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L’euthanasie, une révolution par le haut sans demander l’avis au peuple

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De l’euthanasie aux délocalisations, des frontières ouvertes à la fin de la souveraineté nationale, les élites ont transformé l’Occident sans demander l’avis de personne.

Dans Le Figaro du 3 mars, le politologue Dominique Reynié s’alarme de la rupture morale et politique qu’entraînerait en France une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Cette loi, explique-t-il, jette à bas « l’interdiction de tuer » qui est au fondement des sociétés démocratiques. « Plus l’interdiction de tuer est solidement retenue dans les plus strictes limites, plus l’État et la société sont protégés contre les excès du pouvoir. »

« Les excès du pouvoir… » Le terme est d’autant plus juste que le permis de tuer les personnes très âgées et/ou atteintes de maladies dégénératives n’a été demandé ni réclamé par personne. « Les Français se plaignent du mauvais fonctionnement de leur système de santé en général et des soins palliatifs en particulier, mais pas de l’absence d’un droit à l’euthanasie ou au suicide assisté », écrit-il.
Et il ajoute, que signifie cette « proposition de loi [qui] surgit dans une société qui ne la demande pas… De quelle volonté cette proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale est-elle l’expression ? »
De quel excès de pouvoir parle-t-on ?

Une révolution par le haut

La légalisation de l’euthanasie en France n’a été demandée par personne, mais elle s’est matérialisée sur le bureau de l’Assemblée nationale, tout comme, un beau jour, ont été autorisées les délocalisations d’usines et de process industriels en Chine, tout comme ont été autorisés les transferts en Chine d’usines de médicaments, de composants électroniques, de téléphones portables, d’ordinateurs… Sans débat ni consultation populaire, les délocalisations ont détruit des bassins industriels entiers, affaibli structurellement les syndicats, comprimé les salaires, fragmenté le monde du travail.

Le droit de tuer un malade s’est matérialisé sur le bureau de l’Assemblée nationale tout comme ont été décidés, un beau jour, le regroupement familial des immigrés de travail et l’ouverture des frontières à une immigration de peuplement musulmane et africaine que personne, en France, n’a demandée ni exigée.

Sans haine, mais avec un profond détachement, les sociétés occidentales (sauf les États-Unis depuis la réélection de Donald Trump[1]) sont, depuis 1989, l’objet d’une révolution par le haut : un processus par lequel des élites ont entrepris de radicalement transformer la société en détruisant ses médiations traditionnelles (classes, syndicats, frontières, souveraineté), sans violence ouverte mais sans consentement populaire.
La loi sur l’euthanasie en France n’est pas le début d’un processus, comme le suggère Dominique Reynié, mais une étape de plus dans un processus de transformation révolutionnaire des sociétés occidentales.
Une révolution par le haut.

Un processus qui a commencé voilà plusieurs décennies

Certains, comme Matthew B. Crawford, chercheur à l’Independent Institute, un think tank sur les politiques publiques aux États-Unis, font remonter la révolution par le haut à l’œuvre du philosophe Karl Popper. « Il est possible que l’idéal de “société ouverte” proposé par Karl Popper en 1943 (La Société ouverte et ses ennemis) — universalisme, tolérance, cosmopolitisme et individualisme — ait représenté le fondement moral de la mise en œuvre par l’Occident de l’immigration de masse. Les avis divergent sur le niveau d’immigration acceptable, écrit Matthew Crawford. Mais les adeptes de la société ouverte ont moralisé le débat. Ils n’ont pas voulu voir que l’immigration pesait sur les plus faibles des sociétés occidentales. « Ils ont traduit cette divergence selon un axe psychologique ouvert/fermé, la fermeture étant comprise comme un échec du développement moral. »

Autre explication : celle du sociologue américain Christopher Lasch qui, en 1995, a publié un ouvrage visionnaire intitulé « La révolte des élites ou la trahison de la démocratie ». Il y écrivait que la révolution prolétarienne supposée menacer les fondements des sociétés occidentales avait été remplacée par une autre menace, située au sommet de la hiérarchie sociale. Ce n’étaient plus les prolétaires qui menaçaient de détruire la société, mais les nouvelles élites issues des grandes écoles et universités. « Contrairement aux anciennes aristocraties liées à une terre, les nouvelles élites sont nomades, vivent dans des enclaves sécurisées et sont plus attachées aux réseaux mondiaux qu’à leur propre nation », écrivait Lasch. Elles ne voient donc pas le problème que pose le transfert de chaînes de valeur entières dans un pays étranger comme la Chine. Elles s’affranchissent aussi des obligations sociales envers leurs concitoyens en ouvrant grand les frontières à une immigration de peuplement qui vient concurrencer la population autochtone sur le marché scolaire, sanitaire, de l’emploi et même sur le marché de la criminalité.

Autre version, mais complémentaire des précédentes, celle de Marco Rubio, actuel secrétaire d’État du président Donald Trump. Rubio a pointé un doigt accusateur contre les élites politiques et économiques américaines et européennes. À la chute du mur de Berlin en 1989, a-t-il expliqué, lesdites élites ont été saisies par un moment d’ivresse.

« Nous étions arrivés à la fin de l’Histoire, toutes les nations du monde allaient désormais devenir membres de la communauté démocratique dirigée par l’Occident ; une politique étrangère qui servait les intérêts nationaux pouvait désormais être remplacée par une politique qui servait l’ordre mondial libéral ; et l’humanité tout entière était désormais destinée à abandonner sa souveraineté et son identité nationales pour devenir une seule famille humaine et des citoyens du monde. »

Cette longue phrase – que le lecteur la relise s’il le faut – résume une épopée messianique occidentale. Le Mal soviétique une fois disparu, les élites américaines ont cru que le Mal en soi avait disparu. L’Amérique n’avait plus d’ennemi, seulement quelques compétiteurs. Et encore, pas très dangereux ! « Ce n’était pas un simple fantasme », dit Marco Rubio ; « c’était une dangereuse illusion ».

Révolution non votée

L’euthanasie des plus faibles s’inscrit dans une séquence plus large : celle d’un déplacement du centre de gravité des décisions publiques, loin des peuples et vers des élites sans attaches nationales, persuadées de savoir mieux que les populations elles-mêmes ce qui est bon pour elles.
Depuis 1989, une série de choix structurants — délocalisations stratégiques, dépendances industrielles, redéfinition des frontières économiques et juridiques — ont été opérés sans délibération populaire… Puis ont été présentés comme inéluctables, techniques, rationnels, voire moraux.

Le débat sur l’euthanasie fait partie de ces nouvelles évidences modernes, un pas de plus vers un progrès moral supposé. Mais il pose une question plus profonde : une démocratie peut-elle se transformer radicalement sans volonté générale explicite ?
Ou plutôt : les peuples auraient-ils perdu le droit de décider du monde dans lequel ils veulent vivre ?

Yves Mamou

https://mamou.substack.com/

[1] Toute la politique de droits de douane et d’expulsion de millions d’immigrés clandestins du président américain est en rupture avec l’idéologie de la mondialisation. Donald Trump veut reconstituer le socle industriel américain émigré en Chine et redonner du pouvoir d’achat aux cols bleus en luttant contre l’immigration.

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