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La Semaine nationale de lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs au Québec se tient du 1er au 7 mars. Pour plusieurs organismes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il s'agit d'une occasion privilégiée de rappeler l'importance de la prévention.
Selon Audrey Baril, coordonnatrice de la Maison d'hébergement l'Issue, il est important de briser le tabou sur un fléau en expansion dans la province, même dans la région.
Quand on parle d'exploitation sexuelle, ce n’est pas toutes les personnes qui sont dans cette situation-là qui se reconnaissent comme une victime. Donc, ça permet de sensibiliser, de faire connaître la problématique, les enjeux, les conséquences aussi, explique Mme Baril au micro de l’émission C’est jamais pareil.

Audrey Baril est coordonnatrice de la maison d’hébergement L’Issue, à Saguenay.
Photo : Radio-Canada / Laura-Jessica Boudreault
Situé à Saguenay, l’organisme vient en aide aux femmes et aux personnes non binaires de 18 ans et plus qui vivent des enjeux liés à la prostitution. La maison compte neuf chambres pour accueillir ces personnes, dont certaines sont en situation de survie.
La coordonnatrice rappelle toutefois que les victimes d’exploitation sexuelle le deviennent, dans la plupart des cas, bien avant d’avoir atteint l’âge de la majorité. Il y en a au moins 80 % qui ont commencé étant mineures.
L'entrée moyenne dans la prostitution c'est 14-15 ans. Et chez les femmes autochtones et les filles autochtones, c'est environ 12 à 13 ans.
Un recrutement insidieux
L’exploitation sexuelle peut prendre plusieurs formes, de la prostitution à la cyberexploitation. Elle implique tout acte qui permet d'échanger un service sexuel contre de l'argent, contre des objets ou des substances, explique la coordonnatrice. Selon elle, il s’agit d’un phénomène préoccupant dans la région.
Je dirais que c'est aussi facile dans la région que dans les grands centres de recruter des jeunes à des fins d'exploitation sexuelle.
Il y a les réseaux sociaux, premièrement. Mais il y a aussi des lieux physiques, tous les lieux où se tiennent les jeunes, constate celle qui est témoin des mécanismes et des conséquences de ce fléau de façon quotidienne.
Le recrutement peut se faire de façon insidieuse et s’étaler sur une longue période de temps. Les personnes qui cherchent à recruter des mineurs vont investir beaucoup de temps à entrer en relation, même des fois développer une relation amoureuse, et puis, des fois, ça va être après plusieurs mois que l'échange de services sexuels va se passer, poursuit Mme Baril.
Tout le monde peut se retrouver malgré lui dans la spirale de l’exploitation sexuelle. Certains éléments circonstanciels ou certaines conditions, comme une relation conflictuelle avec les parents ou une consommation de substances psychoactives, viennent malheureusement renforcer les facteurs de risques associés à certaines personnes, soutient la coordonnatrice.
Quelques signes avant-coureurs, comme l’apparition d’objets de valeur, des découchers inhabituels ou des changements d’apparence soudains, peuvent être détectés par l’entourage des victimes potentielles pour les inciter à intervenir rapidement.
Il faut garder son calme et essayer d'être à l'écoute, de poser des questions et de démontrer qu'on est là et que de l'aide existe, étale-t-elle.
Du financement attendu
Inaugurée en 2024, la Maison d'hébergement l'Issue n'avait toujours pas reçu en 2025 le financement nécessaire pour déployer l'ensemble de ses services sur le territoire.
Pour venir en aide aux organismes du même genre, Québec a annoncé mercredi des ressources additionnelles de 1,2 M$ pour renforcer les capacités d'intervention du milieu communautaire, en injectant notamment 125 000 $ au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) du Saguenay.

Christine Audet est intervenante sociale pour le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel du Saguenay. (archives)
Photo : Radio-Canada / Laura-Jessica Boudreault
Plus on a de financement pour les organismes communautaires qui sont quand même très présents, qui offrent un filet de sécurité, qui font de la prévention, c'est une très bonne nouvelle, se réjouit Mme Baril.
Elle déplore cependant un manque à gagner qui perdure pour son organisation, en grande partie parce qu'elle est financée par projet et non par mission, ce qui augmente, selon elle, la reddition de comptes.
On doit toujours être dans les demandes de subvention, dans les demandes de projet [...]. Et quand on a un financement à la mission, ça nous permet de nous consacrer encore plus à notre mission, conclut-elle.


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