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L’héritage oublié du chef cosmopolite Artur Rodziński

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Universal Australie, dans sa collection de coffrets Eloquence, publie l’intégrale des enregistrements gravés par le chef Artur Rodziński pour l’étiquette Westminster au milieu des années 1950. En rendant hommage à Rodziński, mais aussi à George Szell et à Horst Stein, les Australiens poursuivent un travail de fond désormais unique au profit des discophiles, collectionneurs et mélomanes.

La carrière d’Artur Rodziński est tant liée aux États-Unis qu’on avait fini par le croire américain. Et pourtant, celui qui fut le chef de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles et précéda George Szell à Cleveland, avant de créer l’orchestre de la NBC avec Toscanini et d’être nommé directeur musical du Philharmonique de New York (et du Symphonique de Chicago), était polonais. Il naquit en 1892 à Split, en Croatie, où son père, un officier de l’armée polonaise, était en poste. Il grandit dans l’Empire austro-hongrois, dans la ville aujourd’hui ukrainienne de Lviv. Musicalement, il est l’émule des plus grands professeurs viennois : Schalk à la direction, Sauer au piano, Schreker à la composition.

Après un premier poste à l’Opéra et au Philharmonique de Varsovie, il répondit à l’invitation de Leopold Stokowski, qui l’avait vu diriger Les Maîtres chanteurs de Wagner. Rodziński travailla comme assistant de Stokowski à Philadelphie de 1925 à 1929, dirigeant l’Opéra de Philadelphie et enseignant à l’Institut Curtis.

On connaît surtout Rodziński par son legs Columbia, ses enregistrements américains. Ceux avec le Philharmonique de New York et l’Orchestre de Cleveland ont été regroupés par Sony en 2021 et en 2023 dans deux coffrets majeurs.

Un chef intraitable

Les mots qui caractérisent Rodziński sont « rigueur » et « intransigeance ». Ce n’est pas par hasard que Toscanini l’avait choisi pour former l’orchestre de la NBC.

Sa réputation de dompteur d’orchestres n’allait pas sans casse ni frictions. À son arrivée au Philharmonique de New York, en 1943, il licencie 15 musiciens, dont le violon solo ; il sera obligé d’en réintégrer cinq. À New York, il démissionne en 1947 car le directeur de l’orchestre, Arthur Judson, est aussi agent d’artistes et place ses poulains dans les programmes. Son mandat à Chicago sera bref, miné par des batailles avec l’administration. Voyant sa santé décliner, il s’installe en Europe, à Rome.

En Europe, avant son décès en 1958, Artur Rodziński enregistre, notamment à Londres, pour EMI et surtout pour Westminster, une étiquette très active lors de cette décennie, mais qui disparaîtra vite après sa vente à Paramount en 1960.

Eloquence publie 25 CD de Rodziński symphoniste et accompagnateur. On le découvre attentif accompagnateur et fidèle à sa réputation d’excellent spécialiste de Richard Strauss, de Wagner et de la musique russe. Le bonheur de la redécouverte l’emporte sur l’éblouissement : plus d’adrénaline se dégage des rééditions Antal Doráti. Mais à l’image des Chopin avec Badura-Skoda (superbes !), Schumann avec Jörg Demus, Grieg avec Yuri Boukoff et de la cohorte de documents jamais disponibles en CD auparavant, nous avons là le coffret le plus discophile d’Eloquence depuis les deux, magistraux, consacrés aux pianistes oubliés.

En même temps que ce coffret Rodziński nous arrive une George Szell Edition qui se passe quasiment de commentaires. Artiste Columbia, Szell a enregistré quelques disques chez Decca, Philips ou DG, comme il l’a fait chez EMI (Brahms avec Oïstrakh ou Beethoven avec Guilels). L’enregistrement Decca le plus connu est l’intégrale de la musique de scène d’Egmont de Beethoven à Vienne. Il y a aussi ses accompagnements de concertos avec Clifford Curzon, notamment le 1er de Brahms et une grande 8e de Dvořák à Amsterdam en 1952. La collaboration Amsterdam-Szell nous vaut plusieurs disques Philips, dont la 2e de Sibelius et la 5e de Beethoven. Quant à la collaboration chez DG, c’est avec Berlin dans le Concerto pour violoncelle de Dvořák avec Pierre Fournier.

Quant au legs Decca du chef allemand Horst Stein (1928-2008), il occupe 16 CD, dont les principaux sont connus : Concertos de Beethoven avec Gulda et Symphonies n° 2 et 6 de Bruckner à Vienne. La grande redécouverte : 4 CD Sibelius avec l’Orchestre de la Suisse romande. Mais, patience, les Sibelius de Colin Davis à Boston s’en reviennent dans un coffret Davis à Boston prévu un peu plus tard ce mois-ci !

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