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L’iniquité quintuplée du mode de scrutin

3 week_ago 11

         

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La promesse a été brandie à trois reprises, dans le passé, pour finir par être chaque fois reniée. Au lendemain des élections du 5 octobre, en voie de voir non moins de cinq partis politiques se départager la carte électorale et tous faire élire des députés selon des disproportions diverses par rapport aux votes récoltés, la réforme du mode de scrutin risque de redevenir d’autant plus d’actualité. Si tant est que le meneur de la joute électorale, Paul St-Pierre Plamondon, tienne parole et s’y attelle réellement, comme il le laisse entendre pour l’instant malgré des propos précédemment ambivalents.

L’incohérence entre suffrages exprimés et sièges obtenus à l’Assemblée nationale ne date évidemment pas d’hier. Si la tendance actuelle se maintient, cette course à cinq fera cependant, pour la toute première fois depuis 1976, élire des députés issus d’autant de formations politiques. Avec les distorsions de résultats électoraux qui viennent avec.

Or, un tel éclatement de l’échiquier partisan québécois ne confirme-t-il pas que le moment est venu d’étudier une fois pour toutes, pleinement et jusqu’au bout, l’idée de revoir notre mode électoral ?

Le chef péquiste y croit, a-t-il certifié succinctement (tout au plus d’un « oui ») en réponse à la question en ce sens de Ruba Ghazal, de Québec solidaire (QS), au débat des chefs de Radio-Canada. Qui plus est, muni d’une majorité parlementaire qu’il lorgne visiblement de plus en plus, M. St-Pierre Plamondon travaillerait à « tenir [ses] promesses », a-t-il soutenu vendredi.

Qu’en serait-il, en revanche, en contexte minoritaire ? Pas plus tard qu’il y a trois semaines, il apportait la nuance selon laquelle le « problème » d’un tel changement démocratique fondamental était qu’il requiert « tout le monde », avec « la participation et le consentement des autres partis ». Un consensus qui serait certes idéal, mais qui fut de tout temps inatteignable.

Même le Parti québécois (PQ), sous la chefferie de Paul St-Pierre Plamondon faut-il le rappeler, se contentait d’une majorité simple de trois partis à l’Assemblée nationale pour appuyer une telle réforme (comme le font le PQ, QS et le Parti conservateur aujourd’hui) avant de railler François Legault en 2021 d’avoir abandonné « sciemment » cette promesse « pour assurer une domination totale du Québec ». Une fois bien en selle, les élus finissent tous par avoir la même fâcheuse habitude de préférer y rester… Le PQ y résisterait-il même dans la précarité d’une minorité ?

À en croire les sondages, le PQ pourrait former dans 10 jours un gouvernement majoritaire avec à peine 30 % des voix populaires. Les distorsions passées avaient offert le même sort à François Legault avec 41 % des voix, tandis que Pauline Marois n’avait décroché qu’une minorité avec 32 % des suffrages.

Dans tous les cas, les projections de sièges du site Québec125 — provisoires, certes, compte tenu du nombre important d’indécis, de même que de circonscriptions archiserrées — prédisent que les péquistes pourraient hériter d’au moins 49 % des sièges à l’Assemblée nationale avec 29 % des votes prévus à l’heure actuelle. Les libéraux en décrocheraient 28 % avec 22 % des voix. Inversement, les caquistes pourraient ne remporter que 5 % des sièges (voire moins), malgré 21 % d’appuis populaires ; les conservateurs 11 %, en deçà de leurs 16 % récoltés dans les sondages ; les solidaires 7 %, contre 11 % d’appuis actuels.

Cette incohérence des résultats électoraux, sous un mode de scrutin dénué de toute composante proportionnelle, ne cesse de croître depuis 2007 — l’indice de distorsion a atteint 25,8 aux élections de 2022, par rapport à une moyenne de 15,9 au fil des scrutins des 50 dernières années, selon l’analyse de Mercédez Roberge, du Mouvement démocratie nouvelle, qui milite pour une réforme du mode de scrutin uninominal à un tour.

Que cette tendance s’inverse soudainement, en plein éclatement du système québécois jadis bipartisan, serait pour le moins étonnant.

Paul St-Pierre Plamondon vient de s’engager résolument à tenir parole s’il est élu dans 10 jours. Quant aux autres chefs de parti, après avoir refusé d’admettre l’évidence, peut-être changeront-ils soudainement d’avis en faisant bientôt à leur tour les frais de ce mode de scrutin.

À force de voir tous les partis ou presque promettre en vain une meilleure représentativité de la volonté démocratique, il faudrait cesser de s’étonner d’assister à l’effritement de la confiance citoyenne. Tout comme il faudrait, à force de constater que de trop nombreux électeurs ont le sentiment que leur voix ne compte pas en s’apercevant que l’Assemblée parlementaire ne cadre pas toujours avec la volonté de la majorité populaire, cesser de se surprendre d’un détachement électoral toujours plus grand.

Le paysage électoral québécois est mûr pour faire l’objet d’un tel débat. Les péquistes viennent de s’engager fermement, s’ils en héritent, à tenir cette seconde consultation populaire. Les électeurs s’en souviendront, qu’ils soient majoritaires ou minoritaires.

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