«Honteux! Honteux!» C’est sous les huées d’une foule d’habitants du Porge, qui se sont habillés en noir pour l’occasion, que le premier ministre français Sébastien Lecornu est arrivé ce lundi 17 août dans la commune située à une quarantaine de kilomètres de Bordeaux. La venue du chef du gouvernement était attendue. La raison? Le Porge est le village le plus ravagé par les feux qui ont brûlé 42 000 hectares en Gironde fin juillet.
Lire aussi: Reconstruire la Gironde, le grand chantier de Paris après les incendiesSes quelque 3500 habitants ont vu plus de 180 maisons être détruites par les flammes. Un épisode qui a éveillé la colère des Porgeais. Certains d’entre eux accusent l’Etat d’avoir donné l’ordre de sauver en priorité le cap Ferret, lieu de villégiature bourgeois de la côte, à leur détriment. Une plainte contre X va être déposée par un collectif d’habitants dont l’objectif est de faire la lumière sur la gestion de l’incendie. Ce déplacement, pour le premier ministre, était l’occasion de tenter de répondre à cette colère.
Pour les sinistrés, le «temps des démarches»
Le chef de l’exécutif s’est rendu dans la commune dès ce dimanche. «Il en a profité pour préparer les annonces», qu’il a «fait évoluer […] après s’être fait une idée par lui-même», a annoncé son équipe dimanche dans la soirée.
Sur place, Sébastien Lecornu a rencontré quelques membres du collectif d’habitants, avec qui il a pu «échanger sur la douleur et les problématiques que rencontre la population», dont celles liées à la reconstruction et aux assurances, a fait savoir Matignon.
D’autres Porgeais ont regretté de ne pas avoir pu interpeller personnellement le premier ministre, qui n’est pas allé directement à la rencontre de la population. Depuis leur retour, après les incendies, les habitants font face à une situation difficile: celle de la reconstruction de leur village.
Lire aussi: Accusation d’abandon, théorie du complot… Comment les incendies en Gironde ont alimenté la défiance envers l’Etat«Leur quotidien, c’est simple, c’est faire le constat physique et émotionnel de la destruction», résume Sylvain Galinat, avocat qui accompagne le collectif d’habitants. «Depuis leur retour dans la commune, plusieurs d’entre eux ont amené leurs enfants pour qu’ils voient concrètement les dégâts. Il y a eu beaucoup de tristesse et d’émotion», raconte-t-il.
En attendant de pouvoir revivre chez eux, les Porgeais sinistrés vivent «généralement dans leur famille, chez des amis ou bénéficient de solutions données par les assurances», précise l’avocat. «Maintenant, c’est le temps des démarches auprès des assureurs, ils doivent s’assurer qu’ils seront bien indemnisés, vérifier leur contrat…» explique-t-il, racontant que les sinistrés passent leurs journées à appeler soit leur compagnie d’assurances, soit des entrepreneurs du bâtiment pour lancer les travaux.
Le gouvernement met 12 millions sur la table
Pour tenter de faciliter ces démarches, le premier ministre a fait plusieurs annonces proposant des réponses aux Girondins sinistrés. Du fait des incendies, 261 habitations ont subi des «dommages significatifs» en Gironde, 180 habitations dans les Landes, a-t-il déclaré. Le chef du gouvernement a annoncé débloquer une aide de 12 millions d’euros pour les deux départements (10 millions pour la Gironde et 2 millions pour les Landes), fléchés vers les collectivités sinistrées, pour «lancer les travaux sans retard». Celles et ceux qui ont vu leur habitation disparaître dans les flammes pourront obtenir un permis de construire délivré sous 1 mois pour une reconstruction «équivalente», a annoncé le premier ministre, qui a appelé à ce que les travaux soient rapides: «Je ne veux pas que la puissance publique soit montrée du doigt avec une bureaucratie excessive qui retarderait la vie normale.»
Sébastien Lecornu a aussi annoncé de nouvelles dispositions sous 3 mois dans le projet de loi logement. Le but? Simplifier la reconstruction «équivalente» et réduire les délais d’instruction, sans revenir sur les exigences de prévention des risques.
Un reportage: «On ne peut plus vivre dans l’insouciance»: au parc des expositions, les Girondins craignent de devoir s’habituer aux catastrophesLe chef de l’exécutif a également mis la pression sur les assurances, premiers interlocuteurs des sinistrés. «C’est le point le plus aigu de ce que j’ai pu entendre», a déclaré Sébastien Lecornu, lâchant que le gouvernement s’est «fait engueuler à la place des assureurs». «J’ai demandé aux services de l’Etat de jouer les interfaces», a-t-il ajouté. Sans vouloir se «substituer» à ces compagnies, Sébastien Lecornu a affirmé que le gouvernement va «quand même se mêler de la relation entre les assurés et leurs assurances», se mettant ainsi du côté des Girondins sinistrés.
Concernant la plainte à venir, Sébastien Lecornu a promis que «la transparence totale serait faite sur le déroulé de la crise, minute par minute». «Tant mieux», réagit sobrement Sylvain Galinat. A la fin de sa prise de parole, Sébastien Lecornu a tenu à rassurer une dernière fois les habitants du Porge: «L’Etat ne les abandonne pas, je pense que l’ensemble des annonces qu’on vient de faire montre l’inverse.» La plainte pourrait être déposée d’ici à mi-septembre.


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