La ligne douanière intérieure de l’Inde britannique, baptisée Inland Customs Line en 1843, a fini par mesurer 2 504 miles, soit environ 4 030 km, de l’Himalaya à l’Orissa. Sur au moins 800 miles, environ 1 300 km, elle prenait la forme d’une haie vivante d’épineux. Il en reste peut-être un simple talus de terre dans le district d’Etawah, en Uttar Pradesh.
Une barrière de 4 030 km a presque disparu, des cartes comme des mémoires.
À retenir
- La ligne douanière intérieure britannique mesurait 4 030 km, dont 1 300 km de haie vivante d’épineux entre 2,4 et 3,7 mètres de haut
- Fourteen mille hommes gardaient cette haie en 1872, soit plus de 3 hommes par kilomètre en moyenne
- Abolie le 1er avril 1879, la haie a progressivement disparu en servant de tracé pour des routes et voies ferrées
Sommaire
Une taxe sur le sel, une barrière à travers un sous-continent
À l’origine de tout, il y a l’impôt sur le sel. Pour le faire payer, l’administration britannique a tendu à travers le pays une ligne de contrôle que l’on pouvait franchir seulement en passant devant ses agents. Elle dépasse 1,5 fois la distance Paris-Moscou. Les chiffres circulent parfois en confondant la ligne et la haie : les 4 030 km désignent l’ensemble du dispositif, et la haie seule en couvre au moins 1 300.
Cette haie n’avait rien d’un simple alignement de buissons. Les plantes utilisées étaient le jujubier, l’acacia, le karonda, le figuier de Barbarie et des euphorbes, toutes armées d’épines. Selon les rapports du commissaire aux douanes intérieures, cités par Roy Moxham, elle n’était nulle part inférieure à 8 pieds de haut (environ 2,4 m) et 4 pieds d’épaisseur (environ 1,2 m). À certains endroits, elle montait jusqu’à 12 pieds de haut (3,7 m) pour 14 pieds d’épaisseur (4,3 m).
Il fallait des bras pour l’entretenir et la surveiller. En 1872, 14 188 hommes gardaient la ligne, soit en moyenne plus de 3 hommes par kilomètre, si l’on répartit l’effectif sur les 4 030 km. Les sources que j’ai consultées reprennent ces chiffres à partir des rapports coloniaux, lus à travers Moxham et Wikipédia, et non directement.
Un 1er avril pour tout arrêter
La ligne est abolie le 1er avril 1879.
Des réformes financières avaient uniformisé les taxes à travers l’Inde, ce qui a rendu la contrebande du sel inutile. La haie, elle, aurait survécu une dizaine d’années à la ligne, selon certains récits. Une fois les postes fermés, plus personne n’avait de raison de la tailler ou de la replanter. Et comme son tracé formait parfois la seule ligne droite déjà repérée sur des kilomètres, il aurait été réutilisé pour des routes et des voies ferrées, ce qui aurait effacé d’autres tronçons.
Le talus d’Etawah
L’histoire serait restée enfouie sans un hasard de librairie. En 1995, Roy Moxham, alors conservateur à la bibliothèque de l’université de Londres, tombe sur un passage consacré à la haie dans les souvenirs d’un fonctionnaire britannique, William Henry Sleeman. L’idée lui paraît d’abord si énorme qu’il soupçonne un canular. Il vérifie dans les archives de l’India Office, à la British Library, et décide de partir à la recherche de ce qu’il en reste.
Trois voyages en Inde pour un seul talus.
Après des années de recherches à Londres puis sur le terrain, il repère en 1998, dans le district d’Etawah, un petit talus surélevé. Ce pourrait être tout ce qui subsiste de la « grande haie de l’Inde ». Certains récits parlent de quelques centaines de mètres de long, sans que je puisse le confirmer. Moxham en a tiré en 2001 un livre, The Great Hedge of India, publié chez Constable & Robinson.
Rien de spectaculaire à photographier, donc : une bande de terre légèrement surélevée, à la lisière de parcelles cultivées, que rien ne distingue d’une limite de champ ordinaire. Les épineux, eux, ont disparu.
La taxe sur le sel a survécu à la haie, et Moxham rappelle qu’elle a nourri plus tard la Marche du sel de Gandhi, l’un des grands épisodes de la marche vers l’indépendance.
Sources : dnaindia.com | en.wikipedia.org


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