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Comme spécialiste en francisation, j’ai donné plusieurs entrevues dans les derniers jours sur le niveau de français de Michael Rousseau. Ce n’est pas la première fois que j’aborde cette question, j’en parle depuis sa nomination en 2021.
Le problème n’est pas nouveau, et il ne commence pas avec cette vidéo. À la base, la problématique, c’est qu’on a trouvé normal de nommer un p.-d.g. d’Air Canada qui ne parlait pas français. Même chose pour la gouverneure générale du Canada, et pour bien d’autres.
On dit que le français est important, on le répète, c’est mignon. Comme si le principe de dire que c’est important réglait tout. Dans les faits, ça ressemble parfois à un bibelot poussiéreux qu’on garde sur une étagère : il est là, mais il dérange, alors on le contourne. On dit qu’on va apprendre cette langue folklorique (pourtant 4e parmi les langues les plus parlées dans le monde et 2e parmi les langues secondes les plus apprises, selon le dernier rapport de l’Office québécois de la langue française, publié un peu plus tôt ce mois-ci, dans le cadre du Mois de la Francophonie). On fait quand même, à un certain niveau, le choix de se contrefoutre du français. Ensuite, on promet qu’on va l’apprendre, pour les médias et les francophones pour le paraître, mais on ne l’apprend pas.
Les heures de cours ne font pas tout
Chaque fois qu’on m’a interviewée, on revient souvent au nombre d’heures nécessaires pour apprendre une langue. Comme si la quantité suffisait à expliquer les résultats. Mais les heures ne comptent pas quand il n’y a pas de motivation, pas d’engagement, quand le coût-bénéfice ne vaut rien aux yeux de l’apprenant. Dans le cas de Michael Rousseau, je suis convaincue que le problème n’est pas devant la classe. Ses enseignants, j’en suis certaine, sont compétents, les approches sont connues, éprouvées. Le problème est probablement ailleurs. Il est dans la posture de l’apprenant, dans le rapport qu’il entretient avec la langue. Une langue ne s’apprend pas seulement dans un milieu guidé (une classe, un cours), mais aussi dans l’usage que nous en faisons à l’extérieur de la classe.
Quand quelqu’un considère que ce n’est pas important, qu’il est en classe ou en cours un peu contraint, que ça ne l’intéresse pas vraiment, il ne s’engage pas. L’apprentissage devient secondaire, périphérique, presque irritant. Comme le caillou dans le soulier qu’on tolère sans jamais vraiment s’arrêter pour l’enlever.
Et pourtant, avec environ 300 heures de cours (un niveau A2 sur le Cadre européen, le début d’un niveau 4 sur l’échelle québécoise), on est déjà capable de produire des phrases simples, préparées, compréhensibles. On peut nommer des personnes, exprimer un message de base, s’adresser aux autres avec un minimum de clarté. Pas parfaitement, mais suffisamment pour être humain dans sa prise de parole.
Dans une vidéo de condoléances, ça devrait suffire.
Parce qu’ici, on ne parle pas d’un exercice scolaire. On parle de deux pilotes qui ont perdu la vie, dont Antoine Forest, un Québécois, un francophone. Derrière les débats linguistiques, il y a des personnes, des familles, des amis, des collègues. Des clients d’Air Canada.
Dans un moment comme celui-là, on s’attend à un minimum d’effort. À un minimum de reconnaissance. L’accent ou la prononciation ne sont pas importants, c’est l’intention qui compte et l’héroïque pilote méritait bien plus que deux mots. Je suggère bien humblement trois mots supplémentaires, soit « toutes mes condoléances ».
Une question de nécessité
En 2026, avec les outils qu’on a, avec un télésouffleur, avec un minimum de préparation, ce n’est pas une question de capacité. C’est une question de ce qu’on juge nécessaire.
Et c’est probablement là que se trouve le vrai problème. On dit que le français est important, mais dans certains espaces, notamment économiques et politiques — nous pourrions parler de la Gouverneure générale —, il ne l’est pas vraiment. Pas au point de devenir incontournable.
On le constate après coup, à chaque controverse. Mais la question devrait se poser bien avant, au moment des nominations, au moment des choix. Au moment de choisir qui représente une compagnie, un parti politique, un organisme. Ce serait déjà un message fort à envoyer quant à l’importance qu’on donne au français.
Parce qu’au fond, une langue commence à se fragiliser au moment où elle cesse d’être nécessaire dans les lieux où se prennent les décisions. C’est ce qui se passe au Québec et au Canada depuis plusieurs années.
Et c’est exactement ce que ces situations viennent nous rappeler, chaque fois, que le français devrait enfin devenir prioritaire. Pas dans les scandales, mais au quotidien.


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