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Il y a quatre ans, le Conseil de l'Europe expulsait la Russie, sanctionnant ainsi l'invasion de l'Ukraine et la radicalisation autoritaire du régime de Vladimir Poutine. Mais, en janvier 2026, l'organisation pan-européenne a de nouveau accueilli des délégués russes à Strasbourg –cette fois-ci, pas ceux du pouvoir, mais ceux de l'opposition démocratique et anti-guerre. Quinze d'entre eux ont été invités à siéger dans une nouvelle «plateforme de dialogue» créée au sein de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Dans une tribune publiée récemment dans le Washington Post, l'un de ces membres, aujourd'hui exilé, raconte de l'intérieur ce moment à la fois historique et fragile: le retour symbolique de la Russie à Strasbourg, sans le Kremlin. Vladimir Kara-Murza y voit la preuve que «l'Europe n'a pas oublié» les Russes qui refusent la guerre et rêvent d'un pays libéré de l'autoritarisme.
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Lors de la première session de cette plateforme, Petra Bayr, députée autrichienne et présidente de l'Assemblée parlementaire, s'est exprimée ainsi: «La Russie n'est pas seulement un régime. Il y a des personnes, à l'intérieur et à l'extérieur du pays, qui rejettent la guerre, qui condamnent les crimes commis en leur nom. L'Europe ne vous a pas oubliés.» Un message que Vladimir Kara-Murza décrit comme un signal rare de reconnaissance, après des années d'isolement et d'exil forcé pour une partie de la société civile russe.
Créé à la fin des années 1940 pour promouvoir la paix et les droits humains après la Seconde Guerre mondiale, le Conseil de l'Europe avait accueilli la Russie en 1996, dans l'élan d'ouverture postsoviétique. À l'époque, l'entrée de Moscou était saluée comme «un rendez-vous avec l'histoire», selon le rapporteur allemand Rudolf Bindig. Mais ce rêve d'une Europe unifiée autour des libertés publiques s'est vite fracassé sur la réalité du pouvoir poutinien.
Dans sa tribune, l'opposant rappelle que, dès les années 2000, le retour de l'autoritarisme à Moscou rendait déjà la présence de la Russie au Conseil de l'Europe difficilement justifiable. Aucun scrutin n'a jamais été reconnu comme libre et équitable depuis l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, rendant la légitimité des parlementaires russes «officiels» pour le moins douteuse.
Un retour symbolique
Pour autant, cette appartenance a eu des effets concrets: grâce à la Convention européenne des droits de l'homme, de nombreux citoyens russes ont pu saisir la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg et obtenir justice face aux abus de leur État. L'opposant exilé souligne qu'il lui doit certains droits lors de son emprisonnement –correspondance, accès à un avocat– que ses amis détenus en Biélorussie, pays resté hors du Conseil de l'Europe, n'ont jamais obtenus.
L'exclusion de la Russie, en mars 2022, après le déclenchement de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, avait semblé couper définitivement ces liens, mais la géographie est têtue. La plus vaste nation d'Europe ne disparaît pas du continent parce qu'elle s'est isolée diplomatiquement. Pour les élus européens, il est clair que tant qu'un régime agressif commande à Moscou, la sécurité du continent tout entier reste un mirage.
Le retour d'une voix russe démocratique dans les institutions européennes, même symbolique, sert désormais plusieurs objectifs concrets: défendre les prisonniers politiques, renforcer les sanctions contre les soutiens du régime, et surtout, penser dès maintenant l'après-Poutine. La tribune évoque la nécessité d'un «plan de transition» pour ne pas répéter les erreurs des années 1990, quand l'ouverture de la Russie n'avait conduit qu'à une restauration autoritaire.
Certains dirigeants européens partagent cette vision tournée vers l'avenir. Lors de la même session à Strasbourg, la ministre allemande de la Justice, Stefanie Hubig, a déclaré: «Nous devons garder l'espoir qu'un jour, la Russie redeviendra un pays démocratique et pourra réintégrer le Conseil de l'Europe, comme l'Allemagne a pu le faire après la catastrophe du XXᵉ siècle.»
Un rêve qui paraît lointain, concède Vladimir Kara-Murza, mais pas plus irréalisable que celui des fondateurs du Conseil de l'Europe, en 1950, lorsqu'ils tentaient d'unir un continent encore brisé par la guerre.





























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