge de manœuvre considérable pour agir. La Ville a notamment élaboré en collaboration avec le milieu communautaire une stratégie de réduction de la pauvreté dans laquelle elle pourrait investir.

S'interroger sur l’insécurité

Lorie English invite également à reconsidérer le sentiment d’insécurité à Winnipeg.

Quand on parle de sécurité, de la sécurité de qui parlons-nous? De celle des gens qui ont un logement et un véhicule, ou de celle des personnes les plus marginalisées, qui sont en réalité les moins en sécurité dans notre ville?, demande-t-elle.

La directrice du West Central Women’s Resource Centre précise qu’elle ne minimise pas les craintes de la population ni la réalité de certains incidents.

Elle rappelle cependant que la majorité des actes de violence survient au sein même de cette communauté vulnérable, et non envers d'autres résidents.

Avec des informations de Josh Crabb

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