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En Ontario, le manque de places en prison force le personnel à déplacer les victimes plutôt que leurs agresseurs. Entre surpopulation chronique et influence grandissante des gangs, les travailleurs du milieu correctionnel dénoncent un climat de violence hors de contrôle qui menace la sécurité de tous.
Nous déplaçons la personne agressée, explique Adam Cygler, travailleur social à l’Institut correctionnel de l’Ontario à Brampton, car il n'y a tout simplement nulle part ailleurs où mettre les agresseurs.
M. Cygler, qui siège également au comité des relations avec les employés du ministère du Solliciteur général, précise que le maintien des auteurs de violence au sein de leur unité d'origine exacerbe les tensions.
Les données du SEFPO confirment cette dégradation : en 2025, 67 détenus sur 100 ont subi une agression, contre 60 en 2023 et 66 en 2019.
L'émergence des agressions collectives
Selon M. Cygler, la nature même de la violence dans les prisons ontariennes évolue. Historiquement, les conflits prenaient la forme de duels. Aujourd'hui, nous observons plutôt des agressions où plusieurs détenus s'acharnent sur une seule victime, explique-t-il.
Ken Steinbrunner, agent correctionnel et président local du SEFPO au complexe de Monteith, près d’Iroquois Falls, souligne que ces cycles de violence s'amorcent souvent par de l'intimidation.
Cela commence quand une personne oblige une autre à lui remettre sa nourriture, précise-t-il.
Généralement, une personne est prise pour cible, tente de se défendre, ou un tiers intervient, et la situation bascule dans la violence physique.
M. Steinbrunner note un changement marqué par rapport à ses débuts, il y a 25 ans.
À l'époque, les détenus parvenaient souvent à résoudre leurs différends après une altercation pour continuer à cohabiter. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Ils transportent avec eux les rivalités et les rancœurs de la rue. La cohabitation est devenue impossible, dit-il.

Ken Steinbrunner est agent correctionnel et président du syndicat des travailleurs du complexe correctionnel de Monteith, près d’Iroquois Falls.
Photo : soumise par Ken Steinbrunner
Santé mentale : le malaise carcéral
À Thunder Bay, Tony Rojik, président de la section locale 737 du SEFPO, impute la violence au trio surpopulation, gangs et manque de ressources.
Depuis dix ans, nous observons une forte expansion des gangs du sud de l'Ontario dans la région. Ce profil de détenus présente un niveau de risque nettement supérieur, explique-t-il.
Ils tendent à s’approprier les unités et à s’organiser, ce qui déclenche des agressions d'une ampleur et d'une violence disproportionnées.
Le personnel fait aussi face à l’explosion des troubles mentaux.
Nous ne sommes ni travailleurs sociaux, ni infirmiers. Bien que présents, ces spécialistes sont débordés et absents lors des crises, déplore M. Rojik.
La seule prison de Thunder Bay a enregistré 192 agressions entre détenus l'an dernier, contre 115 en 2024.
Surpopulation et insécurité du personnel
En 29 ans, j’ai été frappé, mordu, poignardé : Josh Miller, agent correctionnel au Centre de traitement et de détention provisoire d'Algoma, à Sault-Sainte-Marie, alerte sur l’explosion de la violence dans les prisons du Nord de l'Ontario.
À cause de la surpopulation, les détenus qui agressent le personnel ne sont plus transférés et retournent dans la même unité dès le lendemain.
Pour M. Miller, cette proximité forcée est un calvaire psychologique.
Il constate avec amertume que les traumatismes qu'il a mis trois décennies à accumuler frappent désormais les nouveaux agents en seulement deux ou trois ans de carrière, le tout dans une impunité judiciaire quasi totale.
En un an, le taux d'agressions sur le personnel pénitentiaire est passé de 9 % à 11 %.

Les statistiques du ministère du Solliciteur général révèlent qu'entre janvier 2024 et juin 2025, environ 40 détenus du centre de détention d'Algoma, à Sault-Sainte-Marie, ont dû dormir à même le sol.
Photo : CBC / Alex Flood
Face à cette hausse, le porte-parole du Solliciteur général, Oleksandr Shvets, rappelle que ces actes entraînent systématiquement des signalements à la police et des sanctions disciplinaires fermes pour les détenus.
Pénuries de personnel : le paradoxe des prisons neuves
Selon Adam Cygler, la province tente de rattraper le temps perdu après des années de sous-investissement dans le système correctionnel ontarien.
Le gouvernement s'efforce d'accélérer les chantiers et le déploiement des ressources, affirme-t-il.
La province a injecté 3 milliards de dollars pour moderniser ses établissements, incluant un nouveau complexe à Thunder Bay et l'ajout de lits à Niagara, Milton et Sudbury.
Le solliciteur général prévoit d'ailleurs de nouvelles expansions pour augmenter la capacité à l'échelle provinciale.
Toutefois, selon Ken Steinbrunner, le manque de personnel entrave l'accès aux programmes éducatifs, récréatifs et de santé mentale, ce qui exacerbe les tensions et la violence.
Nous disposons d'un espace et d'un temps de programmation limités pour les détenus, et même ces seuils minimaux ne sont plus respectés actuellement, dit-il.

Le complexe correctionnel de Monteith est une prison provinciale située non loin de la ville d'Iroquois Falls, dans le Nord de l'Ontario.
Photo : CBC / Erik White
M. Steinbrunner affirme que l'ajout de 30 lits au complexe correctionnel de Monteith n'améliore rien : sans infrastructures (douches, loisirs) ni personnel supplémentaire, la surpopulation persiste.
Malgré les 3 300 recrues provinciales en six ans, la pénurie d'agents demeure critique. Selon lui, les avantages de l'emploi ne compensent plus les risques.
On n'ajoute ni programmes ni travailleurs sociaux, déplore-t-il, avertissant que l'exiguïté et le manque de soutien prosocial rendent la violence inévitable et la réinsertion impossible.
Avec les informations de Faith Greco de CBC


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