Cet article vous est offert

Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous

Se connecter

Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement

Chronique

auteur

Jean-Pierre Filiu

Professeur des universités à Sciences Po

Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou étend au théâtre libanais la violence méthodique qu’il a banalisée dans la bande de Gaza.

Publié aujourd’hui à 07h00 Temps de Lecture 3 min.

Article réservé aux abonnés

Le Moyen-Orient est devenu au XXIe siècle le monstrueux laboratoire où des techniques de guerre, testées sur un territoire ciblé, sont, du fait de l’absence de réaction internationale, reproduites à plus grande échelle sur un autre théâtre. C’est ainsi que la Russie de Vladimir Poutine a expérimenté en Syrie, à partir de septembre 2015, des techniques de terreur infligées en Ukraine depuis l’invasion généralisée de février 2022.

C’est également ainsi qu’Israël, sous la direction de Benyamin Nétanyahou, soumet désormais le Liban aux mêmes violations systématiques du droit international qui ont été perpétrées depuis octobre 2023 dans la bande de Gaza. A l’évidence, l’impunité d’Israël à Gaza ne peut que l’encourager à être aussi impitoyable au Liban.

L’armée israélienne prétend, à Gaza comme au Liban, se comporter de manière « humanitaire » en avertissant publiquement la population civile avant de bombarder un secteur donné. Mais ces « ordres d’évacuation » portent bien leur nom puisqu’il s’agit d’expulser les habitants de la zone concernée, avec un délai très court pour prendre une décision qui engage leur vie et celle de leurs proches, sans aucune garantie pour les biens laissés derrière eux. En outre, les itinéraires d’évacuation que les porte-parole israéliens assignent aux civils expulsés sont souvent imprécis, voire parfois touchés par des frappes israéliennes.

« Lignes jaunes » et « lignes orange »

Le prétendu « cessez-le-feu », proclamé à Gaza le 10 octobre 2025, au bout de deux années de conflit, n’est pas plus respecté que la trêve entrée en vigueur au Liban, là aussi sous pression américaine, le 17 avril, après quarante-six jours d’hostilités ouvertes. De même qu’au moins 837 Palestiniens et 5 militaires israéliens ont été tués à Gaza depuis l’annonce, il y a six mois, d’un « cessez-le-feu » très fragile, au moins 465 Libanais et 2 soldats israéliens ont été tués au Liban depuis le 17 avril. Dans un cas comme dans l’autre, cette situation de « ni guerre, ni paix » a permis à l’armée israélienne de tracer une « ligne jaune » au-delà de ses frontières, occupant durablement plus de la moitié de l’enclave palestinienne et environ 6 % du territoire libanais.

Il vous reste 56.26% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.