La drogue, c’est l’autre guerre. Celle, intime, que mènent les 64 millions d’hommes et de femmes dépendants, selon la dernière étude des Nations unies en 2023. Et celle, géopolitique, qui prospère à l’ombre d’autres conflits. Transformant des rues, des quartiers, des villes en champs de bataille où les victimes tombent sous les profits gigantesques que génère ce trafic.
Celui-ci mène aujourd’hui les jeunes de Sierra Leone dans la tombe. L’arme des tueurs? Le kush, un mélange aux effets si destructeurs qu’on le surnomme la «drogue des morts». S’il se propage depuis 2010 à large échelle dans ce pays extrêmement pauvre, ce n’est pas un hasard. Entre 1991 et 2002, le crack, l’héroïne et le cannabis ont été largement utilisés durant la guerre civile qui a fait 200 000 morts. Les factions armées ont notamment drogué des milliers d’enfants soldats pour mieux les contrôler. Quand la paix a été conclue, de nombreux chefs de milice marginalisés se sont reconvertis dans la criminalité urbaine. Et en 2018, le président Julius Maada Bio a neutralisé les gangs dans l’opposition grâce à la manne financière du kush.
Lire aussi: «Le kush pourrit ma vie»: en Sierra Leone, les jeunes sombrent dans l'enfer de la drogue pour 40 centimes suissesL’Afrique de l’Ouest est à un tournant. Ces derniers mois, l’intensification de la lutte contre la cocaïne en Europe a poussé les trafiquants, qui l’exportaient depuis l’Amérique latine, à chercher de nouvelles routes; c’est sur le continent africain qu’ils ont jeté leur dévolu. En mai 2026, l’Espagne effectuait ainsi une saisie record de cocaïne sur un bateau venu de la capitale de la Sierra Leone. Et le kush issu du trafic de cocaïne s’est propagé jusqu’en Guinée, au Sénégal et au Liberia, qui a déclaré l’état d’urgence en même temps que Freetown en 2024.
Lire aussi: Les nitazènes, nouvelle classe de drogues qui fait des ravages Outre-MancheUn risque pour l’Europe
Désormais, il n’est plus impossible que des drogues comparables au kush arrivent sur le marché européen. D’abord parce que les nitazènes dont le kush est composé – des opioïdes de synthèse beaucoup plus puissants que le fentanyl – sont apparus récemment sur le continent, qui enregistre une hausse des surdoses. Et ensuite parce que la circulation des cannabinoïdes synthétiques, l’autre ingrédient clé du kush, pourrait être facilitée par les lacunes dans le contrôle des produits dérivés du cannabis, largement illégal en Europe.
Et la Suisse? Elle est pour l’instant épargnée, mais les autorités ne prennent pas la menace à la légère. En avril d’ailleurs, Genève et Fribourg se sont placés en vigilance renforcéeface à l’arrivée des opioïdes de synthèse. Pour éloigner, le plus longtemps possible, l’enfer absolu de Freetown.
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