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"L’héritage" : Jonathan Littell signe un grand livre sur la mémoire et la transmission

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Dès les premières lignes du bouillonnant L'héritage, Jonathan Littell, Goncourt 2006 avec Les Bienveillantes donne le la. "Moi, je me souviens parfaitement du jour du suicide de mon père. Bon, parfaitement, c'est beaucoup dire. Disons que je m'en souviens plutôt bien". Le soir du suicide de son père, Maxime A. a six ou sept ans ; aîné de quelques minutes de sa jumelle, Anna, il regarde, en famille, Nanouk l'Esquimau, le film pionnier du cinéma documentaire de Robert Flaherty (1922).

Au narrateur de se remémorer, à partir de cet événement dramatique, le déroulé de son existence. Un destin où frère et sœur noient malgré tout leur spleen dans une certaine innocence, dans la campagne de cette ville de province. Une ville jamais nommée, tout comme ce pays jamais identifié. Pour pallier une mère absente et collectionneuse d'amants, les jumeaux tracent leur route. Maxime, en fouillant les affaires de son père, également prénommé Maxime, se glisse dans les vêtements de ce dernier, il quitte le nid familial et Anna… La suite nous le dira.

Jonathan Littell ne donne là non plus d'indice temporel. On imagine donc un adolescent ou jeune adulte s'installant dans la garçonnière de son paternel et commencer à gagner sa vie, rencontrer quelqu'un et devenir père à son tour d'un petit… Maxime. Et devenir, là aussi et comme son géniteur, procureur. Au sein de l'appareil d'un État totalitaire – difficile de ne pas penser à la Russie de Poutine et à l'Ukraine – où il devient, bien malgré lui, complice d'une répression sauvage et brutale.

Comment devient-on agent de son propre destin ? Quels sont les impacts de l'aléatoire sur notre parcours ? Comment traverser une vie en se laissant porter par les événements, en miroir d'un père qui s'est donné la mort — ou pas ? Peut-on faire confiance à sa mémoire à la veille du grand saut ?

À travers ce fulgurant roman où Littell glisse de rares clins d'œil à ses Bienveillantes — le tortionnaire SS s'appelle Maximilien Aue, a lui aussi une sœur jumelle et un père absent —, l'auteur signe une œuvre exigeante et plus universelle qu'il n'y paraît, parfois crue, violente, féroce et tout sauf neutre.

L'héritage, roman de Jonathan Littell, Gallimard, 464 pp.

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