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Cette semaine, les villes d'Europe occidentale ont connu des températures supérieures à celles d'une grande partie du Moyen-Orient. La pire vague de chaleur jamais enregistrée en Europe a fait grimper les températures jusqu'à 44,3 degrés Celsius en France – un record absolu – et a battu des records dans la moitié des 850 villes européennes de plus de 50 000 habitants.
Des alertes canicule, exceptionnelles, ont été émises dans de vastes régions de France, de Grande-Bretagne, d'Espagne et d'Italie. La vague de chaleur se déplace désormais vers le nord et l'est, en direction de l'Allemagne, de la Pologne et des Balkans. Plus de 50 départements français ont enregistré des températures supérieures à 40 °C, dont Paris. Le Royaume-Uni a annoncé sa journée la plus chaude jamais enregistrée en juin, avec 36,9 °C, tandis que l'Espagne a atteint 42 °C et l'Italie, 41 °C.
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L'humidité élevée fait que la température ressentie est souvent supérieure de plusieurs degrés, laissant des dizaines de millions de personnes souffrir de la chaleur, avec des températures avoisinant les 40 degrés, dans des pays totalement démunis face à de telles températures : les bâtiments et les villes ne sont pas conçus pour rester frais et seulement 20 % des logements sont climatisés. Les « nuits tropicales », où la température ne descend pas en dessous de 20 degrés, voire 30 degrés dans certaines régions de France, n'apportent aucun répit.
Des centaines de décès ont déjà été signalés. Le bilan réel ne sera connu que plus tard, mais il se chiffrera en dizaines de milliers. La situation est comparable à la vague de chaleur de juin 2022, qui avait causé environ 70 000 décès. Soixante mille autres personnes sont décédées lors de la canicule de l'été 2024. À long terme, la forte augmentation de la pollution atmosphérique qui accompagne les épisodes de chaleur extrême aura des conséquences néfastes sur la santé. Il s'agit de catastrophes d'une ampleur considérable.
Les plus exposés sont les jeunes enfants, les personnes âgées et les travailleurs en extérieur. Au Royaume-Uni, plus de 1,6 million d'enfants, dont 70 000 bébés, vivent dans des logements surchauffés, ce qui est particulièrement dangereux pour les enfants de moins de 5 ans, moins aptes à réguler leur température corporelle. Lors de la canicule de 2022, le nombre de décès dans les maisons de retraite a augmenté de plus d'un tiers.
Parmi les rares décès liés aux vagues de chaleur de 2022 et 2024 qui ont fait l'objet de rapports détaillés, on peut citer Montse Aguilar, une balayeuse de Barcelone de 51 ans, qui s'est effondrée, victime de vertiges et de douleurs, et s'est cogné la tête ; et David Azevedo, un ouvrier du bâtiment français de 50 ans, décédé d'une crise cardiaque. et Dalvir Singh, un ouvrier agricole de 54 ans originaire d'Inde, décédé dans un champ où il travaillait en Italie.
Safiullah, un jardinier afghan installé à Paris, a déclaré à France 24 : « Je n'ai pas le choix. Ma situation sociale et professionnelle m'oblige à continuer à travailler, quelles que soient les conditions. » Darren, un chauffeur de bus au Royaume-Uni, a confié à la BBC : « Le soleil tape fort, la lumière est amplifiée par les vitres, et le bus a 20 ans et n'a pas de climatisation ; c'est insupportable. »
La Confédération générale du travail (CGT) en France a dénoncé des conditions de travail « à peine tolérables », et le Congrès des syndicats britanniques (TUC) a réitéré sa demande d'une température maximale légale au travail. Mais ces déclarations restent lettre morte. Hormis quelques accords avec les employeurs concernant des pauses supplémentaires, ou un appel cynique des syndicats d'enseignants français à la grève, aucun syndicat en Europe n'a pris d'initiative concrète pour défendre la sécurité de ses membres.
Tous les aspects de la société sont mis à rude épreuve. En France, le personnel médical a constaté une hausse de 20 % des consultations aux urgences et des hospitalisations, atteignant un niveau de saturation à Paris. Le nombre d'arrêts cardiaques a quadruplé, avec une augmentation marquée chez les jeunes. Au Royaume-Uni, les hôpitaux déclarent des incidents critiques en raison de pannes d'équipements médicaux, de systèmes de refroidissement et informatiques. Le scandale des « soins en couloir » a viré au drame.
Plus de 1 800 écoles sont fermées en France et 8 000 autres ont réduit leurs horaires ; environ 1 000 établissements ont pris des mesures similaires au Royaume-Uni. Le trafic ferroviaire est perturbé ou annulé dans les deux pays en raison de la surchauffe des voies et des lignes électriques. L'absence ou la panne de la climatisation dissuade de nombreux usagers.
La production d'énergie est également touchée, alors même que la demande en climatisation et en réfrigération explose, faisant flamber les prix de l'électricité. Cinq centrales à gaz britanniques ont annoncé une réduction de leur production en raison des perturbations météorologiques. En France, des réacteurs nucléaires ont été mis à l'arrêt ou ont vu leur production réduite suite à la surchauffe des cours d'eau alimentant leurs systèmes de refroidissement. Plus de 68 000 foyers ont été privés d'électricité dans l'ouest du pays après la défaillance d'un transformateur.
La cause de la vague de chaleur est un « bloc oméga » : une bande de basse pression en forme de fer à cheval autour de la zone touchée aspire l'air chaud d'Afrique du Sud et le piège dans un « dôme de chaleur ». Cette zone de haute pression perturbe également la formation des nuages, rendant le soleil particulièrement intense.
Les changements climatiques aggravent ces événements. Selon une première étude de l'Institut Pierre-Simon Laplace, le réchauffement climatique a rendu la vague de chaleur actuelle de 2 à 4 °C plus intense qu'elle ne l'aurait été durant la seconde moitié du XXe siècle. Ces conclusions ont été confirmées par le consortium World Weather Attribution.
L'augmentation des températures mondiales accroît également la fréquence des vagues de chaleur sur le continent, qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. L'Espagne, par exemple, a connu 129 jours de vague de chaleur entre 1975 et 2000 et 329 jours depuis le début du XXIe siècle. Au Royaume-Uni, la probabilité d'atteindre des températures de 40 °C a triplé depuis 2000.
Le monde est sur le point de dépasser la limite fixée par l'Accord de Paris de 2015, à savoir un réchauffement de 1,5 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle. Selon les politiques actuelles, le réchauffement devrait atteindre 2,8 °C d'ici la fin du siècle, ce qui entraînerait des conditions climatiques bien pires que celles que l'on observe actuellement en Europe. Des scientifiques de l'Université de Reading ont récemment prédit que le Royaume-Uni connaîtra des températures de 45 °C au cours des 30 prochaines années, provoquant une surchauffe dans 90 % des logements.
Par nature, cette crise est mondiale. Un rapport du Lancet Countdown de 2025 a révélé que le nombre de décès liés à la chaleur dans le monde avait augmenté de 60 %, passant d'environ 335 000 par an entre 1990 et 1999 à 546 000 par an entre 2012 et 2021.
Plus tôt cette année, une vague de chaleur en Inde et au Pakistan a fait grimper les températures jusqu'à près de 50 degrés. Les statistiques officielles sur les décès sont malheureusement très insuffisantes, mais une étude publiée ce mois-ci par l'Université de Californie à Berkeley estime qu'une journée de chaleur extrême est associée à 3 400 décès supplémentaires, et cinq jours consécutifs, à 30 000.
Les victimes sont en grande majorité les travailleurs les plus exploités. Les disparités de densité et de matériaux de construction, de couverture arborée et d'espaces verts, ainsi que d'accès à la climatisation, créent un écart de température de 5,6 °C entre les quartiers les plus riches et les plus pauvres de Mumbai. Les pertes économiques, estimées à 194 milliards de dollars pour la vague de chaleur de 2024 dans le pays, sont en grande partie absorbées par les salaires des 200 millions de travailleurs du secteur informel indien.
Chaque jour de retard dans la réduction des émissions de CO₂ et dans le financement de l'adaptation au réchauffement climatique aggrave déjà ces conséquences. Or, les chiffres les plus récents montrent que seulement 2 100 milliards de dollars de financements climatiques annuels ont été mis à disposition en 2025, contre 7 800 milliards nécessaires à l’échelle mondiale entre 2025 et 2030, selon la Climate Policy Initiative. Ce montant devrait atteindre 9 000 milliards de dollars au cours des cinq années suivantes.
D’après les Nations Unies, 365 milliards de dollars supplémentaires par an sont nécessaires pour aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique, dont seulement 26 milliards, dérisoires, sont actuellement alloués.
Toutes les initiatives se heurtent aux deux caractéristiques fondamentales d’une économie capitaliste : la production à but lucratif et la concurrence entre entreprises et pays.
Les entreprises capitalistes rechignent à abandonner à leurs concurrents les fortunes potentielles que représentent les énergies fossiles et les industries qui y sont associées. Selon Oxfam, six des plus grandes entreprises mondiales d’énergies fossiles devraient réaliser des profits de 96 milliards de dollars en 2026, soit 3 000 dollars par seconde.
Les fruits de cette prospérité sont savourés par les 10 % les plus riches de la population mondiale (dont le patrimoine moyen s'élève à 1 million de dollars PPA), et plus particulièrement par le 1 % le plus riche (dont le patrimoine moyen est de 6 millions de dollars), dont les émissions liées à la propriété (actions, etc.) représentent respectivement 77 % et 44 % des émissions totales.
Brûler des énergies fossiles pour enrichir les plus fortunés revient de plus en plus à sacrifier des êtres humains pour le profit – une autre façon pour le système capitaliste, engendrant guerres, pandémies et désespoir, d’être nocif pour la vie humaine.
La société ne peut plus tolérer la cupidité de l'oligarchie, qui doit être expropriée. Elle ne peut plus tolérer l'anarchie du marché, qui doit être remplacée par une planification démocratique. Le seul moyen d'y parvenir est une révolution socialiste mondiale menée par la classe ouvrière internationale.
(Article paru en anglais le 26 juin 2026)


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