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La Ville de Matane invite les citoyens ainsi que les milieux culturel et communautaire à des consultations sur l’avenir de l’église Saint-Jérôme et sa transformation en salle de spectacle multifonctionnelle.
Trois ateliers collaboratifs sont prévus jeudi, vendredi et samedi. La Ville précise que ce sera sous forme de remue-méninges.
L’intelligence collective va faire son effet d’amener de belles propositions, de belles suggestions dont on va tenir compte pour essayer de bonifier le projet, qui va répondre aux besoins de la population, résume le maire de Matane, Eddy Métivier.
Les consultations et le projet lui-même suscitent des attentes chez différents intervenants impliqués dans ce dossier. Ils s’entendent néanmoins sur un point : l’avenir du bâtiment ecclésiastique ne peut se décider sans une vision commune qui respecte son passé, tout en lui insufflant une dynamique culturelle et communautaire.

L'église Saint-Jérôme de Matane se situe à quelques mètres de la rivière Matane.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Développement d’un pôle culturel
Pour la Ville et ses partenaires, la transformation de l’église en salle de spectacle est un levier d’attractivité et de rétention pour la population de Matane.
On est vraiment très bien situés pour être un atout pour attirer les diffuseurs. Plus on aura une salle de spectacle qui sera fonctionnelle, mieux ce sera pour avoir de nombreux spectacles de qualité qui vont répondre aux attentes de la population, souligne le maire Métivier.
C’est pour ça que c’est important d’avoir le feedback [de la population] pour guider les professionnels vers une solution pour avoir une salle de spectacle dont on va être fiers.

Eddy Métivier est le maire de Matane. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette
Même son de cloche du côté d’Arts et Spectacles Matanie (ASM), qui appuie le projet de la Ville. L'organisation perçoit les consultations comme un coup de sonde auprès de la population.
Notre mandat, c’est de développer des programmations en phase avec la population. Savoir de quoi ils ont envie dans une salle de spectacle, dans un projet d’envergure comme ça, c’est intéressant pour nous, explique la directrice générale et artistique du diffuseur, Sophianne Fortin.

Sophianne Fortin est la directrice générale et artistique d'Arts et Spectacles Matanie.
Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin
Un bâtiment pour la communauté
Au-delà de la culture, l’église demeure un lieu d'accueil pour de nombreux organismes qui occupent actuellement son sous-sol, tels qu’un service d’aide alimentaire, des groupes d’entraide et les Filles d’Isabelle.

Deux fois par semaine, un repas de soupe est offert gratuitement dans la cuisine du sous-sol de l’église. Cette offre est chapeautée par le Centre d’action bénévole de la Matanie.
Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin
D’après la Ville, il est encore trop tôt pour statuer si ces organismes resteront ou quitteront les lieux. L’attente exprimée par le milieu est celle d’un lieu qui demeure accessible et qui continue de servir la population locale par le partage et l’entraide.
Pour Stéphanie Fournier, bénévole pour la Soupe sur le pouce, l’église reste un lieu très important pour les organismes communautaires.
J’espère que l’église va servir à plusieurs choses, oui, le divertissement, mais aussi une friperie, ou autre chose. Il y a plein de belles affaires à faire dans une église comme ça et pas juste pour le divertissement, fait-elle valoir.
Ce qu’on fait ici, c’est important ! Mais, si jamais on est amenés à quitter le sous-sol de l’église, je suis sûre et certaine qu’on va trouver une autre place. J’ai confiance.

Stéphanie Fournier est bénévole pour la soupe offerte les mardis et les jeudis midi dans le sous-sol de l'église. Elle compte aller à au moins une consultation de la Ville.
Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin
Le président de la Fabrique Cœur-Immaculé-de-Marie insiste aussi sur le fait que l’église doit revenir aux gens de Matane.
On veut que ça redevienne un bien, qui appartenait aux paroissiens, aux gens de la ville de Matane. […] L’important, c’est que ce soit redonné à la population et qu’ils s’en servent comme un lieu de rassemblement communautaire, affirme Jeannot Anctil.
Préserver le patrimoine et la vocation religieuse
La préservation de l’architecture intérieure, de style Dom Bellot, est aussi l'un des critères importants pour les gens qui gravitent autour de l’église. Ces derniers veulent s’assurer que la transformation ne dénaturera pas le bâtiment.
C’est le cas de la Société Patrimoine Matane. Or, l’incertitude plane toujours quant à cet aspect, selon son président. Ce qui m’inquiète c’est qu’on va tout défaire, qu’on va tout briser. Est-ce qu’on va tout conserver? Je ne sais pas, note Raymond Tremblay.
Jeannot Anctil affirme que la préservation du patrimoine est l’une des conditions que la fabrique a négociées avec la Ville. Garder le côté patrimonial de l’église, la Ville a accepté d’emblée cette condition-là, dit-il.

Jeannot Anctil est le président de la Fabrique Cœur-Immaculé-de-Marie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Certains, comme Raymond Tremblay ou le paroissien et membre du Comité de sauvegarde de l’église Saint-Jérôme Paul Gauthier, espèrent aussi qu’il sera possible de conjuguer les activités culturelles avec le maintien de cérémonies religieuses.
Je suis pour un usage communautaire, culturel, même touristique, mais aussi occasionnellement religieux, comme des funérailles, des noces ou des baptêmes. C’est un mauvais choix de faire une salle de spectacle à l’église Saint-Jérôme. Ça devrait se faire à l’église Saint-Rédempteur, fait valoir M. Gauthier.

L'église Saint-Rédempteur est située de l'autre côté de la rivière Matane, face à l'église Saint-Jérôme. C'est dans cette église que les activités religieuses seront désormais concentrées à Matane. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Le président de la Société Patrimoine Matane estime aussi que la préservation des activités religieuses contribuerait au maintien de la vocation communautaire des lieux.
On a toujours fait ça, redonner à la communauté. On a toujours fait du partage communautaire dans l’église et c’est ça, une communauté : être communautaire, affirme Raymond Tremblay.
Ce n’est pas rien que du culte, mais c’est de vivre la foi en communauté.

Paul Gauthier (à gauche) et Raymond Tremblay estiment que l'église Saint-Jérôme doit conserver sa vocation religieuse. Ils seront présents aux consultations. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin
Toutefois, la fabrique indique que ce ne sera plus le cas, étant donné que l’église Saint-Jérôme sera désacralisée une fois le projet de la Ville enclenché. C’est sûr qu’on ne pourra pas avoir le côté religieux, parce qu’on a déjà le côté religieux à [l’église] Saint-Rédempteur, soutient Jeannot Anctil.
Les consultations auront lieu jeudi et samedi pour les citoyens, ainsi que vendredi pour le milieu culturel et communautaire, à la récréathèque du Colisée Béton-Provincial.


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