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Chaque campagne électorale reconduit une sorte de rituel. Les partis dévoilent leurs candidats et candidates, et certains noms sont immédiatement présentés comme des prises importantes : un médecin réputé, une avocate reconnue, un économiste, un entrepreneur prospère, un universitaire, un haut fonctionnaire ou une personnalité médiatique. Le CV devient alors un argument politique.
En exhibant ainsi le parcours professionnel de la personne, les partis invitent la population à conclure que celle-ci possède « la compétence » nécessaire pour gouverner. Pourtant, ce raisonnement suscite des interrogations et mérite d’être soumis à l’épreuve du réel.
La compétence politique est-elle réellement une affaire de diplômes et de CV ? Les diplômes attestent d’un savoir théorique et la carrière professionnelle, d’une maîtrise technique ou d’une expertise sectorielle. Il serait absurde de le nier, mais ces éléments relèvent de la compétence professionnelle, pas de la compétence politique.
Rappelons-le : gouverner n’est pas exercer une profession technique. Un excellent médecin ne devient pas automatiquement un excellent ministre de la Santé ; un entrepreneur ayant réussi dans le secteur privé ne possède pas nécessairement les qualités requises pour administrer l’État, comme un juriste brillant ne sera pas nécessairement un bon législateur.
L’art de bien juger
Cette distinction n’est pas nouvelle. Aristote distinguait trois sortes de compétences : l’épistémè (le savoir théorique), la technè (le savoir-faire) et la phronesis (la sagesse pratique ou la capacité de juger). Dans ce cadre, la politique appartient bien souvent au troisième univers.
Ainsi, le politicien élu devra connaître ses dossiers, il devra aussi être capable de juger correctement une situation particulière, prendre conscience qu’il porte le destin d’une nation, et ce, dans un contexte médiatique et de données parfois lacunaires, incomplètes.
Peu importe ce que l’on essaie de vous vendre, notez qu’il n’existe aucun diplôme permettant mécaniquement de trouver la bonne réponse à des situations imprévisibles et complexes. Le jugement et l’éthique demeurent des critères primordiaux.
Cela devrait nous rendre plus prudents devant le phénomène des candidatures dites « vedettes ». Lorsqu’un parti recrute une personnalité prestigieuse, un mécanisme de transfert de compétence peut facilement s’opérer : cette personne a réussi professionnellement, donc elle sera compétente politiquement. On pourrait être dans une forme de biais d’autorité ou de halo de prestige.
Mais diriger une entreprise n’est pas gouverner une société ; soigner un patient n’est pas administrer un réseau de santé ou encore, enseigner l’économie n’est pas arbitrer politiquement entre croissance, redistribution, fiscalité et services publics.
Jugement
La compétence acquise ne garantit ni la prudence, ni le jugement, ni l’écoute, ni la capacité de compromis. Et surtout, elle ne garantit pas la capacité de représenter les autres. Rappelons-nous qu’un député ne représente pas uniquement les citoyens qui possèdent son niveau d’éducation, son revenu ou son expertise professionnelle. Non, il représente une population composée de personnes aux réalités extrêmement différentes.
La compétence politique exige donc aussi une capacité à écouter celui dont on ne partage ni le parcours, ni les intérêts, ni parfois les convictions. Elle suppose de comprendre qu’un problème apparemment simple sur papier peut être beaucoup plus complexe lorsqu’il est vécu.
En conclusion, la question que nous devrions poser aux candidats n’est donc peut-être pas seulement : « Qu’avez-vous accompli ? », mais plutôt :
1. Comment réagissez-vous lorsque deux valeurs auxquelles vous croyez entrent en contradiction ? Comment écoutez-vous ceux qui ne pensent pas comme vous ?
2. Êtes-vous capable de reconnaître une erreur ?
3. Comment arbitrez-vous entre l’intérêt particulier et le bien commun ?
4. Que faites-vous lorsque les faits contredisent vos convictions ?
Voilà des questions auxquelles aucun diplôme ne peut répondre à notre place, car en politique, le curriculum peut nous dire d’où vient une personne sans dire nécessairement comment elle gouvernera.


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